La part du citoyen

Cloud & hyperscalers

Réversibilité, multicloud et tarification

Le corpus fait de la réversibilité — la capacité à changer de fournisseur cloud sans pénalité — un enjeu central de souveraineté. Plusieurs intervenants la définissent d'abord comme une liberté : selon Julia Mouzon (CSF Solutions numériques de confiance / CNI, M. Michel Paulin), « l'enjeu porte en réalité sur la liberté [...] choisir librement leurs outils et en changer quand ils le souhaitent ». Un constat est largement partagé : le verrouillage tient autant à l'adhérence technique (API propriétaires, quelque 600 services, standardisation absente) qu'à l'adhérence économique. Selon Éric Haddad (NumSpot, des fournisseurs de cloud .), « il est extrêmement difficile [...] de sortir d'un contrat sur lequel on s'est engagé pour quatre ou cinq ans ».

Les leviers de sortie identifiés convergent : suppression des frais de sortie (egress fees), open source, interopérabilité et standardisation. Michel Paulin (CSF/CNI, M. Michel Paulin) rappelle que « la loi Sren a clairement identifié que les crédits cloud et les egress fees [...] représentent des freins. La loi les interdit, il faut la faire appliquer », plaidant pour « rétablir un rapport de force dans les négociations commerciales ». Maya Noël (France Digitale, Mme Maya Noël) voit dans l'interopérabilité et le multicloud portés par le Data Act « une porte de sortie possible ». Cette approche multicloud est revendiquée en pratique : Arnaud Caudoux (BPIFrance, M. Arnaud Caudoux) déclare « nous sommes volontairement et de manière assumée multi-cloud », avec une trentaine de solutions sur OVH ou Scaleway. Tomasz Blanc (DGFIP, M. Tomasz Blanc) mise sur « la standardisation stricte », qui a permis de sortir presque totalement d'Oracle sur la fiscalité, tandis que le général Marc Boget (Anfsi, M. Tomasz Blanc) pose comme principe : « je dois être capable, à tout moment, de changer d'industriel sans fragiliser l'institution ».

Le clivage le plus net porte sur la tarification. Les fournisseurs européens dénoncent une hausse permanente et unilatérale des prix : pour Philippe Miltin (Outscale, des fournisseurs de cloud .), « le sujet absolument majeur est l'augmentation permanente des prix imposée par les éditeurs américains », qu'il juge plus concret que le kill switch. Caudoux cite le choc VMware/Broadcom (« la multiplication des prix par deux, trois, cinq ou même dix »). Les hyperscalers, en table ronde (des représentants en France des Gafam), répondent que les prix sont publics et transparents, que les hausses (Microsoft) reflètent l'enrichissement produit et le change, et qu'AWS et Google revendiquent des baisses et la suppression des frais de sortie — assertion que le président Latombe accueille par une pique : « l'augmentation de tarifs de 2025 paie une partie de CrowdStrike ».

Deux nuances singularisent le débat. Damien Lucas (Scaleway, des fournisseurs de cloud .) chiffre l'écart — « en moyenne, nous sommes presque 40 % moins chers » — mais concède que « nos clients adorent le service proposé par AWS, GCP et Azure. Ils veulent juste des alternatives européennes qui respectent le droit commercial ». Miltin, lui, dénonce l'illusion de la « peinture » nationale : « repeindre en bleu, blanc, rouge [...] des technologies américaines ne confère aucune indépendance technologique ».

Qui en parle

Interventions regroupées (18 citations · 6 auditions)

Domaine : Cloud & hyperscalers · Sujet : reversibilite-multicloud

Couverture : 18 citations · 6 positions · 6 auditions

_Slugs bruts fusionnés : strategie-multicloud-reversibilite, multicloud-interoperabilite, multi-cloud-bpi, reversibilite-verrouillage, reversibilite-standardisation, egress-fees-portabilite, tarification-cloud, pricing-power_

Positions exprimées

  • (table ronde) (des fournisseurs de cloud .) : Le vrai verrou des hyperscalers est l'adhérence (contrats pluriannuels, 600 services, API propriétaires, frais de sortie). La réversibilité réelle passe par zéro frais de sortie, l'open source et l'interopérabilité. _(tranchant 4)_
  • (table ronde) (des fournisseurs de cloud .) : L'augmentation permanente et unilatérale des prix imposée par les éditeurs américains est un enjeu majeur, au moins aussi important que le kill switch ; s'en dégager est crucial pour la survie de l'économie européenne. _(tranchant 4)_
  • M. Arnaud Caudoux (M. Arnaud Caudoux) : Le multi-cloud assumé est le bon modèle : imposer la domiciliation France/Europe aux fournisseurs, recourir aux clouds américains seulement quand aucune alternative n'existe. _(tranchant 3)_
  • M. Tomasz Blanc (M. Tomasz Blanc) : La standardisation stricte de la fabrication et le refus des fonctions propriétaires exclusives garantissent la réversibilité technique et redonnent l'ascendant dans les négociations commerciales, permettant par exemple de sortir presque totalement d'Oracle sur la fiscalité des entreprises. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (des représentants en France des Gafam) : Les prix sont publics, transparents et en ligne ; les hausses (Microsoft) s’expliquent par l’enrichissement produit, les coûts et le change ; AWS et Google revendiquent des baisses et la suppression des frais de sortie. _(tranchant 2)_
  • Mme Maya Noël (Mme Maya Noël) : La sortie de la dépendance passe par le multicloud et l'interopérabilité (Data Act), pour la souveraineté mais aussi la résilience face au verrouillage tarifaire d'un fournisseur unique. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« lorsque l’on parle de souveraineté, comme cela a été dit dans de précédentes auditions, l’enjeu porte en réalité sur la liberté. Les administrations, les acteurs économiques et les individus peuvent-ils choisir librement leurs outils et en changer quand ils le souhaitent ? »

Julia Mouzon — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Recadre la souveraineté comme liberté de choix et de réversibilité, déplaçant le débat de l'idéologie vers l'autonomie concrète des acheteurs._

« La loi Sren a clairement identifié que les crédits cloud et les egress fees – ces mécanismes contractuels et financiers qui empêchent la réversibilité – représentent des freins. La loi les interdit, il faut la faire appliquer. »

Michel Paulin — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Point actionnable précis : la loi existe déjà contre les verrous de réversibilité, seuls manquent les décrets et l'application._

« Il est donc essentiel de rétablir un rapport de force dans les négociations commerciales, afin de ne pas être à la merci de quelques oligopoles qui ne manqueront pas de nous tondre la laine sur le dos. »

Michel Paulin — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Reformule la souveraineté en logique de rapport de force commercial : la dépendance totale prive l'acheteur de toute négociation._

« Le Data Act (le règlement européen sur les données), par exemple, accorde une place primordiale à la notion d’interopérabilité, que nous mettons nous aussi en avant, car nous y voyons une porte de sortie possible »

Mme Maya Noël — France Digitale (audite, audition de Mme Maya Noël, 2026-04-16)

_Positionne l'interopérabilité et le multicloud (Data Act) comme la voie de sortie de la dépendance._

« Une trentaine de solutions que nous achetons pour faire fonctionner BPIFrance tournent aujourd'hui sur OVH ou Scaleway. Nous sommes volontairement et de manière assumée multi-cloud. »

M. Arnaud Caudoux — BPIFrance (audite, audition de M. Arnaud Caudoux, 2026-04-21)

_Illustre la pratique concrète de BPIFrance, revendiquée comme modèle : imposer les hébergeurs français quand c'est possible._

« La multiplication des prix par deux, trois, cinq ou même dix qui en a résulté constitue pour nous, et pour de nombreux autres acteurs, une occasion de sortir de l'écosystème VMware. »

M. Arnaud Caudoux — BPIFrance (audite, audition de M. Arnaud Caudoux, 2026-04-21)

_Transforme le choc tarifaire VMware/Broadcom en levier concret de migration vers l'open source et le cloud européen._

« Une garantie nous distingue fondamentalement des hyperscalers : nous ne facturons aucuns frais de sortie. Un client qui souhaite partir le fait sans pénalité technique ni financière. »

Philippe Miltin — Outscale Dassault Systèmes (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Oppose la réversibilité réelle européenne au verrouillage des hyperscalers._

« Le fait de repeindre en bleu, blanc, rouge ou aux couleurs de l'Europe des technologies américaines ne confère aucune indépendance technologique. »

Philippe Miltin — Outscale Dassault Systèmes (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Attaque frontale contre les offres « souveraines » adossées à des technologies US ; plaide pour un critère d'indépendance technologique dans les référentiels._

« le sujet absolument majeur est l'augmentation permanente des prix imposée par les éditeurs américains, dont les entreprises européennes sont de plus en plus dépendantes. »

Philippe Miltin — Outscale Dassault Systèmes (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Déplace le curseur du kill switch (hypothétique) vers le pricing power (réel et permanent)._

« en moyenne, nous sommes presque 40 % moins chers que les hyperscalers . »

Damien Lucas — Scaleway (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Réfute l'idée que les clouds souverains seraient plus chers._

« Chez Scaleway, nous faisons 72 mises à jour quotidiennes, dont une proportion non négligeable sont des mises à jour de sécurité. Je vois donc deux options : soit ils ont une technologie incroyable que je ne connais pas, soit ils connaissent déjà toutes les failles de sécurité qui seront découvertes dans les douze prochains mois et les ont déjà corrigées. »

Damien Lucas — Scaleway (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Démolit par l'ironie la promesse des offres hybrides « souveraines » de tenir un an sans correctifs américains._

« nos clients adorent le service proposé par AWS, GCP et Azure. Ils veulent juste des alternatives européennes qui respectent le droit commercial en Europe. »

Damien Lucas — Scaleway (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Aveu rare de la supériorité de service des hyperscalers ; recentre le problème sur le respect du droit européen._

« Tout ce que nous produisons est en open source ; nous n'utilisons aucune licence dans le développement et la construction de nos logiciels. »

Éric Haddad — NumSpot (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Revendique le tout-open source comme garantie de réversibilité et d'indépendance._

« Il est extrêmement difficile, au-delà de l'adhérence technologique, de sortir d'un contrat sur lequel on s'est engagé pour quatre ou cinq ans. »

Éric Haddad — NumSpot (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Souligne l'adhérence économique (contrats pluriannuels) au-delà de l'adhérence technique._

« La souveraineté numérique ne se décrète pas, elle se construit sur des décennies. »

M. Tomasz Blanc — DGFIP (audite, audition de M. Tomasz Blanc, 2026-05-07)

_Formule-clé sur la temporalité longue de la souveraineté : ni slogan ni décision ponctuelle, mais constance stratégique._

« Je dois être capable, à tout moment, de changer d’industriel sans fragiliser l’institution. »

M. le général de corps d’armée Marc Boget — Anfsi (audite, audition de M. Tomasz Blanc, 2026-05-07)

_Principe de réversibilité vis-à-vis des prestataires, corollaire du refus de déléguer le pilotage._

« Je ne m’interdis pas, à l’avenir, d’intégrer des modèles de langage propriétaires tels que Mistral, à la condition impérative qu’ils soient suffisamment standardisés pour s’insérer dans notre architecture. »

M. Tomasz Blanc — DGFIP (audite, audition de M. Tomasz Blanc, 2026-05-07)

_Nuance la doctrine : ouverture à Mistral sous condition de standardisation et de réversibilité, pas de dépendance._

« Je suis heureux de noter que l’augmentation de tarifs de 2025 paie une partie de CrowdStrike. »

Philippe Latombe (president, audition de des représentants en France des Gafam, 2026-05-13)

_Pique ironique du président liant les hausses de prix (au nom de la sécurité) aux coûts de sécurité des fournisseurs eux-mêmes._