Distribution, revendeurs et marchés intermédiaires
Le corpus aborde ce sujet par un angle resté marginal dans le débat sur la souveraineté numérique : non pas les éditeurs de solutions eux-mêmes, mais les intermédiaires — distributeurs, revendeurs, centrales d'achat — qui structurent la commande publique de matériel et de logiciels. Deux auditions le documentent (des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche et des acheteurs publics), avec un constat convergent : la chaîne d'achat publique est déséquilibrée face à une poignée de fournisseurs.
Un angle mort matériel. Selon Louis-Augustin Julien (Inrae, des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche), le marché Matinfo — support des achats informatiques de l'État — est presque entièrement fourni par des acteurs étrangers : « la quasi-totalité des titulaires de ce marché sont étrangers. Que ce soit pour les téléphones, les ordinateurs ou les serveurs, ce sont des solutions étrangères, avec une dimension logicielle intégrée qui n'est pas neutre. » Il ajoute qu'« il n'y a pas d'alternative souveraine à notre disposition », pointant que la dépendance ne se limite pas au cloud ou aux logiciels, mais commence dès le matériel, avec une couche logicielle embarquée qui n'est pas anodine.
Un oligopole de distributeurs. Le point le plus saillant vient d'Edward Jossa (Ugap, des acheteurs publics), qui décrit un rapport de force structurellement défavorable à l'acheteur public : « Nous sommes face à un oligopole de deux ou trois grands distributeurs dans le domaine des logiciels. » La position résumée dans la fiche (table ronde, des acheteurs publics) prolonge ce diagnostic : le modèle des marchés de distribution — passer par des revendeurs plutôt que par les éditeurs — est jugé « indispensable à l'agilité de la commande publique numérique », mais il crée des chaînes de dépendance et un oligopole qui affaiblit des acheteurs publics éclatés (de l'ordre de 60 à 70 centrales d'achat publiques face à une poignée de distributeurs).
L'impuissance de l'outil juridique. Jossa (des acheteurs publics) insiste sur les limites du droit de la commande publique face aux hausses de prix imposées unilatéralement : « Le code des marchés publics est totalement impuissant face à ce genre de situation – il vit sur une marge, donc il est tout de suite bloqué. » Il en donne une illustration concrète et récente : « les distributeurs nous disent : "les prix des PC ont augmenté de 50 % : soit vous vous alignez, soit j'arrête". » Le distributeur dicte le prix, l'acheteur public n'a d'autre choix que de suivre.
Constats partagés / clivages. Sur ce sujet, le corpus n'expose pas de désaccord frontal entre intervenants : les deux voix (Inrae, Ugap) se rejoignent sur le diagnostic de dépendance et de déséquilibre de puissance d'achat. La seule tension exprimée est interne au modèle lui-même — les marchés de distribution sont à la fois vus comme un gage d'agilité et comme le vecteur d'un oligopole affaiblissant l'État acheteur. Le corpus reste factuel sur le constat et ne propose pas, dans les extraits disponibles, de remède partagé.
Qui en parle
- Louis-Augustin Julien (Inrae, des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche) — pointe l'angle mort matériel : le marché Matinfo presque entièrement fourni par des acteurs étrangers, sans alternative souveraine, avec une couche logicielle non neutre.
- Edward Jossa (Ugap, des acheteurs publics) — nomme l'oligopole de deux ou trois distributeurs, l'éclatement des ~60-70 centrales d'achat publiques, et l'impuissance du code des marchés publics face aux hausses de prix imposées (ex. +50 % sur les PC).