La part du citoyen

Intelligence artificielle : souveraineté, économie & bulle

Droit d'auteur, données d'entraînement et open weight

Sur ce sujet, le corpus (19 citations, 4 auditions) fait converger les intervenants sur un même constat de départ : l'entraînement des grands modèles repose sur la captation massive de données, souvent produites gratuitement et sans consentement. Selon Mme Cyrielle Chatelain, rapporteure (Mme Maya Noël), « aujourd'hui, la force du modèle américain, c'est la captation des données. C'est même la base de leur modèle économique ». Mme Mélanie Dulong de Rosnay (Mme Mélanie Dulong de Rosnay) illustre cette extraction de valeur par des exemples concrets : les joueurs de Pokémon Go entraînant « à leur insu des robots de livraison », ou les photos Flickr sous licence Creative Commons ayant « permis sans le vouloir à IBM d'entraîner une IA de reconnaissance faciale intégrée dans des applications de surveillance ». Sa collègue Mme Ramya Chandrasekhar (Mme Mélanie Dulong de Rosnay) dénonce la récupération de l'open source par les big tech, Meta se faisant « le champion de logiciels d'IA open source dans l'idée de les intégrer à son système propriétaire ».

Un point saillant est la mise en cause du champion national. Mme Soizic Pénicaud (Mme Soizic Pénicaud) affirme que Mistral AI s'est entraîné sur des contenus protégés et que, contrairement « à la plupart des entreprises américaines », « il n'existe pas de garde-fou pour empêcher la restitution de ces contenus » ni de respect des robots.txt de la presse. La rapporteure (Mme Maya Noël) prolonge : « à quoi cela sert-il d'avoir un modèle français si c'est pour reproduire un modèle américain qui n'obéit pas à nos lois ? »

Les clivages portent sur les remèdes. Sur la rémunération, plusieurs voix jugent acceptable la contribution proposée par Mistral (1 à 5 % du chiffre d'affaires), mais sous condition. Mme Dulong de Rosnay (Mme Mélanie Dulong de Rosnay) y voit une piste « à la condition impérative que la compensation ruisselle jusqu'aux producteurs réels de la donnée », préférant des mécanismes décentralisés. Mme Maya Noël, France Digitale (Mme Maya Noël), propose plutôt « une cotisation spéciale payée par ceux qui produisent de l'IA » abondant un fonds pour les ayants droit, mais s'oppose frontalement à la PPL Darcos, qui créerait une exception française chassant les développeurs : « à quoi bon mettre de l'argent public dans un Mistral AI si, in fine, on ne le laisse pas se développer en France ? »

Sur l'open source et le calcul, M. Luca Belli (M. Luca Belli) prend un contre-pied : « investir dans des capacités de calcul nationales est inutile si la population reste captive de Meta AI », notant que « 78 % des Brésiliens n'interagissent qu'avec » l'IA native de Meta. Il conteste le « narratif artificiel » du méga-investissement. Mme Pénicaud (Mme Soizic Pénicaud) voit dans les modèles open weight une piste partielle et préconise de « contraindre les éditeurs à fournir les codes sources ». Deux exemples concrets d'alternatives figurent au corpus : Pleias, « une IA éthique qui s'entraîne uniquement sur des corpus relevant du domaine public » (Mme Mélanie Dulong de Rosnay), et l'usage par l'INA de Whisper, modèle OpenAI utilisé en local (Mme Soizic Pénicaud).

Qui en parle

Interventions regroupées (19 citations · 4 auditions)

Domaine : Intelligence artificielle : souveraineté, économie & bulle · Sujet : ia-droit-auteur

Couverture : 19 citations · 5 positions · 4 auditions

_Slugs bruts fusionnés : mistral-droit-auteur, droit-auteur-remuneration, ia-droit-auteur-scraping, transparence-donnees-entrainement, extraction-donnees-ia-generative, captation-donnees-ia, open-source-open-weight_

Positions exprimées

  • Mme Soizic Pénicaud (Mme Soizic Pénicaud) : Mistral AI s’est entraîné sur des contenus protégés, ne place pas de garde-fous contre leur restitution (contrairement aux entreprises américaines) et ne respecte pas les robots.txt des sites de presse, en violation du code de bonnes pratiques européen. _(tranchant 4)_
  • M. Luca Belli (M. Luca Belli) : Investir dans des capacités de calcul nationales est inutile tant que la population reste captive de l'IA des plateformes dominantes (Meta AI native) ; il faut d'abord traiter la dépendance d'usage et la captation quotidienne des données. _(tranchant 4)_
  • Mme Soizic Pénicaud (Mme Soizic Pénicaud) : Les modèles open weight sont une piste pour réduire la dépendance mais ne règlent pas la politique industrielle ; la publication des codes sources des systèmes internes est un premier pas réaliste, et il faut explorer l’obligation faite aux éditeurs de fournir leurs codes sources. _(tranchant 3)_
  • Mme Mélanie Dulong de Rosnay (Mme Mélanie Dulong de Rosnay) : Une contribution des fournisseurs d'IA (type proposition Mistral de 1 à 5 % du chiffre d'affaires) est acceptable à la condition impérative que la compensation ruisselle jusqu'aux producteurs réels de la donnée, ce que les mécanismes actuels ne garantissent pas ; des mécanismes décentralisés gérés par les communautés sont préférables. _(tranchant 3)_
  • Mme Maya Noël (Mme Maya Noël) : La protection des ayants droit est une priorité, mais la PPL Darcos crée une exception française contre-productive qui chasserait les développeurs d'IA ; il faut traiter le sujet au niveau européen, via une cotisation des producteurs d'IA abondant un fonds de rémunération. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Je précise d’ailleurs nous n’employons pas, à l’Odap, ce terme de souveraineté, que nous jugeons équivoque. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Rare : une auditionnée devant une commission sur la souveraineté numérique récuse le terme lui-même._

« il n’existe pas de garde-fou pour empêcher la restitution de ces contenus : si vous demandez à l’agent conversationnel de Mistral AI de restituer ces contenus, il n’avertit pas qu’ils sont protégés par le droit d’auteur, ce que font la plupart des entreprises américaines. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Le champion français fait moins que les entreprises américaines sur les garde-fous : renverse le récit souverainiste._

« s’il n’y a pas d’alternative à l’utilisation des données, qu’est-ce que cela implique dans la politique industrielle que nous souhaitons soutenir ? »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Pose la question de fond : la compétitivité de l’IA repose-t-elle structurellement sur l’usage non consenti des données ?_

« L’INA n’a pas développé son propre modèle, et pour retranscrire ses vidéos il utilise, je crois, Whisper, une application locale développée par OpenAI. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Exemple concret d’usage d’un modèle étranger (OpenAI) en local pour une tâche jugée peu critique._

« J’estime qu’il est pertinent d’explorer la possibilité de contraindre les éditeurs à fournir les codes sources de leurs systèmes. »

Mme Soizic Pénicaud — Observatoire des algorithmes publics (Odap) (audite, audition de Mme Soizic Pénicaud, 2026-03-17)

_Préconisation actionnable : obligation de transparence du code source pour permettre les audits externes._

« Voici quelques semaines, la MIT Technology Review a révélé que les joueurs de Pokémon Go entraînaient à leur insu des robots de livraison de repas. »

Mme Mélanie Dulong de Rosnay — CIS / CNRS (audite, audition de Mme Mélanie Dulong de Rosnay, 2026-03-31)

_Anecdote d'ouverture qui incarne concrètement l'extraction de valeur : un travail gratuit de cartographie récupéré par une filiale américaine._

« Ainsi, les millions d’internautes ayant partagé leurs photos sur la plateforme Flicker sous licence Creative Commons ont permis sans le vouloir à IBM d’entraîner une IA de reconnaissance faciale intégrée dans des applications de surveillance. »

Mme Mélanie Dulong de Rosnay — CIS / CNRS (audite, audition de Mme Mélanie Dulong de Rosnay, 2026-03-31)

_Illustre que les licences ouvertes elles-mêmes deviennent source de captation : le partage volontaire alimente la surveillance sans le consentement des auteurs._

« Meta se fait aujourd’hui le champion de logiciels d’IA open source dans l’idée de les intégrer à son système propriétaire proposant des services labelisés « Meta ». »

Mme Ramya Chandrasekhar — CIS / CNRS (audite, audition de Mme Mélanie Dulong de Rosnay, 2026-03-31)

_Dénonce la récupération de l'open source par les big tech, qui l'utilisent sans rétribuer les communautés créatrices._

« La proposition de Mistral préconisée par plusieurs décideurs politiques et experts ne me paraît pas une mauvaise solution. »

Mme Ramya Chandrasekhar — CIS / CNRS (audite, audition de Mme Mélanie Dulong de Rosnay, 2026-03-31)

_Accueil favorable, mais conditionnel, de la contribution de 1 à 5 % proposée par Arthur Mensch, sous réserve de ruissellement vers les producteurs._

« Je signale à ce propos l’existence de Pleias, une IA éthique qui s’entraîne uniquement sur des corpus relevant du domaine public. »

Mme Mélanie Dulong de Rosnay — CIS / CNRS (audite, audition de Mme Mélanie Dulong de Rosnay, 2026-03-31)

_Cite un acteur concret prouvant qu'une IA entraînée sur le seul domaine public est possible, à rebours de l'extraction généralisée._

« Aujourd’hui, la force du modèle américain, c’est la captation des données. C’est même la base de leur modèle économique »

Mme Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de Mme Maya Noël, 2026-04-16)

_La rapporteure pose la captation des données comme le cœur du modèle américain, prélude à la question du droit d'auteur._

« À quoi cela sert-il d’avoir un modèle français si c’est pour reproduire un modèle américain qui n’obéit pas à nos lois et qui ne respecte pas nos règles ? »

Mme Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de Mme Maya Noël, 2026-04-16)

_Question centrale de la rapporteure sur la valeur d'un champion national qui reproduit les pratiques qu'on dénonce (affaire Mistral / Mediapart)._

« à quoi bon mettre de l’argent public dans un Mistral AI si, in fine , on ne le laisse pas se développer en France ? »

Mme Maya Noël — France Digitale (audite, audition de Mme Maya Noël, 2026-04-16)

_Argument-clé contre la PPL Darcos : une exception française chasserait les développeurs d'IA hors de France._

« L’une des propositions que nous avons soumises en décembre 2024 – ce n’est pas la seule solution ; il y en a peut-être d’autres – consiste à prévoir une cotisation spéciale payée par ceux qui produisent de l’IA, et qui pourrait abonder un fonds permettant de rémunérer les ayants droit. »

Mme Maya Noël — France Digitale (audite, audition de Mme Maya Noël, 2026-04-16)

_Proposition concrète et actionnable : un fonds alimenté par les producteurs d'IA pour rémunérer les ayants droit._

« Investir dans des capacités de calcul nationales est inutile si la population reste captive de Meta AI. »

M. Luca Belli — Fondation Getulio Vargas (FGV), Rio de Janeiro (audite, audition de M. Luca Belli, 2026-05-07)

_Contre-pied direct au réflexe « investir dans le calcul souverain » : sans traiter la dépendance d'usage à l'IA des GAFAM, l'investissement matériel est vain._

« En intégrant nativement Meta AI à ses réseaux, le groupe s’assure en outre que 78 % des Brésiliens n’interagissent qu’avec son intelligence artificielle, l’entraînant quotidiennement avec leurs données. »

M. Luca Belli — Fondation Getulio Vargas (FGV), Rio de Janeiro (audite, audition de M. Luca Belli, 2026-05-07)

_Illustration concrète de la boucle de captation : l'IA native d'une plateforme dominante entraîne son modèle sur toute une population, verrouillant la dépendance._

« j’ai souligné que nous sommes peut-être prisonniers d’un narratif artificiel sur la nécessité d’investir des milliards en capacité de calcul pour construire des modèles d’IA de frontière. »

M. Luca Belli — Fondation Getulio Vargas (FGV), Rio de Janeiro (audite, audition de M. Luca Belli, 2026-05-07)

_Remise en cause frontale du narratif dominant de l'IA souveraine par le calcul massif — clivant au regard des stratégies européennes de méga-investissement._

« rendant aujourd’hui l’administration publique totalement dépendante des grands fournisseurs comme Google, Microsoft ou AWS. »

M. Luca Belli — Fondation Getulio Vargas (FGV), Rio de Janeiro (audite, audition de M. Luca Belli, 2026-05-07)

_Diagnostic sans détour de l'échec : l'abandon de la stratégie open source a conduit à une dépendance totale de l'État aux hyperscalers américains._

« Les données de PIX sont encore traitées par les grandes banques sur des infrastructures de calcul fournies par Oracle, AWS ou Google Cloud. »

M. Luca Belli — Fondation Getulio Vargas (FGV), Rio de Janeiro (audite, audition de M. Luca Belli, 2026-05-07)

_Nuance essentielle : même un succès de souveraineté comme PIX reste vulnérable si la couche cloud sous-jacente demeure aux mains des hyperscalers américains._