IA frugale, usages forcés et travail de l'ombre
Sur ce sujet, le corpus fait entendre trois intervenants (auditions M. Dominique Luzeaux, Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques, M. Luca Belli) dont les propos convergent surtout autour d'une critique du narratif dominant de l'IA — le récit selon lequel il faudrait « toujours plus de numérique » et « toujours plus de calcul ».
Le constat partagé est celui d'une demande largement fabriquée. Lors de la table ronde de l'audition de Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques, il est affirmé que l'IA générative relève d'un « usage largement forcé » et non d'un besoin avéré, alimentant « un cercle vicieux justifiant toujours plus d'infrastructures » : « Avons-nous vraiment besoin d'IA générative pour tout ? La réponse est clairement non ». Selon Lou Welgryn (Data for Good, Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques), il faut « sortir du mythe, largement instillé par le secteur, selon lequel la plupart de nos problèmes actuels pourraient être résolus par plus de numérique ». Elle prolonge cette critique du solutionnisme en visant une politique publique nommée : « le plan "Osez l'IA" vise à ce que 80 % des TPE-PME utilisent de l'IA d'ici 2030 », qu'elle propose d'« interroger » plutôt que de « forcer ce type d'usage ». Elle ajoute deux points saillants : le pouvoir informationnel inédit des IA conversationnelles — « Jamais dans l'histoire une entreprise privée n'a eu accès à une telle part de la psyché humaine » — et le caractère politique des algorithmes : « ces algorithmes sont politiquement orientés ; il n'existe pas d'algorithme neutre ».
Sur la frugalité, Luca Belli (Fondation Getulio Vargas, Rio, M. Luca Belli) formule la thèse la plus explicite : « nous sommes peut-être prisonniers d'un narratif artificiel sur la nécessité d'investir des milliards en capacité de calcul pour construire des modèles d'IA de frontière ». Il plaide pour une frugal AI (modèles simples et efficaces répliquant les succès industriels existants) plutôt que de subventionner le cloud et le matériel américains — position que la fiche signale comme clivante au regard des stratégies européennes de méga-investissement.
Un angle distinct est porté par Dominique Luzeaux (Otan ACT / ancien Agence du numérique de défense, M. Dominique Luzeaux). Son propos ne relève pas de la frugalité mais de la souveraineté par l'alternative industrielle : il présente Artemis.IA (Athea / Atos-Thales) et SitaWare comme des alternatives crédibles à Palantir, relativise l'avance de ce dernier (« La plateforme MSS a déjà plus de dix ans ») et reconnaît la dépendance de son propre discours à l'existence d'une brique nationale : « Si Artemis.IA n'existait pas, je serais bien plus gêné pour vous répondre ».
Honnêteté sur la couverture : malgré son intitulé, la fiche ne documente pas le volet « travail de l'ombre » (travailleurs du clic, annotation) — aucune citation ne l'aborde. Le clivage principal reste implicite : les tenants d'une IA frugale et « désirable » d'un côté, les stratégies de calcul et d'investissement massifs de l'autre, ces dernières n'étant pas défendues en propre dans ce sous-corpus.
Qui en parle
- Lou Welgryn (Data for Good, Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) — critique du solutionnisme et de l'usage forcé ; met en cause le plan « Osez l'IA » et la neutralité algorithmique.
- Table ronde (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) — l'IA générative comme usage forcé alimentant un cercle vicieux d'infrastructures.
- Luca Belli (Fondation Getulio Vargas, Rio, M. Luca Belli) — défense de la frugal AI contre le « narratif artificiel » du calcul massif.
- Dominique Luzeaux (Otan ACT / ex-Agence du numérique de défense, M. Dominique Luzeaux) — souveraineté par l'alternative nationale (Artemis.IA, SitaWare) face à Palantir.