Abandon du chantier de Penly
Le corpus aborde l'abandon du chantier de Penly à travers un nombre limité d'interventions (4 citations, 2 auditions), qui éclairent le sujet sous deux angles distincts : la logique d'un industriel privé qui s'en est désengagé, d'une part, et le regard rétrospectif sur l'impact de telles renonciations sur la capacité de production française, d'autre part.
Le premier angle est porté par M. Patrick Pouyanné (M. Patrick Pouyanné), qui assume et justifie le retrait de Total du nucléaire, dont Penly. Selon lui, ce désengagement était fondé : « Pour d'autres raisons, je n'étais pas spécialement partisan de l'investissement dans le nucléaire. Les obligations résiduelles à long terme me paraissaient par exemple complexes à intégrer à notre bilan. » Sa position, telle qu'elle est synthétisée dans la fiche, est que ces obligations résiduelles de long terme sont trop complexes pour le bilan d'un acteur privé et que la gestion de ces risques relève des États. Il situe par ailleurs ce raisonnement au-delà du seul accident de Fukushima. Dans la même audition, il porte un jugement critique sur la sortie allemande du nucléaire, qu'il relie à la dépendance au gaz russe : « Les Allemands ont décidé de sortir du nucléaire sans en mesurer toutes les conséquences. »
Le second angle, plus critique à l'égard des renoncements nucléaires, est exprimé par Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix), qui en souligne les conséquences sur la capacité de production. Il quantifie la perte actuelle de production d'EDF et la relie à la disparition de la surcapacité : « La capacité de production d'EDF est amputée de 100 térawattheures, soit 20 % de sa production, ce qui est colossal, au moment où survient une crise de l'énergie en Europe ; si nous connaissions le même excédent de capacité qu'il y a deux ans, personne ne se serait aperçu de la crise. » Il établit explicitement un lien entre les capacités abandonnées et le manque ressenti pendant la crise : « Entre Flamanville et Le Havre, nous nous sommes privés d'une production qui représente environ celle qui nous manque actuellement. Il ne me semble pas que les décisions prises à cet égard aient été rationnelles. »
Le principal point saillant du corpus est ainsi un contraste de lecture. Pouyanné (M. Patrick Pouyanné) défend la rationalité, du point de vue d'un industriel privé, du désengagement du nucléaire, en renvoyant la charge des risques résiduels aux États. Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) juge au contraire que les décisions d'abandon de capacités « entre Flamanville et Le Havre » n'ont pas été rationnelles, au regard du déficit de production révélé par la crise. Le chiffre clé avancé est l'amputation de 100 TWh, soit 20 % de la production d'EDF. Le corpus ne fournit pas d'autres éléments factuels (calendrier, coûts du chantier, décisions publiques) sur Penly.
Qui en parle
- M. Patrick Pouyanné (M. Patrick Pouyanné) : justifie le désengagement de Total du nucléaire (Penly) ; obligations résiduelles trop complexes pour un bilan privé, gestion des risques relevant des États ; critique la sortie allemande du nucléaire.
- Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) : souligne l'ampleur de la perte de production (100 TWh, 20 % d'EDF) et juge non rationnel l'abandon de capacités nucléaires au regard du manque révélé par la crise.