Discours de Belfort et relance de 2022
Le corpus aborde le discours de Belfort sous deux angles complementaires : son contenu et sa portee comme acte de relance, d'une part, et les conditions d'elaboration des decisions de relance du nucleaire, d'autre part. Les intervenants s'accordent sur un point : Belfort a fixe une direction a une politique energetique qui en manquait. Selon Mme Barbara Pompili (Mme Barbara Pompili), la politique energetique « manquait d'un pilote » et le discours a enfin trace une trajectoire. Mme Elisabeth Borne (Mme Élisabeth Borne) en presente la structure : trois piliers indissociables - sobriete, nucleaire, renouvelables - au service d'un objectif cardinal, « etre la premiere grande nation industrielle a sortir des energies fossiles ».
Un premier clivage porte sur ce qu'il faut retenir de Belfort. Alors que le discours est connu pour l'annonce de nouvelles paires d'EPR, Mme Pompili (Mme Barbara Pompili) en livre une relecture personnelle : « Ce qu'on retient en general du discours de Belfort, c'est l'annonce de la construction de nouvelles paires d'EPR, mais pour moi, il marque le deblocage tant attendu en matiere d'energies renouvelables. » Elle nuance par ailleurs son positionnement anterieur, jugeant desormais qu'« il y a un risque a tirer sur le parc existant jusqu'a la corde » et se reconnaissant dans la trajectoire de Belfort. Pour defendre le poids d'une decision politique, elle mobilise l'analogie de Kennedy : « L'homme a marche sur la Lune parce que le president Kennedy a prononce un discours fondateur, dont la vision a mis tout le monde en ordre de marche », en reponse au scepticisme du president de la commission sur le poids d'un seul discours.
Le second clivage, plus frontal, concerne le processus de decision. M. Patrick Landais (M. Patrick Landais), haut-commissaire et expertise independante de l'Etat, affirme n'avoir jamais ete sollicite sur la relance (PIA, France Relance, SMR, EPR 2, programme de 6+8 reacteurs, Penly) : « les ministeres et entites impliquees ne m'ont jamais sollicite pour participer aux reflexions et evaluations ayant conduit aux differentes mesures mises en place. » Il le « regrette vivement » mais assume de ne pas s'etre autosaisi : « Si l'on ne me demande rien, pourquoi devrais-je mobiliser des experts [...] pour realiser une analyse qui ne sera utilisee par personne ? », et conclut, face a l'insistance du rapporteur, « J'ai fait un autre choix. » Ce choix est conteste par le president Raphael Schellenberger (M. Patrick Landais), qui pointe l'attente envers un organe public d'expertise : « Permettrait-on a l'ASN un tel raisonnement ? »
Sur le fond de la souverainete, Mme Borne (Mme Élisabeth Borne) relativise enfin la these d'une souverainete perdue : « la France contemporaine n'a jamais ete souveraine en matiere energetique », la presentant comme un objectif a conquerir plutot qu'un acquis a restaurer.
Qui en parle
- Mme Elisabeth Borne (Mme Élisabeth Borne) : Belfort comme cadre structurant en trois piliers indissociables, au service de la sortie des fossiles ; souverainete energetique presentee comme objectif a conquerir.
- Mme Barbara Pompili (Mme Barbara Pompili) : Belfort vu comme pilote retrouve et surtout deblocage des renouvelables ; nuance son rejet du 100 % renouvelable et defend le poids de la decision politique.
- M. Patrick Landais (M. Patrick Landais) : haut-commissaire jamais sollicite sur la relance, qu'il regrette ; assume de ne pas s'etre autosaisi.
- M. Raphael Schellenberger (M. Patrick Landais, president) : challenge le silence assume de l'expertise independante.