Projet européen de l'énergie et nucléaire en Europe de l'Est
Le corpus aborde ce sujet sous deux angles complémentaires : la dimension historiquement européenne du nucléaire français, et le rôle des institutions européennes face à l'Europe de l'Est et à sa dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie. La couverture reste limitée (deux auditions, trois citations).
Un premier constat, porté lors de la table ronde du 2 novembre 2022, consiste à remettre en cause le récit d'un nucléaire strictement national. Selon Yves Bouvier (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar), « l'idée selon laquelle la France bâtit seule son industrie nucléaire est bien éloignée de la réalité » : au contraire, « cette construction s'inscrit dans un vrai projet européen ». La position synthétisée au même point (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar) prolonge ce constat en l'inscrivant dans une lecture critique de long terme : le nucléaire français relevait d'un projet européen, et « l'échec de la politique énergétique européenne depuis le traité de Rome » minerait la souveraineté. Le mythe d'un nucléaire « franco-français » est ainsi déconstruit pour le replacer dans une ambition européenne.
Sur le volet doctrinal, Dominique Ristori (M. Dominique Ristori, 1er mars 2023) réaffirme une logique d'addition des sources de production, appliquée à l'échelle européenne et notamment à l'Europe de l'Est : « la neutralité carbone ne sera atteinte que par l'addition des énergies renouvelables et de l'énergie nucléaire. » Le nucléaire est ici présenté comme complémentaire des renouvelables plutôt que concurrent, dans la perspective de la décarbonation du continent.
Le principal clivage est politique et porte sur l'action des institutions européennes. Lors de la même audition (M. Dominique Ristori), Jean-Philippe Tanguy (RN) formule une accusation forte : « les institutions européennes se sont occupées de démanteler ou d'affaiblir le modèle français, mais elles ont moins évoqué les solutions pour l'Europe de l'Est et la suppression de la dépendance à la Russie jusqu'à une période très récente. » Pour lui, l'Union aurait ainsi ciblé l'atout nucléaire français au lieu de traiter en priorité la dépendance russe de l'Est européen.
Deux lectures coexistent donc dans le corpus. La première, analytique (Bouvier, Ristori), souligne l'ancrage européen du nucléaire français et la complémentarité des énergies pour atteindre la neutralité carbone, tout en pointant les limites historiques de la politique énergétique commune. La seconde, politique (Tanguy), impute aux institutions européennes un affaiblissement délibéré du modèle français au détriment d'une réponse à la dépendance russe de l'Europe de l'Est. Le corpus ne fournit pas de chiffres clés sur ce sujet ; les points saillants relèvent surtout d'appréciations qualitatives et de jugements sur l'orientation des politiques européennes.
Qui en parle
- Yves Bouvier (audité, M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar) : le nucléaire français s'inscrit dans un véritable projet européen, et non dans une construction purement nationale.
- Dominique Ristori (audité, M. Dominique Ristori) : doctrine d'addition renouvelables + nucléaire pour la neutralité carbone, appliquée à l'Europe de l'Est.
- Jean-Philippe Tanguy (député RN, M. Dominique Ristori) : les institutions européennes auraient affaibli le modèle français plutôt que traité la dépendance russe de l'Europe de l'Est.