La part du citoyenTikTok et les mineurs
BP

Brie Pegum

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Brie Pegum est une dirigeante de TikTok basée à Dublin (Irlande), en charge des programmes de conformité

réglementaire et de gestion des risques au sein des équipes « Trust and Safety » de la plateforme.

Elle rejoint TikTok en mars 2023 comme responsable mondiale du produit pour l'authenticité et la

transparence — Global Head of Product, Authenticity & Transparency —, fonction sous laquelle elle

s'exprime publiquement au nom de l'entreprise à partir de 2024. Le 3 décembre 2024, elle représente TikTok

devant la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs (IMCO) du Parlement

européen, aux côtés de Caroline Greer, directrice des affaires publiques et des relations gouvernementales

de TikTok, lors d'un échange consacré à l'application du règlement européen sur les services numériques

(DSA) et aux élections en Europe, dans le contexte du scrutin roumain ; le communiqué du Parlement européen

la désigne sous le titre de Global Head of Product, Authenticity and Transparency chez TikTok. Elle y

déclare que la plateforme a démantelé trois réseaux d'influence occulte visant les élections roumaines et

supprimé 66 000 faux comptes depuis septembre. Le 9 décembre 2024, elle signe sous ce même titre le billet

du Newsroom de TikTok « How TikTok counters deceptive behaviour », qui fait état de plus de 40 réseaux

d'influence occulte démantelés en 2024.

Au moment de son audition à l'Assemblée nationale (juin 2025), elle décrit ses fonctions comme la direction

de « la division chargée des programmes de gestion des risques et de la régulation au siège social de

TikTok à Dublin » (M. Arnaud Cabanis). Son profil professionnel public la présente ensuite comme responsable mondiale

des programmes de régulation, de risque et de gestion de programme pour le Trust & Safety de TikTok

(Global Head of Regulatory, Risk and Program Management – Trust and Safety), avec un périmètre de

conformité couvrant le DSA, l'Online Safety Act britannique et le DMA.

Avant TikTok, elle a mené une carrière de dirigeante produit dans l'édition et les technologies de

l'information : la page d'auteur du magazine Choice (Choice360, American Library Association) la présente

comme Global Director, Product Innovation & Digital Strategy chez ProQuest, en charge de la stratégie

produit et marketing de l'unité Information Solutions, basée à Cambridge (Royaume-Uni). Son profil public

mentionne également un passage par la Saïd Business School de l'université d'Oxford (2015-2016).

*Réserve de méthode : l'identification est établie par recoupement de l'organisation (TikTok), du lieu

(Dublin) et de la fonction (régulation / Trust & Safety) cités dans le dossier avec les sources

institutionnelles (Parlement européen, Newsroom TikTok) ; le nom est rare et aucun homonyme plausible n'est

apparu dans ce champ. En revanche, les éléments antérieurs à TikTok (ProQuest, Oxford) proviennent de pages

d'auteur et de profils professionnels déclaratifs, non d'une source institutionnelle : ils sont à considérer

comme moins solidement établis. Aucune source publique consultée ne documente sa formation initiale ni sa

nationalité.*

Dans la commission

Auditionnée sous serment le 12 juin 2025 (M. Arnaud Cabanis), lors d'une audition commune consacrée à la modération sur

TikTok, aux côtés de Nicky Soo, responsable de la digital safety, et de Vincent Mogniat-Duclos,

responsable France de TikTok Live. Le président indique qu'elle est « venue d'Irlande » et qu'elle

s'exprime en anglais avec interprétation simultanée. Il s'agit de sa seule audition ; elle y prend la

parole 31 fois. Sur les trois représentants de la plateforme entendus ce jour-là sur la modération, elle

est celle qui porte la partie technique et réglementaire.

**Sa thèse : la modération de TikTok doit s'apprécier comme un « système global » à plusieurs couches, où

l'automatisation fait l'essentiel du travail.** Elle pose ce cadre d'emblée — « Il est essentiel

d'appréhender le dispositif de modération de TikTok comme un système global » (M. Arnaud Cabanis) — et le décline en

chiffres : « 100 % du contenu de la plateforme est modéré », « moins de 1 % ne respecte pas nos lignes

directrices », « 80 % des contenus qui enfreignent nos règles sont supprimés automatiquement, avant même

que le moindre humain n'intervienne » (M. Arnaud Cabanis). La modération humaine, dans cette description, intervient en

second, sur les cas ambigus et les contenus sensibles, complétée par des mécanismes de « rappel » qui

renvoient un contenu vers un modérateur lorsqu'il gagne en visibilité ou lorsqu'il est signalé.

La baisse du nombre de modérateurs francophones, présentée comme un effet de l'investissement dans l'IA.

Interrogée par la rapporteure puis par le président sur le passage de 634 à 509 modérateurs francophones

entre les deux rapports de transparence, elle répond que « la modération des contenus est très dynamique »

et dépend « des variations locales du volume de contenus », puis relie explicitement la baisse à

l'automatisation : « Cela explique que le nombre de modérateurs ait diminué, sans affecter notre capacité à

repérer les infractions » (M. Arnaud Cabanis) — argument qu'elle double d'une justification de protection des équipes

elles-mêmes. Elle précise que les 509 modérateurs francophones « couvrent l'Europe », que d'autres

modérateurs francophones couvrent le reste du monde, et que TikTok recourt à des prestataires externes,

citant « des partenariats avec Teleperformance au Portugal, Majorel en Roumanie ou encore Intellias en

Bulgarie » (M. Arnaud Cabanis). Plusieurs demandes chiffrées des députés (nombre de vidéos par heure et par modérateur,

ratio internes/sous-traitants) restent sans réponse en séance et sont renvoyées à des réponses écrites.

Sur le suivi des modérateurs, elle met en avant le temps de repos, l'accompagnement et une formation

initiale puis continue, et indique s'être rendue en immersion sur des sites de modération, « notamment en

Allemagne et au Maroc » (M. Arnaud Cabanis).

#SkinnyTok : une chronologie de la proportionnalité. C'est le point le plus disputé de l'audition. Elle

expose une montée en charge graduelle : une tendance apparue en janvier, d'abord jugée conforme et orientée

vers l'alimentation saine et le rétablissement, puis un basculement constaté en mars-avril, et enfin le

blocage — « Nous avons fini par bloquer le #SkinnyTok en mai, afin que les nouvelles vidéos ne puissent pas

l'utiliser. Cela a évité à plus de 90 000 contenus d'apparaître chaque jour sur le fil des utilisateurs

français. » (M. Arnaud Cabanis). Elle défend la lenteur de cette séquence au nom d'un équilibre : bloquer un hashtag est

« une mesure très sévère » quand les contenus sont majoritairement positifs, et les utilisateurs majeurs

doivent, selon elle, conserver un espace pour parler de leurs troubles alimentaires. Interrogée sur le fait

que le blocage a suivi la visite de la ministre Clara Chappaz au siège de Dublin, elle répond que TikTok

attendait alors « les avis d'experts externes » et la confirmation que les contenus avaient basculé

(M. Arnaud Cabanis). Face à la persistance de contenus problématiques relevée en direct par la rapporteure (#FearFood)

et par le président (#Skinny), elle maintient la ligne tout en concédant la faillibilité du dispositif :

« Bien sûr, nous ferons toujours des erreurs. » (M. Arnaud Cabanis)

Une délimitation constante de son périmètre de compétence. Plusieurs fois, elle décline la question

plutôt que d'y répondre au fond. Sur les alertes d'experts britanniques dès 2023 concernant les contenus

pro-maigreur : « Je ne connais pas l'historique de cette tendance, car cela ne relève pas de mon rôle. »

(M. Arnaud Cabanis) Sur les propos sexistes d'un influenceur cités mot pour mot par le président et la rapporteure :

« Je ne connais pas ce contenu en particulier et je ne peux pas me prononcer sans connaître le contexte. »

(M. Arnaud Cabanis), en invoquant la place du contre-discours et de l'apport journalistique sur la plateforme. Sur les

seuils de visibilité déclenchant un réexamen humain, elle indique que « différents jalons sont prévus »

mais n'en a pas « les seuils en tête » (M. Arnaud Cabanis).

Sanctions et signalements. Elle décrit une modération « contenu par contenu », graduée selon la gravité

— indulgence et pédagogie pour les infractions mineures, « tolérance zéro » et bannissement immédiat pour

les discours de haine et les contenus pédopornographiques —, et met en avant la transparence envers

l'utilisateur et le droit de recours prévu par le DSA. Confrontée au témoignage de l'association Stop Fisha

selon lequel des codes antisémites signalés n'auraient pas été jugés contraires aux règles, elle affirme

que « les symboles antisémites ne sont pas tolérés » et, invitée à qualifier le cas, concède : « J'ai

l'impression, en effet. » qu'il s'agit d'une erreur de modération (M. Arnaud Cabanis). Elle justifie le traitement

prioritaire des signaleurs de confiance tout en soutenant que « toutes les voies de signalement comptent »

(M. Arnaud Cabanis).

Lives et mineurs. Elle indique que tout contenu est modéré « quelle que soit sa forme » (M. Arnaud Cabanis), décrit

pour les directs des modèles de détection de signaux en temps réel, l'interruption du live en cas

d'infraction, des retours pédagogiques aux créateurs et l'alerte des autorités de police locales en cas de

menace sur la vie d'une personne. Elle rappelle de sa propre initiative que « les moins de 18 ans n'ont pas

le droit de faire des lives » et n'ont pas de portefeuille, donc ne peuvent pas envoyer de cadeaux (M. Arnaud Cabanis).

Vérification de l'âge et DSA. Elle revendique une obligation prise au sérieux — « Nous prenons très au

sérieux nos obligations au titre du DSA. Nous publions annuellement une évaluation des risques » (M. Arnaud Cabanis) —

et dit attendre les lignes directrices de la Commission européenne sur l'article 28 relatif à la protection

des mineurs. Pressée par la rapporteure d'adopter dès maintenant une solution de vérification, même

imparfaite, elle oppose là encore un équilibre à trouver avec la vie privée et l'expérience utilisateur, et

précise le rôle exact de l'estimation d'âge : « Nos systèmes d'estimation ne visent pas à déclarer l'âge de

l'utilisateur, mais plutôt à soumettre les comptes suspects aux modérateurs humains. » (M. Arnaud Cabanis) En cas de

doute persistant, le compte est banni, à charge pour l'utilisateur de faire appel en fournissant des

justificatifs — technologies dont elle souligne qu'elles « empiètent sur la protection de la vie privée »

(M. Arnaud Cabanis).

Sources

(Parlement européen, communiqué de presse du 3 décembre 2024, réf. 20241202IPR25721 — *MEPs quiz TikTok

over compliance with the Digital Services Act* ; titre et participation à la commission IMCO)

(Parlement européen, Multimedia Centre — audition IMCO du 3 décembre 2024)

2024 — billet signé Brie Pegum, Global Head of Product, Authenticity & Transparency)

(3 décembre 2024 — compte rendu de son intervention devant le Parlement européen)

(POLITICO Europe, 3 décembre 2024 — même audition ; page non accessible en lecture directe, référencée

via les résultats de recherche)

DSA/OSA/DMA, Saïd Business School d'Oxford 2015-2016 ; source déclarative)

la présentant comme Global Director, Product Innovation & Digital Strategy chez ProQuest, Cambridge,

Royaume-Uni ; page non accessible en lecture directe, référencée via les résultats de recherche)

de l'audition du 12 juin 2025 — M. Arnaud Cabanis)