Florence Biot
Role dans la commission : Personne auditionnee
Biographie
Florence Biot est une haute fonctionnaire du ministère de l'Éducation nationale, sous-directrice de la transformation numérique à la Direction du numérique pour l'éducation (DNE) depuis le 1er février 2021. Elle est agrégée de lettres modernes.
Levée d'ambiguïté sur l'identité : l'intitulé exact déclaré sous serment devant la commission — « sous-directrice de la transformation numérique à la Direction du numérique pour l'éducation » — correspond terme pour terme à la nomination publiée par Acteurs publics en janvier 2021 et aux mentions de presse spécialisée (Educatech 2023, Ludomag janvier 2025). L'identification est donc établie sans ambiguïté.
Parcours. Sa carrière, longue d'environ vingt-cinq ans dans l'éducation nationale au moment de sa nomination de 2021, se déroule selon les éléments biographiques publiés par Acteurs publics :
- 1989 — professeure de lettres en collège et lycée dans l'académie de Reims.
- 1997 — déléguée académique à l'éducation artistique et culturelle.
- 2001-2006 — chargée de mission sur les innovations pédagogiques à la Direction générale de l'enseignement scolaire (DGESCO) ; elle exerce également des fonctions liées au développement durable.
- 2007-2008 — chargée de mission sur la contractualisation avec les établissements scolaires, au rectorat de Nantes.
- 2008-2010 — chef de projet sur la réorganisation de services, dans le champ de l'action administrative et des moyens.
- 2010-2015 — cheffe de service au greffe de la Cour des comptes (détachement de cinq ans).
- 2015-2018 — experte en tutelle des opérateurs et direction de projets à la DNE.
- Avril 2018 — nommée directrice de projet (groupe III) à la DNE, chargée de coordonner le plan d'action de la stratégie numérique du ministère ; elle succède à Philippe Daubignard. Elle a alors 52 ans (soit une naissance vers 1965-1966).
- 2019 — cheffe du département de la stratégie et des partenariats.
- 1er février 2021 — sous-directrice de la transformation numérique à la DNE, en succession de Pascal Cotentin, parti à la retraite. Le périmètre annoncé de la fonction : définir et déployer la politique de service public du numérique éducatif et accompagner l'évolution des pratiques pédagogiques par le numérique.
Elle est toujours en poste lors de son audition du 5 juin 2025. Elle intervient régulièrement dans l'écosystème de l'éducation au numérique (jury des « EdTech Startup Awards » en 2020 au titre du MENJS-DNE, table ronde à Educatech 2023, dispositif des Territoires numériques éducatifs).
Réserve de sourçage : les éléments de parcours ci-dessus proviennent des notices de nomination d'Acteurs publics ; les intitulés exacts des postes de 2008-2015 (notamment la fonction exercée à la Cour des comptes) n'ont pas pu être recoupés avec une seconde source. Aucune information n'est disponible dans les sources consultées sur sa formation au-delà de l'agrégation de lettres modernes.
Dans la commission
Florence Biot est auditionnée le 5 juin 2025 (M. Marc Pelletier), sous serment, dans le cadre d'une table ronde des acteurs de l'éducation nationale présidée par Arthur Delaporte — aux côtés de Marc Pelletier (sous-direction de l'action éducative, DGESCO), Stéphanie Gutierrez (son adjointe), Claire Bey (bureau de la santé et de l'action sociale) et Marie-Caroline Missir (Réseau Canopé / Clemi). Elle intervient à quatorze reprises.
Sa thèse. L'éducation nationale a construit un dispositif d'éducation au numérique (référentiel de compétences, Pix, attestation obligatoire dès la sixième), mais elle constate un écart massif entre le cadre légal et les usages réels des élèves. Elle en tire une conclusion de partage des responsabilités : l'école éduque, elle ne contrôle pas l'accès — ce contrôle relève des plateformes, qui, selon elle, ne l'assurent pas.
Positions clés défendues (M. Marc Pelletier).
- Le dispositif scolaire — cadre de référence des compétences numériques défini depuis 2019, adossé au dispositif européen DigComp et opérationnalisé par la plateforme Pix ; certification en troisième et terminale ; attestation obligatoire des compétences numériques dès la sixième depuis la rentrée 2024 ; Pix junior pour les CM1-CM2, expérimenté dans les territoires numériques éducatifs puis ouvert à toutes les classes de primaire volontaires. Elle justifie l'abaissement au cycle 3 par la précocité des usages.
- Exposition précoce — son chiffre central : « Nos observations révèlent en effet que deux tiers des élèves de l'école primaire accèdent déjà aux réseaux sociaux, alors même que cet accès est interdit avant 13 ans, et avant 15 ans sans accord parental. » (M. Marc Pelletier). Elle étaye ensuite avec l'étude annuelle de l'association e-Enfance : « Cette étude démontre en effet que 67 % des élèves de primaire sont déjà inscrits sur des réseaux sociaux et messageries, malgré l'interdiction pour les moins de 13 ans. Ce pourcentage grimpe à 93 % au collège et à 96 % au lycée. » (M. Marc Pelletier). Sur l'attachement au téléphone, elle cite la même source : 22 % des élèves de primaire déclaraient en 2024 ne plus pouvoir s'en passer plus d'une heure, 24 % au collège, 28 % au lycée.
- Sur quoi elle fonde ses préconisations — elle s'appuie sur le Conseil scientifique de l'éducation nationale (CSEN) et la cohorte Elfe, dont elle restitue un résultat nuancé : « si le contexte familial exerce davantage d'influence que le temps d'écran sur le développement des compétences cognitives, ce dernier impacte significativement le temps de sommeil. » (M. Marc Pelletier). Elle mobilise aussi des travaux de neuropsychologie selon lesquels l'usage problématique des réseaux sociaux entraverait le développement du contrôle et du jugement critique, ainsi que des travaux de l'Inserm sur les troubles du sommeil.
- Une alerte qu'elle relaie — « Les spécialistes de l'enfance et de l'adolescence alertent également sur l'augmentation des troubles liés à l'identité de genre potentiellement induits par les algorithmes de certaines applications telles que TikTok. » (M. Marc Pelletier). Elle présente ce point comme une alerte émanant de spécialistes, sans nommer d'étude ; ce n'est ni un constat établi par la commission ni un résultat qu'elle documente devant elle.
- Vérification de l'âge — le point le plus factuel de son audition : « Aujourd'hui, les plateformes échouent à interdire effectivement l'accès des plus jeunes aux réseaux sociaux, malgré les interdictions formelles. La DNE a tenu, avec les principales plateformes de réseaux sociaux dont TikTok, une unique réunion au printemps 2024. Nous leur avons proposé d'utiliser ÉduConnect comme outil de vérification d'âge lors de l'ouverture d'un compte, mais aucune d'entre elles n'a donné suite à cette proposition. » (M. Marc Pelletier). Et sur le motif du refus : « Elles ont toutes indiqué attendre une solution à l'échelle européenne, arguant qu'elles ne pouvaient investir dans des dispositifs nationaux disparates. » (M. Marc Pelletier). Interrogée sur la date, elle la situe « au printemps 2024 » et propose de la communiquer précisément par écrit ; elle décrit ÉduConnect comme « l'équivalent de Franceconnect appliqué à l'éducation », déjà opérationnel.
- La frontière qu'elle trace pour son administration — « l'éducation nationale n'a pas vocation à exercer un rôle de gendarme ou de policier. » (M. Marc Pelletier). Formule prononcée en préambule de son propos sur les plateformes, quelle que soit, précise-t-elle, l'orientation des préconisations de la commission.
- L'algorithme de TikTok — elle en décrit le fonctionnement comme « un système spécifique et hybride, combinant filtrage collaboratif et analyse de contenu en temps réel », s'adaptant « parfois après seulement quelques interactions », et en tire un grief : « Son opacité est préoccupante car il enferme les utilisateurs dans des bulles de filtres, leur présentant systématiquement des contenus qui renforcent leurs opinions préexistantes, ce qui conduit inévitablement à des dérives. » (M. Marc Pelletier). Elle estime que les adolescents y sont plus vulnérables du fait d'une éducation numérique incomplète, et que « l'incompréhensibilité de ces algorithmes constitue un véritable danger tant pour la population que pour notre démocratie ».
- Point saillant — sa prise de position personnelle sur l'interdiction. Interrogée par la rapporteure Laure Miller sur l'utilité d'une interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, elle répond sur TikTok en particulier et se démarque explicitement de sa voisine de table Marie-Caroline Missir, qui excluait du champ les « réseaux sociaux éthiques » : « À titre personnel, je considère qu'aucun réseau social actuel ne présente un caractère véritablement éthique. » (M. Marc Pelletier). Puis : « J'affirme donc clairement être favorable à son interdiction et j'irai même plus loin en affirmant que le fait que TikTok soit partenaire d'événements culturels et constitue le sponsor principal de nombreuses manifestations représentant la France me paraît profondément problématique. » (M. Marc Pelletier). Elle prend soin de qualifier cette position de personnelle et ajoute que « l'école a certes un rôle à jouer, mais les autres institutions françaises également ».
Autres points abordés.
- « Portable en pause » — elle explique le changement d'appellation du dispositif, initialement « pause numérique » : le terme « pouvait susciter les injonctions contradictoires » entre éduquer au numérique et annoncer une pause. La nouvelle formulation « met davantage l'accent sur le téléphone lui-même », les ordinateurs et les salles informatiques n'étant pas visés — clarification demandée, dit-elle, par les collectivités qui s'interrogeaient sur l'opportunité d'équiper les établissements (M. Marc Pelletier).
- Environnements numériques de travail (ENT) — l'ENT est présenté comme l'interface de relation avec les familles ; l'objectif affiché n'est pas de distendre ce lien mais de créer des plages de déconnexion, en limitant les notifications le soir à partir de 20 heures, la nuit et le week-end (M. Marc Pelletier).
- Familles — « Nous n'avons pas encore développé le volet famille, alors que l'acculturation des parents représente un élément central de notre démarche. » (M. Marc Pelletier). Elle décrit un déplacement de doctrine : après avoir considéré que les mésusages relevaient de la sphère familiale, la DNE investit « les passerelles avec les familles ».
- Formation des enseignants — la certification des compétences numériques est une obligation dès l'entrée dans le métier : l'ancien C2i2e a été remplacé par le cadre de référence des compétences numériques, adossé à Pix, après trois ans d'expérimentation et en cours d'inscription dans les textes (M. Marc Pelletier).
- Charte — une charte d'éducation à la culture et à la citoyenneté numérique, rédigée avec le Clemi, l'Arcom et la Cnil, a été diffusée dans tous les collèges, accompagnée d'un guide traitant des réseaux sociaux ; elle identifie comme chantier restant sa diffusion effective (M. Marc Pelletier).
- Outils numériques à l'école — en réponse à la tension entre éduquer au numérique et limiter les écrans : « Ce sont les mésusages qui s'avèrent préjudiciables. Toutes les études scientifiques que j'ai citées démontrent que l'usage et l'environnement familial influencent davantage l'apprentissage que la simple présence des outils. » (M. Marc Pelletier)
Sources
- https://acteurspublics.fr/nomination/florence-biot-nommee-sous-directrice-de-la-transformation-numerique-de-leducation-nationale/ (nomination du 1er février 2021, parcours, formation)
- https://acteurspublics.fr/nomination/florence-biot-prend-un-poste-de-directrice-de-projet/ (nomination d'avril 2018, chronologie détaillée de la carrière, âge)
- https://www.ludomag.com/2025/01/24/territoires-numeriques-educatifs-tne-les-enjeux-du-dispositif/ (fonction confirmée en janvier 2025)
- https://www.ludomag.com/2023/10/10/educatech-2023-une-programmation-qui-sannonce-exceptionnelle/ (fonction confirmée en 2023)
- https://www.ludomag.com/2020/12/07/ceremonie-des-laureats-edtech-startup-awards-edition-france-le-10-decembre/ (rattachement MENJS-DNE en 2020)
- https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/opendata/CRCANR5L17S2025PO867384N023.html (compte rendu n°23 du 5 juin 2025, qualité déclarée sous serment)