La part du citoyenTikTok et les mineurs
Kévin Mauvieux

Kévin Mauvieux

Rôle dans la commission : Député membre — groupe RN

Biographie

Kévin Mauvieux est né le 9 septembre 1991 à Pont-Audemer (Eure). Titulaire d'un baccalauréat économique et social, il poursuit des études d'économie à l'université de Rouen. Il exerce ensuite la profession de conseiller en assurance — c'est la profession déclarée sur sa fiche de l'Assemblée nationale.

Son engagement politique commence à droite : il adhère à l'UMP à dix-huit ans et devient responsable du parti (devenu Les Républicains) pour la 3e circonscription de l'Eure. Il quitte Les Républicains en 2020, en invoquant le rapprochement de la formation avec la majorité présidentielle, puis rejoint le Rassemblement national en 2022.

Élu conseiller communautaire de la communauté de communes de Pont-Audemer / Val de Risle en juillet 2020, il est élu député de la 3e circonscription de l'Eure en juin 2022 sous l'étiquette RN, puis réélu le 7 juillet 2024 (début de mandat le 8 juillet 2024) lors des législatives anticipées de la 17e législature. Il devient conseiller municipal de Pont-Audemer en mai 2025. Il est porte-parole du groupe RN à l'Assemblée nationale depuis septembre 2023.

À l'Assemblée nationale, il siège à la commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire et occupe la vice-présidence du Comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques. Il est notamment membre des groupes d'études sur l'économie et la sécurité numériques, la simplification administrative, l'accès aux soins et la ruralité.

Dans la commission d'enquête sur les effets psychologiques de TikTok sur les mineurs (créée le 13 mars 2025, présidée par Arthur Delaporte, rapporteure Laure Miller), il occupe la fonction de secrétaire du bureau.

Dans la commission

Kévin Mauvieux est intervenu à 13 reprises, réparties sur 6 auditions (M. Yannick Carriou, cr03a, cr06b, cr11a, cr11b, cr30c). Ses questions dessinent quatre angles récurrents.

1. L'âge et la vulnérabilité des plus jeunes. Dès M. Yannick Carriou, il demande un découpage d'âge fin des gros consommateurs, en posant que la granularité compte : « passer sept heures par jour sur TikTok n'aura peut-être pas les mêmes conséquences selon qu'un enfant a 8 ou 9 ans, une année pouvant suffire à gagner fortement en maturité » (M. Yannick Carriou). En cr11a, il interroge directement les témoins sur leur inscription — « Nous avons parlé de la limite d'âge : à quel âge vous êtes-vous inscrits sur TikTok ? » — en précisant que ce n'est pas pour faire leur procès mais pour documenter la facilité de contournement du seuil de 13 ans.

2. La responsabilité du design algorithmique et publicitaire. En cr03a, il cherche à faire acter l'opacité de l'algorithme, y compris auprès des professionnels : « Donc même vous qui êtes une professionnelle de la création de contenus et de l'analyse des tendances, vous ne savez pas comment l'algorithme fonctionne. » Il sonde le ciblage commercial des mineurs (« Avez-vous déjà été approchée, par une marque par exemple, pour l'aider à toucher des mineurs ? ») et fait confirmer par un exemple concret le ciblage payant par tranche d'âge : « Si je vends des trousses pour l'école [...] il faudrait donc que je paie TikTok pour mettre en avant mon contenu auprès d'un public de 13 à 17 ans. Est-ce bien les grandes lignes de ce que vous expliquez ? » Il interroge aussi les formats : « Quels sont les styles de vidéo qui attirent les mineurs ? Ce ne sont sans doute pas les vidéos pédagogiques qui nuisent à leur santé mentale » (cr03a). En cr11a, il cherche à établir la mécanique de bascule : « Quel type de contenus cherchiez-vous ? À quelle vitesse les « mauvais » contenus ont-ils pris le pas sur les « bons » ? »

3. Le recadrage sur la santé mentale et l'assomption de la dissuasion. En cr06b, il recentre le débat — « J'aimerais revenir au cœur de notre sujet : la santé mentale des enfants » — juge la chercheuse auditionnée « très optimiste » et assume explicitement la peur comme levier : « Je préfère que la peur dissuade un enfant d'utiliser la plateforme que de le voir happé vers une issue fatale, lorsque celle-ci aura exploité ses vulnérabilités » (cr06b). Il y interroge également l'existence d'études sur l'orientation algorithmique de mineurs vers des contenus communautaires, en s'appuyant sur l'exemple d'un garçon de onze ans exposé à des contenus LGBTQIA+ à caractère sexuel — cadrage contesté en séance par son interlocutrice, qui rappelle que la commission porte sur la jeunesse et non sur des enfants de dix-onze ans qui ne sont pas censés être sur TikTok. En cr11a, il interroge frontalement les témoins-victimes sur leur ambivalence : « Comment expliquez-vous que vous, qui avez vécu le côté très noir de TikTok, souhaitiez conserver son accès aux enfants à partir de 13 ans et ayez du mal à imaginer être heureux sans l'application ? »

4. La réponse pénale plutôt que le seul seuil d'âge. C'est le point où il marque une distance avec l'orientation dominante des travaux. En cr11b : « nous nous sommes focalisés sur l'interdiction des réseaux sociaux aux mineurs de moins de 15 ou 16 ans, mais nous avons assez peu évoqué d'autres solutions, comme la nécessité d'un système permettant de condamner TikTok ou ses représentants lorsque les contenus sont maintenus sur la plateforme » — avec l'idée de poursuivre aussi les créateurs de ces contenus. Il prolonge en cr30c en contestant l'utilité de créer des amendes civiles pour des faits déjà réprimés (antisémitisme), au motif qu'il faudrait plutôt appliquer aux réseaux les peines existantes.

Enfin, un angle géopolitique et de souveraineté. En cr30c, il interroge sur l'usage des challenges par des groupes radicaux, sur les lives comme vecteur, et pose une question qu'il présente lui-même comme provocatrice ou radicale, reprise du témoignage d'un père entendu précédemment : « Serait-il possible que ce père ait raison ? Une puissance étrangère propriétaire de TikTok serait-elle désireuse de laisser passer certains contenus pour affaiblir les futures générations dans nos pays et développer une supériorité, technique, technologique ou intellectuelle, par rapport à nous dans les années à venir ? » — hypothèse relativisée en séance par l'expert auditionné, qui renvoie à un écosystème surtout états-unien. Il y demande également comment sont contrôlées les publicités payées par de simples utilisateurs, relatant avoir personnellement testé la monétisation (bloquée en sa qualité d'élu) pour souligner l'asymétrie avec l'absence de dispositif équivalent visant les influenceurs radicaux : « Un système équivalent existe-t-il pour les influenceurs radicaux ? »

Sources