X
Rôle dans la commission : Personne auditionnée
Biographie
Personne anonymisée — aucune recherche biographique n'a été menée et aucune identification n'est possible ni recherchée.
« X » n'est pas un nom : c'est la lettre d'anonymat retenue par les comptes rendus de la commission pour désigner des témoins entendus à huis clos, dont l'identité a été délibérément protégée. Il n'existe donc pas de biographie publique vérifiable, et il serait fautif d'en construire une.
Deux précisions de méthode, importantes pour lire la suite :
- Ce dossier recouvre deux personnes distinctes, qui portent la même lettre dans deux auditions différentes :
- Mme X, entendue le 15 mai 2025 (compte rendu n° 11, 1re audition — Audition de MM. X et Y, et Mme Z), à huis clos, aux côtés de deux autres témoins mineurs (M. Y et M. Z) et de Maître Laure Boutron-Marmion ;
- M. X, entendu le 26 juin 2025 (compte rendu n° 31), à huis clos, présenté comme « ancien modérateur sur les réseaux sociaux ».
L'agrégation des deux sous un même dossier est un artefact du traitement automatique du corpus (même lettre d'anonymat, deux comptes rendus). Leurs propos sont donc restitués séparément ci-dessous et ne doivent en aucun cas être attribués à une seule et même personne.
- Les seuls éléments de situation disponibles sont ceux que ces témoins ont eux-mêmes déclarés sous serment devant la commission ; ils figurent dans la section suivante et ne sont pas recoupables par ailleurs.
Dans la commission
Mme X — témoignage d'une utilisatrice mineure (cr11a, 15 mai 2025, huis clos)
Elle se présente comme victime de TikTok et décrit une dérive progressive de son fil de recommandation, partie de centres d'intérêt ordinaires : « Au début, je voyais beaucoup de contenus qui me ressemblaient – de musique, d'art, de crochet, de cinéma –, mais, de fil en aiguille, ces contenus se sont obscurcis. » (cr11a)
Elle relie cette bascule à ses propres interactions, tout en situant un mal-être antérieur à l'usage de la plateforme : « Je suis assez vite tombée dans une sphère mortifère, parce que j'ai « liké » certaines de ces musiques, qui me parlaient : j'allais déjà un peu mal avant d'aller sur TikTok, mais cela s'est aggravé avec ces contenus. » (cr11a)
Sur la nature des contenus en cause, elle vise particulièrement les contenus opératoires : « Ce qui est très nocif sur TikTok, ce sont les tutos qui expliquent comment se faire du mal, comment faire un nœud pour se pendre, plein de choses de ce genre. » (cr11a) Elle ajoute : « Il y avait aussi des vidéos expliquant quels médicaments prendre pour en finir, comment cacher ses cicatrices à ses parents, comment se fournir en médicaments, etc. » (cr11a) Elle cite un exemple précis de contenu à double lecture : « Je pense notamment à une vidéo où la première image dit : « la nuit porte conseil », et la deuxième : « moi, elle m'a dit de prendre une corde et un tabouret ». » (cr11a)
Elle décrit un système de contournement par signes : « Il faut savoir que certains émojis sont utilisés pour détourner les contenus, comme le drapeau suisse pour parler du suicide, le zèbre des scarifications. » (cr11a)
Sur la modération et les signalements, elle porte un constat d'inefficacité tiré de sa pratique : « Quand je vois tout de même des contenus qui peuvent être nocifs, je les signale, mais ils ne sont pas toujours – et même jamais – censurés : on me dit que « la vidéo n'enfreint aucune règle de la communauté ». » (cr11a) Elle chiffre : « Sur une vingtaine de contenus signalés dans les trois derniers mois, un ou deux ont été supprimés définitivement. » (cr11a)
Sur les réponses publiques attendues, sa position est nuancée et se refuse à l'interdiction générale :
- relever l'âge d'accès : « Je ne suis pas forcément pour la limite d'âge à 13 ans, qui me semble très basse. L'élever serait une bonne chose, parce qu'à 13 ans, on n'a pas encore les armes pour affronter ce monstre qu'est TikTok. » (cr11a) ;
- mais ne pas supprimer les réseaux : « Je ne pense pas qu'il faille interdire les réseaux, parce qu'il y a aussi de bonnes choses à prendre : on peut apprendre, découvrir des choses, on peut faire partie d'une communauté bienveillante, on peut être créateur de contenus – c'est maintenant un métier à part entière dans notre société. » (cr11a) ;
- déplacer la responsabilité vers la plateforme plutôt que vers les familles : « Les parents sont responsables de donner un téléphone, mais ils ne sont pas coupables des contenus. Lorsque nous faisons la démarche de signaler un contenu, il faut que TikTok nous croie. Beaucoup de vidéos sont remises en circulation et peuvent faire d'autres victimes. » (cr11a)
Elle rapporte enfin un effet de miroir dans les réactions reçues après sa prise de parole : « Quand des gens me félicitaient, je leur demandais s'ils avaient aussi été victimes de ces contenus : 99 % d'entre eux me répondaient qu'eux aussi avaient été victimes de TikTok. » (cr11a)
M. X — témoignage d'un ancien modérateur (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux, 26 juin 2025, huis clos)
Il précise d'emblée sa position : « Même si je réside au Portugal, je me sens concerné par les enjeux dont votre commission s'est saisie car je suis non seulement un utilisateur de TikTok, mais aussi un ancien modérateur de cette plateforme, par le biais de son sous-traitant Teleperformance. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux)
Cadence et conditions de travail. Il décrit un dispositif de modération sous contrainte de temps : « La modération est effectuée par le biais d'un double écran, sur lequel défilent simultanément cinq à six vidéos ; ces contenus doivent être modérés en trente secondes à une minute, ce qui laisse très peu de temps d'analyse. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) Et un volume : « Les vidéos s'enchaînaient automatiquement et on en traitait jusqu'à 600 ou 800 par journée de travail. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux)
Il attribue la pression au sous-traitant et non au donneur d'ordre : « Avec les autres modérateurs, nous subissions une pression en matière de performance, non pas de la part de TikTok mais de celle de Teleperformance. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) ; « Teleperformance demandait à ses modérateurs un rythme élevé, jusqu'à plus de 800 vidéos par jour, sans se soucier d'eux. Cette performance n'était pas atteinte, d'où le fort turnover des modérateurs chez ce sous-traitant. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux)
Sur la rémunération : « Je touchais 750 euros nets par mois, auxquels s'ajoutaient 4,14 euros par jour pour l'équivalent des tickets-restaurants » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux), avec un système de primes qu'il décrit comme largement théorique : « Nous touchons une prime d'assiduité de 150 euros si nous sommes présents au travail ; elle est quasiment impossible à toucher, car elle saute au premier retard. Nous touchons aussi un bonus de 50 euros si nous dépassons 800 vidéos dans la journée, lui aussi inatteignable, et un bonus de langue de 50 euros. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux)
Santé des modérateurs. Il livre son propre parcours : « j'ai sombré dans une dépression dont je ne suis pas encore totalement sorti et j'ai souffert d'anorexie. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) ; « Ayant sombré dans la dépression, je me suis présenté aux urgences en expliquant que j'avais des idées suicidaires et que je n'arrivais plus à manger. J'ai été interné dans un service de psychiatrie dans lequel un médecin m'a dit de changer de voie professionnelle. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) Il relie l'aggravation aux contenus visionnés : « Je souffrais déjà de problèmes alimentaires – j'avais du mal à me nourrir –, qui ont été accentués par ces contenus, notamment d'automutilation et de scarification, qui me rendaient très triste. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) ; « j'ai perdu plus de 65 kilos, passant de 130 à 70 kilos. C'est vous dire à quel point cela m'a chamboulé. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) ; « Actuellement, je prends cinq médicaments par jour, dont un antidépresseur, un traitement à la kétamine, un somnifère et un traitement qui m'empêche de vomir. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux)
Il élargit son cas à une situation collective : « d'autres modérateurs et anciens modérateurs vivent ou ont vécu la même chose, même s'ils sont invisibles et silencieux et que TikTok minimise ses responsabilités à leur égard. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) Sur le suivi médical : « il n'y a aucun psychologue et un seul médecin du travail pour 500 modérateurs. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux)
Opacité de la chaîne de modération. Il décrit une absence de retour et de contact direct avec la plateforme : « après avoir signalé, catégorisé ou autorisé les contenus, nous ne savons pas ce qu'ils deviennent : nous n'avons aucun suivi de la part de nos team leaders ni de la direction de TikTok. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) ; « les signalements ont été faits dans les deux sens. Nous recevions des communications de la part de nos team leaders , mais je n'ai jamais vu aucun responsable de TikTok dans les locaux de Teleperformance. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) ; « nous n'avions pas de suivi ; nous étions laissés à l'abandon. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux)
Il détaille la grille de classement utilisée : « Il y avait les catégories « mineurs », « terrorisme », « activités illégales », « troubles alimentaires », « violences graphiques », « violences physiques », « harcèlement », « discours haineux », « comportement dangereux », « challenge à risque », etc. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) Sur l'outillage : « En 2023, nous n'avions pas d'outil d'intelligence artificielle ; je ne sais pas si c'est désormais le cas. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) Il mentionne également, sur la maîtrise linguistique des modérateurs affectés au français : « J'ai une autre amie franco-portugaise qui parle français avec difficulté et qui modère du contenu en français. C'est Teleperformance qui embauche ces personnes, pas TikTok. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux)
Fait notable de recoupement avec le témoignage de Mme X : il confirme, côté modération, l'existence de codes de contournement — « nous avions reçu une communication au sujet de l'émoji zèbre utilisé pour signifier « automutilation ». » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux)
Mineurs et contrôle parental. Il estime le contournement facile : « il suffit qu'un ami dans la cour d'école leur dise comment faire et ils installeront un moyen de contourner le système de contrôle parental. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux), et cite un cas rencontré en modération : « J'ai modéré des vidéos de deux frères YouTubeurs, Néo & Swan ; le plus jeune a moins de quinze ans, mais leurs parents les laissent faire des vidéos sur TikTok. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) Il évoque aussi un contenu vu comme utilisateur : « Je suis aussi tombé sur les vidéos du YouTubeur Tibo InShape, qui disait qu'il fallait perdre du poids pour se sentir bien dans sa peau. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux)
Ses recommandations, telles qu'il les formule :
- vérification d'identité à l'entrée : « Il faudrait demander une pièce d'identité pour accéder à l'application. Les mineurs ont toujours un moyen de contourner les règles avec l'aide de leurs parents ; ces derniers ont une part de responsabilité énorme. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) ;
- protection des modérateurs : « Une cellule psychologique pour les modérateurs serait souhaitable, et un meilleur accompagnement par les responsables de TikTok. Enfin, il serait utile de trouver un système permettant d'interdire l'application aux mineurs. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux)
Sur la portée générale des effets, il exprime une conviction personnelle et non un constat scientifique : « Je pense que cela affecte forcément les mineurs et les adultes. » (Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux)
Note de lecture : les affirmations ci-dessus sont les déclarations des témoins sous serment devant la commission. Elles engagent leurs auteurs et sont restituées ici comme positions exprimées, non comme faits établis. Les mises en cause d'entreprises (TikTok, Teleperformance) ou de personnes tierces relèvent du témoignage et n'ont pas fait l'objet d'une vérification contradictoire dans le cadre de cette fiche.
Sources
Aucune source web : personnes anonymisées, entendues à huis clos. La fiche s'appuie exclusivement sur le corpus des comptes rendus de la commission (cr11a du 15 mai 2025 et Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux du 26 juin 2025).