La part du citoyenTikTok et les mineurs

10 juin 2025 · réunion n°24

Audition — M. Isac Mayembo

IMIsac Mayembo

Qui est auditionné

M. Isac Mayembo est créateur de contenus sous le pseudonyme d’Alex Hitchens, connu pour des vidéos de séduction et de « drague de rue », et vendeur de formations en ligne. L’audition se tient en visioconférence, l’intéressé se déclarant à l’étranger, sous la présidence d’Arthur Delaporte (SOC), avec la rapporteure Laure Miller (EPR). Il prête serment — le président relève qu’il a levé la main gauche. Le profil est celui d’un acteur économique du contenu, pas d’un expert : ce qu’il apporte est une description de l’intérieur des mécanismes de diffusion, adossée à des intérêts qu’il reconnaît lui-même. Conformément à la demande du président, il déclare ses liens : « Donc oui, je gagne de l’argent avec TikTok, et oui, j’ai des intérêts avec cette plateforme, bien entendu. »

La substance

Son modèle économique, tel qu’il le décrit : il n’est pas rémunéré par la monétisation des vidéos mais par la vente de ses formations, promues par un programme d’affiliation versant « en moyenne de 50 %, voire de 60 ou 70 % pour les meilleurs affiliés ». Il affirme n’avoir « jamais touché un centime » de la monétisation TikTok, ne pas avoir renseigné sa carte bancaire, et laisser ces revenus aux personnes qui produisent du contenu pour lui — déclarations non vérifiées en séance. Il indique qu’en 2021-2022 « TikTok payait extrêmement mal, ce qui n’est plus le cas maintenant ».

Sa thèse liminaire est une charge, à contre-intérêt affiché : « je pense que cette plateforme est, de manière générale, néfaste », et « TikTok est, selon moi, à bannir. Je pense que cette plateforme est néfaste pour les jeunes, surtout si elle est mal encadrée ». Son grief principal porte sur le format court, qui empêcherait de tout dire et aurait « créé énormément de problèmes et de désinformation ».

Sur le fonctionnement de la plateforme, il décrit un ressort de captation : « ce qui fonctionne le mieux, disons-le clairement, c’est le contenu qui choque. C’est généralement celui qui attire le plus l’attention, qui génère le plus de ventes et le plus de transactions » ; « Sur TikTok, tout se joue avec les cinq premières secondes. Plus c’est tranchant, plus c’est cash, plus c’est clair et plus ça fonctionne. » Son contenu à succès : la drague de rue en caméra cachée.

Chiffres avancés par lui : trois à cinq millions de personnes tous comptes confondus ; une cinquantaine de comptes à son nom, dont sept gérés directement, les autres tenus selon lui par des tiers non affiliés qu’il dit ne pas tolérer mais ne pas parvenir à stopper ; une vidéo qui « saute » après « 100, 200, 300 ou 400 signalements – je n’en connais pas le nombre exact ». Sur les mineurs, il dit ne pas pouvoir qualifier son audience, mais concède pour ses lives : « Lorsque 4 000 personnes sont connectées, il y a forcément des mineurs, c’est sûr et certain. Après, c’est à la plateforme de faire son travail. » Il reconnaît enfin des techniques de contournement lexical de la modération : employer « poutrer » plutôt qu’un terme plus cru « permet de s’assurer que la vidéo ne sera pas censurée trop facilement ».

Les enjeux et les confrontations

L’audition est frontale du début à la fin. La rapporteure évoque des enfants « de 9, 10, 11 ou 12 ans » ayant accès à ses contenus et à « messages contestables que vous véhiculez, notamment sur les femmes ». Il conteste la qualification : « c’est un terme subjectif et flou. Ils ne correspondent à aucune infraction et à aucune qualification juridique », puis assume : « Je pense qu’un jeune homme de 13, 14 ou 15 ans devrait suivre mes conseils. » À la « zone grise » relevée par Laure Miller, il oppose : « C’est ce qu’on appelle la liberté d’expression, madame. » Il conteste aussi l’interprétation de son bannissement, qu’il impute à des campagnes de signalements plutôt qu’à un jugement de la plateforme.

Sur la loi « influenceurs » de 2023 (n° 2023-451), il demande au président de l’éclairer, puis estime qu’elle ne s’applique pas faute de promotion commerciale dans la vidéo — « Nous le vérifierons », répond Delaporte. La rupture intervient quand le président lui lit des propos sur les femmes (dont « P.U.T.E.S. » épelé) : Mayembo les rattache à YouTube, accuse la commission d’isoler dix secondes d’une vidéo de huit à dix minutes — « vous venez de me le balancer à la gueule ! C’est le problème de TikTok » —, puis, sommé de laisser finir le président : « Vous êtes peut-être président, monsieur, mais si vous déformez mes propos, il n’y aura plus de président. » Il coupe la connexion sur un « Au revoir, monsieur, bonne journée. » Delaporte suspend l’audition en indiquant qu’il sera rappelé qu’« il n’est pas possible de quitter une audition de commission d’enquête sans y avoir été invité ».

Ce que l’audition apporte

Un témoignage de créateur qui décrit, de l’intérieur, l’incitation à la surenchère (le choc paye, les cinq premières secondes décident) et le contournement de la modération par substitution ou épellation de mots. Elle documente une zone de responsabilité disputée : l’auditionné renvoie le contrôle d’âge et le tri à la plateforme, le président tente à l’inverse d’établir sa responsabilité sur des comptes exploités sous son nom et son image, et soulève un enjeu de propriété intellectuelle. Elle laisse enfin ouverts plusieurs points non vérifiés en séance — perception réelle de la monétisation, application de la loi « influenceurs », plateforme d’origine des propos cités — l’interruption unilatérale empêchant tout approfondissement.