Qui est auditionné
M. Nasser Sari, connu sous le nom de Nasdas, influenceur, entendu sous serment en cinquième et dernière audition d'une journée consacrée à cinq créateurs de contenus. Le président Arthur Delaporte précise que le choix de ces personnes s'est opéré « sur la base d'une consultation citoyenne lancée par notre commission et des signalements que nous avons reçus », et rappelle en préambule que « notre commission d'enquête n'est pas un tribunal ». Le profil est atypique dans le corpus : Nasser Sari revendique plus de 3,7 millions d'abonnés sur TikTok mais se déclare étranger à la plateforme — « je ne suis pas tiktokeur » —, son réseau principal étant Snapchat. Ce positionnement commande toute sa défense : il se dit présent sur TikTok « plus en tant qu'utilisateur qu'en tant que créateur de contenu » et lance : « Même moi, je suis victime du succès de TikTok ! » Il annonce par ailleurs suspendre ses comptes.
La substance
Modèle économique. Il évalue le poids de TikTok dans ses revenus à « à peine 0,1 % », soit selon lui moins de 5 000 euros en cinq ans, pour une soixantaine de vidéos publiées, deux vidéos de plus d'une minute et une dizaine de lives. Sa rémunération vient de Snapchat (à la vue) et des placements de produits, qu'il chiffre à « 5 à 8 % » du total et dit gratuits à 80 %. Pressé par le président sur ses revenus globaux, il répond : « C'est un chiffre d'affaires, ça ne va pas dans ma poche, on est à des centaines de milliers d'euros. » Chiffres avancés par l'intéressé, non vérifiés par la commission.
Viralité. Il décrit les « comptes rediff », comptes anonymes qui « screenent » et republient sur TikTok les vidéos virales de tous les créateurs sans autorisation — mécanisme qu'un député (SOC) qualifie de « pillage » et de « vol », qualification qu'il ne reprend pas.
Algorithme. Interrogé par la rapporteure sur la mise en avant des contenus choc, il conteste d'abord : « Ça, c'est vous qui le dites. » Plus tard, il définit l'algorithme comme « tout simplement un centre d'intérêt » (les « pour toi » diffèrent selon les personnes), puis concède qu'« un drama fera largement plus de vues qu'une vidéo qui explique » et répond « Totalement ! » à la question du président de savoir si le drama rapporte plus que la pédagogie — tout en objectant que si TikTok retirait ces contenus, « ils les chercheront sur d'autres plateformes ».
Âge et vérification. Il se dit favorable à un seuil : « 14 ans » pour TikTok, puis « si je devais donner un âge minimum, je dirais 15 ans, avec un algorithme centré », et « 15 ou 16 ans » pour son propre contenu, sans « punir tous les jeunes ». Il souligne l'inefficacité du déclaratif : « j'ai 29 ans, je peux dire que j'en ai 69 ». Il dit programmer ses lives Twitch après minuit pour limiter l'audience mineure.
Mineurs et audience. Il déclare ne pas disposer de statistiques sur ses abonnés mineurs, mais oppose un chiffre pour Snapchat : « à plus de 87 % ce sont des majeurs ».
Les enjeux et les confrontations
L'audition est frontale. La rapporteure Laure Miller impute à Nasser Sari une responsabilité indirecte dans l'afflux de jeunes — dont beaucoup issus de l'ASE — qui fuguent vers son quartier Saint-Jacques à Perpignan, phénomène dont il donne lui-même la mesure : « j'ai vu des enfants de 10 ou 11 ans attendre à 2 heures du matin dans mon quartier ». Elle conclut : « loin de résoudre les problèmes de ces jeunes, vous rajoutez de la misère à la misère », ce qu'il rejette : « Sortez-moi une seule vidéo où je demandais à ces jeunes de venir. » Sa ligne constante est le déplacement de la charge : « on parle très peu des responsabilités des parents », et l'État, via les foyers.
Léa Balage El Mariky (EcoS) mène l'échange le plus tendu : elle énumère des faits allégués (scène de violence conjugale, propos « Banania » visant un enfant noir, mineure mise en scène) et pose trois fois la même question sur la banalisation du harcèlement. Nasser Sari menace de porter plainte — « Ça va finir au commissariat ! C'est de la diffamation ! » —, le président lui oppose l'immunité parlementaire, la députée lui lance « Vous vous défilez ! ». Il répond sur le fond en contestant les qualifications (« un couple qui se sépare, c'est un drama »). Sur les questions d'Antoine Vermorel-Marques (DR) relatives à d'éventuels financements de partis, il ironise et le président demande au député d'en préciser le lien avec l'objet de la commission. Sébastien Delogu (LFI-NFP) l'interroge à décharge, ce que la rapporteure relève publiquement.
Ce que l'audition apporte
Un témoignage de l'intérieur sur l'économie de l'attention, validé sous serment par un acteur à très forte audience : le conflit paie mieux que la pédagogie. Un aveu spontané, non sollicité — « j’ai partagé du pari sportif, j’ai partagé du trading . Je le dis ouvertement et je plaide coupable » —, assorti d'une mise en cause des « pseudo-agences » qui approchent les jeunes créateurs, que le président relie à la coresponsabilité pénale prévue par la loi influenceurs. Enfin, un déplacement de sujet que l'audité revendique : la santé mentale des créateurs eux-mêmes (« burn-outs », hospitalisation, « idées noires »), pour laquelle il réclame « plus d'encadrement – pas sévère, pas des punitions ». Il reproche à la commission d'avoir peu traité l'algorithme : « J'ai vraiment l'impression que les quarante-cinq minutes n'ont servi, pour certaines personnes, qu'à attaquer Nasdas. » Mot de la fin : « Ne vous lancez pas sur les réseaux. »