La part du citoyenAudiovisuel public
Delphine Ernotte-Cunci

Delphine Ernotte-Cunci

Role dans la commission : Personne auditionnee

Biographie

Delphine Ernotte-Cunci (nee Cunci le 28 juillet 1966 a Bayonne) est une dirigeante francaise des telecommunications et des medias, presidente-directrice generale de France Televisions. Fille de deux medecins, petite-fille d'un ancien maire de Bayonne (Jean-Pierre Brana), elle passe par les classes preparatoires du lycee Hoche a Versailles puis obtient un diplome d'ingenieure de l'Ecole centrale Paris en 1989.

La meme annee, elle entre a France Telecom (devenu Orange), ou elle effectue l'essentiel de sa carriere : analyste financiere (1989-1993), ingenieure R&D (1993-1999), puis une serie de postes de direction (directrice regionale Centre-Val de Loire, directrice de la communication, directrice commerciale, directrice executive adjointe). De 2011 a 2015, elle est directrice generale d'Orange France, ou elle pilote la transformation numerique du groupe. Militante de la parite, elle y fonde le reseau feminin Innov'Elles.

Le 23 avril 2015, le CSA la nomme presidente de France Televisions ; elle prend ses fonctions le 22 aout 2015, devenant la premiere femme a diriger le groupe audiovisuel public francais. Son mandat est renouvele une premiere fois le 22 juillet 2020, puis une troisieme fois le 14 mai 2025 (troisieme mandat consecutif). En parallele, elle est vice-presidente (2019) puis presidente (depuis le 1er janvier 2021) de l'Union europeenne de radio-television (UER/EBU), la aussi premiere femme a occuper cette fonction. C'est donc a la fois comme responsable operationnelle du principal groupe public francais et comme figure de reference de l'audiovisuel public europeen qu'elle est auditionnee. Aucune ambiguite d'identite : la personne auditionnee est bien la presidente de France Televisions decrite ci-dessus.

Dans la commission

Auditionnee a deux reprises (Mme Delphine Ernotte Cunci puis Mme Delphine Ernotte Cunci), Ernotte-Cunci est l'une des auditionnees les plus presentes de la commission (194 interventions relevees). Elle y adopte une posture de defense frontale et documentee de France Televisions, chiffres a l'appui, allant jusqu'a l'affrontement direct avec le rapporteur.

Une entreprise « au bout d'un modele » apres dix ans d'economies. Sa these de fond : le groupe a fait un effort de gestion sans equivalent, et la crise vient de l'Etat, pas de la maison. « Apres dix ans d'effort ininterrompus, je suis convaincue que nous arrivons au bout d'un modele pour France Televisions » (Mme Delphine Ernotte Cunci). Elle martele l'argument du cout en euros constants : « France Televisions coute aux Francais 500 millions d'euros de moins qu'a mon arrivee » (Mme Delphine Ernotte Cunci), chiffre porte a « 600 millions d'euros de moins [...] qu'il y a dix ans » en Mme Delphine Ernotte Cunci. Elle situe le service public a « 51 euros par habitant et par an [...] entre l'Irlande et l'Espagne » pour une moyenne europeenne a 50 euros (Mme Delphine Ernotte Cunci).

Affrontement sur le financement (Mme Delphine Ernotte Cunci). Face au rapporteur Alloncle, elle conteste la confusion entre dotation publique et chiffre d'affaires et hausse le ton de facon inhabituelle pour une auditionnee : « Il a ete evoque a plusieurs reprises un montant de 4 milliards d'euros. Pour ce qui concerne France Televisions, le budget s'eleve en realite a 2,5 milliards » ; « Je crois que vous ne comprenez pas la difference entre la dotation publique et le chiffre d'affaires » ; « Pardon d'etre aussi directe, monsieur le rapporteur, mais ce que vous dites est absolument faux » ; jusqu'a : « Donc je commence a mal le prendre. Parce que je prends ca pour de la diffamation ! » (Mme Delphine Ernotte Cunci).

Independance et neutralite. Elle jure « sous serment » n'avoir « jamais [...] subi de pressions politiques » (Mme Delphine Ernotte Cunci) et defend une conception exigeante mais realiste de l'impartialite plutot que d'une neutralite absolue : « La neutralite absolue n'existe pas ; aucun media dans aucun pays n'y parvient pleinement » (Mme Delphine Ernotte Cunci). Elle distingue l'information du service public du modele de « chaine d'opinion » qu'elle rattache a CNews : « C'est une importation americaine fondee sur le principe du free speech plutot que sur celui de la liberte d'expression », en precisant « Nommer un modele editorial n'est pas le juger » (Mme Delphine Ernotte Cunci). Elle propose un mecanisme de reddition de comptes : « toutes les semaines, nous devrons desormais rendre des comptes sur nos antennes » (Mme Delphine Ernotte Cunci).

Reponses point par point aux mises en cause. Sur les depenses covid, elle explique que la ligne litigieuse recouvre surtout des repas de salaries en premiere ligne : « les services generaux ont pris sur eux de commander des paniers-repas [...] c'est un scoop, les techniciens de France Televisions dejeunent a midi » (Mme Delphine Ernotte Cunci). Sur Cannes, elle assume le bartering (troc d'invendus publicitaires) : « pas un seul euro d'argent public n'a ete depense pour regler le cout des chambres d'hotel des dirigeants [...] a Cannes » (Mme Delphine Ernotte Cunci). Sur les producteurs et l'ingerence etrangere, elle defend Mediawan comme entreprise francaise : « Je vous rappelle que les actionnaires ne font pas la nationalite d'une entreprise » et situe le risque ailleurs : « Des risques d'ingerence etrangere, j'en vois beaucoup, mais sur les reseaux sociaux [...] Dans les societes de production [...] aucun » (Mme Delphine Ernotte Cunci). Sur les conflits d'interets, elle concede un point : « lorsque vous me demandez si Caroline Roux aurait du preciser que Matthieu Pigasse est actionnaire de Mediawan, je pense que oui – vous avez raison » (Mme Delphine Ernotte Cunci). Sur les violences sexuelles, elle exige des elements : « Transmettez-moi les noms ! Transmettez-moi les faits ! » (Mme Delphine Ernotte Cunci).

Vision strategique et defense des missions. Elle plaide pour l'irremplacabilite du service public — « Est-ce rentable de proposer des emissions d'investigation independantes de toute pression politique ou economique ? Non » (Mme Delphine Ernotte Cunci) — resume sa singularite par « la confiance » (Mme Delphine Ernotte Cunci), acte le basculement « streaming first » du groupe et anticipe qu'« d'ici 2030, plus de la moitie du temps video [...] sera passe sur des plateformes de partage de contenus ou sur des reseaux sociaux ». Elle raille au passage le refus francais de la privatisation : « Vous avez [...] mis en lumiere un consensus francais : la privatisation n'a trouve ici aucun defenseur ! » (Mme Delphine Ernotte Cunci).

En resume, sa ligne est celle d'une dirigeante qui refuse le proces en mauvaise gestion, oppose systematiquement ses chiffres a ceux du rapporteur, defend l'independance et les missions du service public, et concede a la marge (transparence sur les invites, comptabilite analytique a detailler) sans rien lacher sur le fond.

Sources