Commission d'enquête de l'Assemblée nationale (17ᵉ lég.) sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public — président Jérémie Patrier-Leitus, rapporteur Charles Alloncle. Audition conjointe, ouverte à la presse.
Qui est auditionné
Deux responsables des instances de contrôle interne de Radio France. Emmanuelle Daviet, médiatrice des antennes depuis 2018, ancienne journaliste passée par France Info et France Inter : elle incarne le dispositif d'écoute des auditeurs (autorégulation, redevabilité). Françoise Benhamou, économiste de la culture, préside depuis 2018 le comité relatif à l'honnêteté, à l'indépendance et au pluralisme (Chipip), instance collégiale de cinq personnalités. Toutes deux prêtent serment et déclarent leurs autres fonctions (Benhamou préside le comité consultatif des programmes d'Arte). Le président se déclare membre du conseil d'administration de France Médias Monde et ancien co-rapporteur de la réforme de l'audiovisuel public.
La substance
Les deux femmes délimitent d'emblée la portée limitée de leurs fonctions. Benhamou insiste : « Le Chipip n'est pas une instance de sanction. Il n'est pas non plus une instance de décision. Nous ne sommes ni un juge ni un régulateur externe doté de moyens. » Le comité, bénévole et sans moyens de veille (95 saisines et huit réunions en 2024), a un rôle « pédagogique » via avis et recommandations. La veille des temps de parole relève, répète-t-elle, de l'Arcom seule. Interrogée sur le manque de moyens, elle refuse le cadrage du rapporteur : « Il ne faut pas nécessairement augmenter les moyens du comité. »
Daviet décrit une médiation massive (700 messages/jour, 168 000/an ; « La lettre de la médiatrice », 16 000 abonnés) et une transparence qu'elle dit unique : « Quelle autre institution de service public en France fait ce travail de transparence ? À ma connaissance, aucune. » Mais elle oppose sans relâche à ses interlocuteurs son statut : la médiatrice ne peut s'autosaisir ni juger, et « à titre personnel, je n'ai pas à m'exprimer, puisque je suis tenue à une stricte neutralité. »
Les enjeux et les confrontations
L'audition est d'abord un affrontement de méthode. Le rapporteur Alloncle déroule une longue liste de chroniques et d'invitations de France Inter, France Culture et France Info qu'il juge militantes ou contraires à l'honnêteté (Benlazar et le « cordon sanitaire », Lompret, Morel, le collectif Planète Boum Boum, Francesca Albanese, l'ambassadeur d'Iran, la revue de presse de Nora Hamadi, la « chanson des gauchos »), cherchant systématiquement à arracher un avis personnel. Les auditionnées renvoient presque toujours à l'absence de saisine, au contexte, ou au champ de l'Arcom. Le rapporteur finit par le concéder : « Cela nourrit une forme de frustration de ma part… »
Sur le pluralisme — thèse centrale de la commission — Alloncle affirme une sous-représentation « chronique » du RN (13 % du temps de parole sur France Inter au dernier trimestre 2025, 7 % sur France Culture en 2022), touchant aussi LFI. Cette accusation, portée par le rapporteur et par la députée RN Caroline Parmentier (qui dénonce une « déclaration de guerre politique » via la chroniqueuse Charline Vanhoenacker), est contestée en séance. Daviet explique le mécanisme d'équité de l'Arcom (33 % exécutif / 67 % réparti) et riposte directement : « Je tiens à votre disposition, madame Parmentier, la liste de toutes les invitations qui ont été faites à votre parti. Croyez-moi, on vous entend. » Benhamou signale recevoir, à l'inverse, des saisines dénonçant une surreprésentation du RN — « C'est probablement faux, mais c'est ce que ressentent certains auditeurs. »
Fait notable, la confrontation traverse aussi la commission elle-même : le président recadre publiquement son rapporteur, rappelant que l'institut Hexagone cité par Alloncle « est financé par M. Stérin » et pointant une « petite pique amicale » — le rapporteur signalerait la coloration des sources de gauche mais pas des siennes.
Ce que l'audition apporte
Au-delà des joutes, plusieurs éléments de doctrine pour le dossier. Sur la neutralité : « un média public n'a pas pour mission de sélectionner les partis légitimes […] C'est au peuple de faire ce choix, dans le secret de l'isoloir. » Sur les réseaux sociaux, sujet que le président juge « majeur » (« l'on ne sait plus d'où les gens parlent »), Benhamou pose que l'usage du logo Radio France impose la déontologie journalistique et que les opinions se disent hors de ce cadre. Sur les nominations, elle défend une « muraille hermétique » entre parcours et fonction, mais propose une réforme concrète : que les membres des comités d'éthique soient nommés « par l'Arcom » plutôt que par le conseil d'administration. Sur les captations d'échanges privés (affaires Legrand-Cohen, Wauquiez), elle se dit « considérablement » choquée — « Les conversations privées doivent rester privées. Les déclarations publiques sont publiques » — principe valant aussi pour les responsables politiques. L'audition documente enfin le développement d'un outil d'IA de mesure du pluralisme des invitations et la distinction déontologie/éthique posée par Daviet.