La part du citoyenAudiovisuel public

19 février 2026 · réunion n°42

Audition, ouverte à la presse, du service de l’information de Radio France : Mme Céline Pigalle, directrice de France Inter (ancienne directrice d’ICI), Mme Agnès Vahramian, directrice de l’information à Radio France (ancienne directrice de Franceinfo), M. Vincent Meslet, directeur éditorial de Radio France, et M. Richard Place, directeur de la rédaction de Franceinfo

CPCéline PigalleAVAgnès VahramianVMVincent MesletRPRichard Place

Qui est auditionné

Audition conjointe, ouverte à la presse, des responsables de l'information de Radio France, présidée par Jérémie Patrier-Leitus (HOR). Quatre dirigeants prêtent serment, en pleine réorganisation du groupe : Vincent Meslet, directeur éditorial (locuteur principal, il représente aussi Radio France au conseil d'administration de l'AFP) ; Céline Pigalle, alors directrice de l'information et du réseau Ici, nommée à la tête de France Inter (prise de fonctions le 2 mars) ; Agnès Vahramian, directrice de France Info, appelée à devenir directrice de l'information de Radio France ; Richard Place, directeur de la rédaction de France Info. Radio France comptait 4 621 collaborateurs et 915 journalistes au 1ᵉʳ janvier 2024.

La substance

Thèse centrale. Meslet plaide, en liminaire, pour un service public « bien commun » : « Radio France appartient à tous, mais surtout à personne. » Il oppose une radio « vivante comme l'humain, et non pas lisse comme l'intelligence artificielle » et défend un « contrat d'écoute » qui distingue les genres — « l'info n'est pas l'humour, l'humour n'est pas l'info » — pour disqualifier par avance l'assimilation d'un éditorialiste ou d'un humoriste à un « partisan ».

Chiffres et cadre. Meslet inscrit le sujet dans un contexte de souveraineté : les Gafam capteraient bientôt « 50 % des recettes publicitaires mondiales », et affaiblir l'audiovisuel public affaiblirait « la culture française au profit de groupes étrangers » (thèse qu'il dit partagée par des patrons du privé, Belmer/TF1, Larramendy/M6, Saada/Canal+). Radio France revendique 50 % des podcasts en France, 28 millions de visiteurs mensuels, 700 heures d'information hebdomadaires, deux Français sur trois touchés.

Positions clés. Sur la holding (proposition de loi dont le président est corapporteur), Pigalle juge la fusion radio/TV dépassée — « en 1974, [la France] l'a sortie du giron de la télévision » — et déplace le vrai terrain de coopération vers le numérique, sans changer le statut des personnels. Sur les rémunérations, refus de divulgation au nom du secret des affaires et de l'environnement concurrentiel, renvoi à la Cour des comptes et aux dix plus hauts salaires transmis à l'Assemblée. Sur le pluralisme, seul étalon reconnu : l'Arcom et la mission Bruno Lasserre, pas les études « partisanes ».

Les enjeux et confrontations

L'audition est dominée par un long face-à-face avec le rapporteur Charles Alloncle (UDR), qui construit un dossier à charge sur le biais politique supposé. Il avance l'étude de l'Institut Thomas More (« 60 % des chroniques classées à gauche » sur France Inter, « rapport de un à dix » sur France Culture), des chiffres Arcom de temps de parole sur la « sous-représentation chronique de la droite nationale » (10-15 % en 2022, 22-27 % en 2024), et un sondage Ifop/Marianne (« 70 % des auditeurs de France Inter ont voté à gauche »). Les auditionnés jugent la méthode Thomas More « viciée » et « ridicule » (« la météo est de gauche »), contestent la méthodologie des sondages, et expliquent les déséquilibres de temps de parole par les refus d'invitation des candidats. Point de tension révélateur : Meslet nomme et récuse la thèse implicite du rapporteur — « vous essayez de démontrer, à travers ma personne, l'existence d'un État profond au sein de l'audiovisuel public ». Sur ses opinions passées affichées dans Libération (voter socialiste, « pour changer la société il vaut mieux travailler à la télévision qu'être élu »), il concède avoir « péché par naïveté » sans reconnaître de faute professionnelle ; le président salue sa « transparence ».

Le rapporteur multiplie ensuite les mises en cause d'éditos de Patrick Cohen (Crépol, Quentin, Jack Lang, vote RN « psychiatris[é] »), de l'invitation de l'ambassadeur d'Iran (« auriez-vous invité Oussama Ben Laden ? »), du traitement de l'affaire Epstein et de programmes de France Culture sur l'islam. Les réponses les plus incarnées viennent de Vahramian (« oui, j'ai rencontré des terroristes », au nom de son expérience de grand reporter) et de Pigalle, qui retourne l'exigence de neutralité en menace pour la liberté d'expression : « on part de la liberté d'expression et on en arrive à ne plus vouloir écouter personne. » Place refuse toute excuse sur Epstein. Sur d'éventuelles pressions internes, trois répondent « non » sous serment ; Place répond « oui : on m'a dit qu'il fallait à tout prix respecter les règles de l'Arcom ».

Le moment le plus grave est l'accusation, par le rapporteur, d'avoir censuré ses réponses les plus sensibles dans une interview du 24 septembre « enregistrée dans les conditions du direct ». Vahramian et Pigalle démentent frontalement (« il est rare qu'une personne censurée fasse le 7h50 ») ; le président annonce saisir la direction par courrier officiel et réclamer des réponses écrites.

Ce que l'audition apporte

Le dossier gagne la doctrine défensive du service public : indépendance sans « tutelle » ni « consignes », pluralisme jugé « sur un temps long » selon les critères du Conseil d'État, refus du cordon sanitaire, encadrement des réseaux sociaux par charte (contexte du licenciement de Meurice). Elle éclaire aussi la méthode contestée du rapporteur : plusieurs députés (Hadizadeh/SOC : « vous vous faites instrumentaliser » ; Maurel/GDR jugeant France Inter « plutôt mainstream, et même parfois trop conformiste ») retournent contre lui l'exigence d'honnêteté, tandis que Jacobelli (RN) et Soudais (LFI) tirent l'audition vers des lignes opposées. Le président, enfin, se démarque à plusieurs reprises de son rapporteur — recadrages vers l'Arcom, rappel que les écologistes furent aussi sous-représentés et LR surexposé, défense du droit des journalistes à commenter la commission.