La part du citoyen

Carte politique

Ensemble pour la République

Le groupe macroniste totalise 13 questions, mais 12 sont d'Éric Bothorel et une seule de Laure Miller (des associations sur le thème de la protection des données personnelle). Cette fiche est donc, pour l'essentiel, le portrait d'un seul député — et d'une ligne très cohérente.

1. La ligne du groupe

Souveraineté par la LOI, mais la loi EUROPÉENNE. C'est l'axe structurant de tout le groupe. Bothorel célèbre l'arsenal réglementaire (DSA, DMA, AI Act, Data Act) comme « un modèle vertueux entre le far west américain et l'omnicontrôle des modèles russe ou chinois » (M. Thierry Breton), et va jusqu'à souhaiter « rendre contraignantes les lignes directrices du DSA ». Son ennemi désigné n'est pas le régulateur mais la fragmentation nationale : « agir en Français et non en Européens n'est-il pas le moyen le plus sûr de rester dépendants ? » (M. Thierry Breton). Il demande explicitement à Christel Heydemann de « sensibiliser les parlementaires français au fait que légiférer au niveau national […] revient à accentuer la fragmentation de l'Europe » (Mme Christel Heydemann). Les réglementations nationales (Sénat, mineurs, data centers) sont pour lui une régression.

Régulation par la loi ET par l'industrie, mais lucide sur les limites industrielles. Il salue le campus Orange de Lannion (Mme Christel Heydemann) et la souveraineté industrielle, mais doute frontalement de l'efficacité du volet public : le Chips Act (43 Md€ d'ici 2030) face aux 50 Md$/an de TSMC relève selon lui « davantage d'une stratégie de souveraineté limitée que d'une ambition véritable » (M. Thierry Breton).

Pragmatisme assumé, pas de rupture. Le groupe refuse le bannissement : Bothorel « se réjouit » que la France invite Musk « de manière cordiale » plutôt que de le bannir (M. Thierry Breton). Face à la dépendance de Signal à AWS, il ne réclame pas la rupture mais « des solutions d'hébergement local, des partenariats européens ou des architectures souveraines » (Mme Meredith Whittaker) — logique du « choisir/aménager ses dépendances » plutôt que du découplage.

Régulation de l'IA et des plateformes — vers l'ex ante. Position forte : la modération a posteriori a atteint ses limites, il faut « encadrer les capacités de certains outils d'IA générative avant qu'ils ne produisent des millions de contenus illicites » (Grok, des associations sur le thème de la protection des données personnelle). Mais Bothorel reste technophile et se méfie de la technophobie : « on présente le numérique exclusivement à charge […] et non plus comme celui des nombreux possibles » (M. Thierry Breton).

Données personnelles. Il valorise le chiffrement de bout en bout (Signal) tout en poussant le débat du « fair share » : les acteurs OTT (Signal, Netflix) devraient-ils financer les infrastructures télécoms (Mme Meredith Whittaker) ?

Responsable de la dépendance. Trois coupables, dans l'ordre : (1) l'administration américaine, « bras armé d'une pensée politique » qui sanctionne un juge de la CPI comme « un narcotrafiquant » (M. Nicolas Guillou) ; (2) la timidité européenne — « l'Europe tremble à l'heure de se servir de son pouvoir de sanction » (M. Thierry Breton) ; (3) les États membres eux-mêmes, France comprise, par leur fragmentation. Le cloud souverain/hybride (Bleu, S3NS) n'est jamais abordé dans ce corpus — axe non couvert.

2. Stratégie de questionnement

Le pattern dominant est la validation de sa propre thèse par un témoin allié. Avec Breton (M. Thierry Breton) le registre est ouvertement complice (« je bois vos paroles », « je me réjouis ») ; avec Heydemann, il instrumentalise l'auditionnée pour qu'elle relaie son message anti-fragmentation (Mme Christel Heydemann). Face à Signal (Mme Meredith Whittaker), le ton devient plus adversarial : il presse sur AWS, le « fair share » et refuse l'open source comme garantie suffisante (comparaison Android/Google). Un sous-texte récurrent et très concret le distingue : tester la portée individuelle de la dépendance — un sanctionné peut-il encore s'abonner à Netflix (M. Nicolas Guillou) ou à Orange (Mme Christel Heydemann) ? — avec la digression bretonne quasi obsessionnelle des « Nicolas Guillou de Paimpol » (M. Nicolas Guillou). Enfin, avec Miller, on instruit à charge contre la tech.

3. Députés clés

Éric Bothorel (12 questions) — porte à lui seul la ligne : Européen convaincu, pro-régulation, pragmatique anti-bannissement, technophile prudent, obsédé par la fragmentation nationale et la portée concrète des sanctions US. Breton lui-même.

Laure Miller (1 question, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) — angle propre : l'analogie tech/tabac. Elle dénonce la « stratégie du doute » entretenue par des scientifiques financés par les plateformes, et pose la question de la transparence sur les méfaits des réseaux sociaux.