La part du citoyen

Datacenters, énergie & environnement

Modèle économique et financement des datacenters

Le corpus fait converger les intervenants sur un même diagnostic : le verrou du financement est le point de départ de tout le débat sur la souveraineté des datacenters. Selon Charles-Antoine Beyney (DataOne, M. Charles-Antoine Beyney), « vous ne trouverez pas en France de financier capable de signer un chèque de 2, 4 ou 10 milliards d'euros » — d'où le recours assumé à des capitaux émiratis (Core42), présenté comme « une nécessité assumée faute de capitaux français ». Ce constat de rareté du capital européen est partagé côté opérateurs : lors d'une table ronde (des fournisseurs de cloud .), il est relevé que les capitaux européens « reculent dangereusement ». Damien Lucas (Scaleway, des fournisseurs de cloud .) ajoute un constat de saturation immédiate : « en France, nous sommes à court de centres de données. Il n'y a plus de capacité disponible, et nous sommes obligés de nous déployer à l'étranger. »

Le principal clivage porte sur le lien entre propriété capitalistique et souveraineté. Damien Lucas (des fournisseurs de cloud .) lie propriété étrangère, risque de coupure et soft power : « pensez au soft power que représente la seule menace de pouvoir couper », rappelant que « la plupart des data centers en Europe sont de nationalité étrangère » et que placer des clouds européens dans des datacenters américains, « c'est prendre le risque qu'ils soient coupés ». À l'inverse, Charles-Antoine Beyney (M. Charles-Antoine Beyney) circonscrit la responsabilité de l'hébergeur au seul contenant via sa métaphore de l'autoroute — « nous ne savons pas ce que transportent les camions » — et reconnaît franchement qu'il ne peut donner « aucune garantie » que le projet reste « 100 % français », la revente à des acteurs américains restant, faute d'offres françaises, « la seule issue économique ». La rapporteure Cyrielle Chatelain (M. Charles-Antoine Beyney) confronte cet engagement en documentant des antécédents : la revente d'un datacenter à Equinix (2008) et d'actifs d'Etix à Vantage (2020), sociétés américaines.

Les propositions de politique publique varient en ambition. Beyney (M. Charles-Antoine Beyney) plaide pour un volontarisme d'État à l'image du « Concorde, [du] TGV » et propose que « des textes réglementaires pourraient contraindre les assurances et les banquiers à réserver une allocation » à un « fonds GPU stratégique ». Chez Oreus, Laurent Choukroun (M. Charles-Antoine Beyney) avance une mesure directe : interdire tout datacenter dont « 100 % de ses clients (off-takers) sont extraterritoriaux », tandis que Julien Lescoulié (M. Charles-Antoine Beyney) mise sur la maîtrise de la couche d'accès (API développée à Marseille). Thomas Courbe (DGE, M. Thomas Courbe) adopte une position plus mesurée : sur les 109 Md€ du sommet IA, « environ 90 milliards sont dédiés aux centres de données », mais « pour l'immense majorité », il s'agit « de fonds privés ne nécessitant pas de soutien public » ; l'État a surtout accompagné administrativement, l'aide devant rester limitée à des finalités identifiées.

Qui en parle

Interventions regroupées (14 citations · 3 auditions)

Domaine : Datacenters, énergie & environnement · Sujet : datacenters-economie

Couverture : 14 citations · 5 positions · 3 auditions

_Slugs bruts fusionnés : modele-economique-datacenter, capital-datacenters-europeen, revente-datacenters, datacenters-investissements, role-etat-sanctuarisation, partenariat-emirats-core42_

Positions exprimées

  • (table ronde) (des fournisseurs de cloud .) : Les data centers doivent être à capitaux européens : les héberger chez des propriétaires étrangers expose au risque de coupure et à la captation de la valeur électrique française. Les capitaux européens reculent dangereusement. _(tranchant 4)_
  • M. Charles-Antoine Beyney (M. Charles-Antoine Beyney) : La puissance publique doit aider à verrouiller une part de la puissance de calcul pour les besoins français et pourrait interdire tout data center dont 100 % des clients (off-takers) sont extraterritoriaux. _(tranchant 4)_
  • M. Charles-Antoine Beyney (M. Charles-Antoine Beyney) : Aucune garantie ne peut être donnée que le projet reste français : à offres équivalentes la préférence irait à un acteur français, mais faute d'offres françaises, la revente à des acteurs américains reste la seule issue économique. _(tranchant 4)_
  • M. Charles-Antoine Beyney (M. Charles-Antoine Beyney) : Le recours au financement émirati (Core42) est une nécessité assumée faute de capitaux français ; le client reste maître de ses GPU et de leurs usages, l'hébergeur ne peut que suggérer de privilégier des acteurs français. _(tranchant 3)_
  • MM. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) : Sur les 109 Md€ du sommet IA, l'essentiel est privé et l'État a surtout accompagné administrativement ; l'aide publique doit rester limitée à des finalités bien identifiées. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« pensez au soft power que représente la seule menace de pouvoir couper. Et gardez à l'esprit que la plupart des data centers en Europe sont de nationalité étrangère. »

Damien Lucas — Scaleway (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Relie kill switch, propriété étrangère des data centers et soft power._

« en France, nous sommes à court de centres de données. Il n'y a plus de capacité disponible, et nous sommes obligés de nous déployer à l'étranger. »

Damien Lucas — Scaleway (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Alerte sur la saturation immédiate des data centers en France, qui pousse le déploiement à l'étranger._

« Mettre des clouds européens dans des data centers américains, c'est prendre le risque qu'ils soient coupés. »

Damien Lucas — Scaleway (audite, audition de des fournisseurs de cloud ., 2026-04-21)

_Relie la propriété capitalistique des data centers au risque de coupure, à propos des 109 Md€ Choose France._

« c’est comme si nous étions propriétaires d’une autoroute : nous ne savons pas ce que transportent les camions qui y transitent. »

Charles-Antoine Beyney — DataOne (audite, audition de M. Charles-Antoine Beyney, 2026-04-29)

_Métaphore fondatrice de la posture de DataOne : l'hébergeur n'est responsable que du contenant, jamais du contenu — argument repris pour écarter toute responsabilité de souveraineté sur les données._

« La plupart de nos clients se connecteront via notre API, et non via des API américaines ou chinoises. »

Julien Lescoulié — Oreus (audite, audition de M. Charles-Antoine Beyney, 2026-04-29)

_Argument de souveraineté d'Oreus par la maîtrise de la couche d'accès (API développée à Marseille), point de contrôle stratégique face aux dépendances américaines et chinoises._

« Décréter qu’aucun data center ne peut voir le jour en France si 100 % de ses clients ( off-takers ) sont extraterritoriaux. »

Laurent Choukroun — Oreus (audite, audition de M. Charles-Antoine Beyney, 2026-04-29)

_Proposition réglementaire directe et actionnable : conditionner l'implantation des data centers à une part de clients non extraterritoriaux._

« vous ne trouverez pas en France de financier capable de signer un chèque de 2, 4 ou 10 milliards d’euros »

Charles-Antoine Beyney — DataOne (audite, audition de M. Charles-Antoine Beyney, 2026-04-29)

_Diagnostic du verrou de financement qui justifie le recours à des capitaux étrangers (émiratis) et structure tout le débat sur la souveraineté._

« des textes réglementaires pourraient contraindre les assurances et les banquiers à réserver une allocation à ce que l’on pourrait appeler un « fonds GPU stratégique ». »

Charles-Antoine Beyney — DataOne (audite, audition de M. Charles-Antoine Beyney, 2026-04-29)

_Proposition de politique publique précise : une obligation réglementaire d'allocation de l'épargne institutionnelle vers un fonds dédié aux GPU._

« Le Concorde, le TGV, toutes les grandes réussites industrielles françaises, qu’est-ce qui les a rendues possibles ? Un financement par l’État. »

Charles-Antoine Beyney — DataOne (audite, audition de M. Charles-Antoine Beyney, 2026-04-29)

_Appel historique à une prise de risque publique, opposant le volontarisme industriel passé à la frilosité actuelle des financeurs français._

« Quelle garantie puis-je apporter que le projet restera 100 % français ? Je vais répondre très franchement : aucune. »

Charles-Antoine Beyney — DataOne (audite, audition de M. Charles-Antoine Beyney, 2026-04-29)

_Aveu frontal qui contredit la promesse de souveraineté portée par le montage : la pérennité française n'est pas garantie, elle dépend d'offres de rachat._

« À offres équivalentes, je donnerai toujours la préférence à une société française, soyez-en sûre. Mais les Français n’existent même pas sur ce marché. Je n’ai reçu aucune offre française. »

Charles-Antoine Beyney — DataOne (audite, audition de M. Charles-Antoine Beyney, 2026-04-29)

_Renvoie la responsabilité de la perte de souveraineté à l'absence d'acteurs financiers français, non à un choix idéologique de l'entrepreneur._

« l’un de vos plus importants data centers a été revendu en 2008 à Equinix, une société américaine. De même, un certain nombre de data centers d’Etix ont été revendus en 2020 à Vantage, une société américaine. »

Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de M. Charles-Antoine Beyney, 2026-04-29)

_La rapporteure documente un antécédent de reventes à des acteurs américains pour mettre en cause la crédibilité de l'engagement de souveraineté du principal._

« Sur les 109 milliards d’euros annoncés, environ 90 milliards sont dédiés aux centres de données. »

Thomas Courbe — DGE (direction générale des entreprises) (audite, audition de M. Thomas Courbe, 2026-05-07)

_Ventile l'enveloppe d'investissement du sommet IA vers les centres de données._

« Pour l’immense majorité de ces 90 milliards d’euros, il s’agit de fonds privés ne nécessitant pas de soutien public. »

Thomas Courbe — DGE (direction générale des entreprises) (audite, audition de M. Thomas Courbe, 2026-05-07)

_Relativise la portée publique de l'annonce : l'État a surtout accompagné administrativement des investissements privés._