La part du citoyen

Régulation UE & concurrence (DMA/DSA/AI Act/antitrust)

Loi SREN, fair share et cadre DORA/NIS2

Sur ce sujet, le corpus mêle deux débats distincts mais liés : d'un côté la loi SREN comme instrument national de souveraineté du cloud et de protection des données ; de l'autre la question du « fair share », c'est-à-dire la contribution des grandes plateformes au financement des réseaux. Plusieurs intervenants convergent sur un constat : l'Europe légifère abondamment mais applique mal. Michel Paulin (M. Michel Paulin) en donne l'exemple concret : « à peine le règlement sur les marchés numériques (DMA) avait-il été adopté, qu'une exception a été accordée dès 2022 pour trois acteurs dominants, AWS, Google Cloud et Microsoft Azure ». Il plaide donc pour « d'abord faire respecter » l'existant (RGPD, DMA, loi SREN) : selon lui, la loi SREN « a clairement identifié que les crédits cloud et les egress fees [...] représentent des freins. La loi les interdit, il faut la faire appliquer » — seuls manquent les décrets d'application. Le président Latombe (Mme Stéphanie Schaer) partage cette logique du recours au « dur » de la loi : « il a fallu que le législateur inscrive le principe dans le dur de la loi pour que les administrations bougent. »

La loi SREN est aussi présentée comme un cadre plus exigeant que le socle européen sur les données sensibles. Laurent Vilbœuf (M. Laurent Vilboeuf, Health Data Hub) justifie la sortie d'Azure vers un cloud souverain pour se protéger « contre les risques [...] liés aux lois extraterritoriales et aux pressions exogènes de toute nature ». Hela Ghariani (Mme Hela Ghariani) affirme que la France n'utilisera pas la dérogation de l'EHDS autorisant l'hébergement chez des acteurs soumis à des lois étrangères, « la loi Sren ayant déjà fixé notre cadre ». Elle nuance toutefois la portée européenne : seule la localisation des données a été gagnée (« une victoire symbolique »), pas les exigences cloud, et le conflit de normes entre États plus ou moins exigeants se réglera par la jurisprudence. Face au projet Omnibus, elle préfère généraliser les données synthétiques plutôt qu'« alléger le cadre réglementaire ».

Le clivage le plus net porte sur le fair share. Christel Heydemann (Mme Christel Heydemann, Orange) réclame un mécanisme contraignant : les grandes plateformes « génèrent 50 % à 70 % du trafic sur nos réseaux [et] ne sont toujours pas tenues de contribuer à due proportion », d'autant que la neutralité du net interdit aux opérateurs de brider ce trafic. Elle formule le paradoxe européen : « l'Europe proclame sa souveraineté numérique, mais elle élabore simultanément des textes qui fragilisent les acteurs qui financent les infrastructures dont cette souveraineté dépend. » À l'inverse, Meredith Whittaker (Mme Meredith Whittaker, Signal) refuse l'assimilation aux GAFAM : Signal paie déjà « des millions de bande passante » et ne peut opérer autrement qu'en over-the-top, catégorie que le député Bothorel (Mme Meredith Whittaker) rappelle définir les acteurs s'appuyant sur les infrastructures des opérateurs.

Qui en parle

Interventions regroupées (13 citations · 6 auditions)

Domaine : Régulation UE & concurrence (DMA/DSA/AI Act/antitrust) · Sujet : loi-sren-fair-share

Couverture : 13 citations · 5 positions · 6 auditions

_Slugs bruts fusionnés : loi-sren, loi-sren-egress-fees, loi-sren-donnees-sensibles, fair-share-ott, fair-share-plateformes, cadre-reglementaire-dora-nis2, conflit-normes-jurisprudence_

Positions exprimées

  • Mme Christel Heydemann (Mme Christel Heydemann) : Les grandes plateformes (50 à 70 % du trafic) doivent être contraintes de contribuer au financement des réseaux via un mécanisme contraignant et un lieu d'arbitrage ; le DNA manque sa cible en n'y touchant pas. _(tranchant 5)_
  • M. Laurent Vilboeuf (M. Laurent Vilboeuf) : La sortie de Microsoft Azure vers un cloud souverain est déterminante pour respecter la loi Sren et se protéger des lois extraterritoriales et pressions exogènes. _(tranchant 4)_
  • M. Michel Paulin (M. Michel Paulin) : Avant d'empiler de nouvelles règles, il faut d'abord faire respecter les réglementations existantes (RGPD, DMA, loi Sren) et les doctrines de l'État ; la loi Sren interdit déjà crédits cloud et egress fees mais attend ses décrets d'application. _(tranchant 4)_
  • Mme Hela Ghariani (Mme Hela Ghariani) : La France restera plus exigeante que le socle européen : elle n'utilisera pas la dérogation EHDS autorisant l'hébergement chez des acteurs soumis à des lois étrangères, la loi Sren ayant déjà fixé le cadre. _(tranchant 4)_
  • Mme Meredith Whittaker (Mme Meredith Whittaker) : Signal n'est pas assimilable aux GAFAM sur le fair share : elle paie déjà des millions de bande passante aux acteurs qui permettent son service et ne peut opérer autrement qu'en over-the-top. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« afin de nous protéger contre les risques de l'atteinte liée aux lois extraterritoriales et aux pressions exogènes de toute nature. »

M. Laurent Vilbœuf — Plateforme des données de santé (Health Data Hub) (audite, audition de M. Laurent Vilboeuf, 2026-03-17)

_Formule la finalité géopolitique explicite de la migration souveraine : se prémunir contre l'extraterritorialité juridique américaine, au-delà du seul enjeu technique._

« vous êtes considérés comme des acteurs over-the-top . Cela signifie que vous vous appuyez sur des infrastructures déployées par des opérateurs qui investissent lourdement dans des technologies de câbles, de fibre ou de satellite. »

Éric Bothorel — EPR (depute, audition de Mme Meredith Whittaker, 2026-03-25)

_Reformulation par le député de l'enjeu fair share ; cadre le débat sur la contribution des plateformes au financement des réseaux télécoms._

« à peine le règlement sur les marchés numériques (DMA) avait-t-il été adopté, qu’une exception a été accordée dès 2022 pour trois les acteurs dominants, AWS, Google Cloud et Microsoft Azure. »

Michel Paulin — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Exemple concret que l'Europe régule mais n'applique pas : l'exception au DMA accordée aux dominants illustre l'écart entre règle et exécution._

« La loi Sren a clairement identifié que les crédits cloud et les egress fees – ces mécanismes contractuels et financiers qui empêchent la réversibilité – représentent des freins. La loi les interdit, il faut la faire appliquer. »

Michel Paulin — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Point actionnable précis : la loi existe déjà contre les verrous de réversibilité, seuls manquent les décrets et l'application._

« il a fallu que le législateur inscrive le principe dans le dur de la loi pour que les administrations bougent. »

M. Philippe Latombe (president, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_Thèse du président : une circulaire ne suffit pas, seul le recours à la loi contraint réellement les administrations._

« l’Europe proclame sa souveraineté numérique, mais elle élabore simultanément des textes qui fragilisent les acteurs qui financent les infrastructures dont cette souveraineté dépend. »

Christel Heydemann — Orange (audite, audition de Mme Christel Heydemann, 2026-04-16)

_Formule-synthèse du paradoxe réglementaire européen : la thèse politique centrale d'Orange devant la commission._

« les grandes plateformes, qui génèrent 50 % à 70 % du trafic sur nos réseaux, ne sont toujours pas tenues de contribuer à due proportion au financement des infrastructures qu’elles utilisent – une asymétrie qui s’accentue chaque année. »

Christel Heydemann — Orange (audite, audition de Mme Christel Heydemann, 2026-04-16)

_Chiffrage du fair share, revendication historique des opérateurs télécoms européens contre les GAFAM, absente du DNA._

« Ce que nous demandons en retour, c’est que le cadre réglementaire européen cesse de travailler contre ceux qui investissent dans les infrastructures dont dépend cette souveraineté. »

Christel Heydemann — Orange (audite, audition de Mme Christel Heydemann, 2026-04-16)

_Phrase de clôture du propos liminaire : le contrat implicite qu'Orange propose au législateur._

« En raison du principe de neutralité du net, nous n’avons même pas le droit de brider ce trafic. »

Christel Heydemann — Orange (audite, audition de Mme Christel Heydemann, 2026-04-16)

_Argument juridique du fair share : la neutralité du net prive les opérateurs de tout levier pour contenir le trafic des plateformes._

« Il nous semble préférable de travailler à la généralisation de l’usage des données synthétiques plutôt que d’essayer d’alléger le cadre réglementaire qui encadre les données qui ont été personnelles à un moment de leur cycle de vie. »

Mme Hela Ghariani — Plateforme des données de santé (Health Data Hub) (audite, audition de Mme Hela Ghariani, 2026-04-29)

_Position claire face au projet Omnibus européen : renforcer l'anonymisation par les données synthétiques plutôt que déréguler, refus du nivellement par le bas._

« Nous avons réussi, avec le soutien de quelques États membres, à obtenir que les données soient hébergées sur le territoire européen, ce qui constituait une victoire symbolique. »

Mme Hela Ghariani — Plateforme des données de santé (Health Data Hub) (audite, audition de Mme Hela Ghariani, 2026-04-29)

_Mesure les limites du résultat obtenu : seule la localisation a été gagnée, pas les exigences cloud de type loi Sren, d'où une souveraineté seulement partielle au niveau européen._

« Il prévoit une dérogation permettant à certains États d’héberger ces données chez des acteurs dépendants de législations étrangères disposant d’une décision d’adéquation avec le RGPD, ce que la France ne fera pas, la loi Sren ayant déjà fixé notre cadre. »

Mme Hela Ghariani — Plateforme des données de santé (Health Data Hub) (audite, audition de Mme Hela Ghariani, 2026-04-29)

_Affirme un choix national ferme : la France n'utilisera pas la dérogation autorisant l'hébergement chez des acteurs soumis à des lois étrangères, se positionnant au-dessus du socle européen._

« Je pense qu’une jurisprudence devra s’établir. »

Mme Hela Ghariani — Plateforme des données de santé (Health Data Hub) (audite, audition de Mme Hela Ghariani, 2026-04-29)

_Reconnaît qu'il n'existe pas de solution claire au conflit de normes entre États plus ou moins exigeants : la question se réglera par le contentieux et le temps._