Modèles alternatifs : Fediverse, Signal, interopérabilité
Sur ce sujet, le corpus rassemble un nombre limité d'interventions (cinq citations, trois auditions : des associations sur le thème de la protection des données personnelle, Mme Meredith Whittaker, Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques), mais elles convergent autour d'une même idée : face aux plateformes dominantes, la réponse ne serait pas de construire un équivalent européen de même nature, mais de changer de modèle — décentralisation, interopérabilité imposée par le droit, statut non lucratif.
Un constat partagé : la dépendance aux plateformes est un risque concret, pas théorique. Bastien Le Querrec (La Quadrature du Net, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) l'illustre par un scénario diplomatique : « dans l'hypothèse où le gouvernement américain demanderait à X de suspendre les comptes du ministère des affaires étrangères français, une telle situation pourrait se produire ». L'État français communique ainsi sur une infrastructure qu'il ne maîtrise pas et qui pourrait être coupée.
Le levier avancé : l'interopérabilité imposée par le droit. Selon une intervention en table ronde (des associations sur le thème de la protection des données personnelle), obliger juridiquement les réseaux sociaux à l'interopérabilité serait « le levier central » pour briser le monopole des plateformes sur leurs communautés et faire émerger des alternatives non marchandes comme le Fediverse ou Mastodon ; l'État devrait « au moins montrer l'exemple ».
Un clivage assumé face à la stratégie du champion européen. Les intervenants de la table ronde Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques rejettent explicitement l'idée d'un géant européen. Ophélie Coelho (Iris / CIS-CNRS, Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) affirme : « Nous n'allons pas créer un géant européen du numérique demain, et ce n'est d'ailleurs pas souhaitable » — position présentée comme clivante face au consensus de type « Airbus du cloud ». Elle propose plutôt une institution : « une sorte de Centre européen de la recherche nucléaire (Cern) du numérique, qui rassemblerait la recherche, les choix stratégiques de l'État, le secteur public et les entreprises ». Alexandra Lutz (Data for Good, Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) justifie ce choix par la structure réelle du tissu économique : « au niveau européen, 99 % des entreprises sont des PME. C'est ce tissu qu'il faut soutenir, plutôt que de tout miser sur quelques géants. » L'orientation défendue est donc un modèle décentralisé, interopérable et fédéré, adossé aux communs numériques.
Le cas Signal : déplacer la question du financement. Meredith Whittaker (Signal Foundation, Mme Meredith Whittaker) soutient que c'est le statut à but non lucratif qui permet à Signal de ne pas monétiser les données. Elle renverse la question habituelle sur la viabilité de tels services : « comment se fait-il qu'un dispositif aussi vertueux et nécessaire que Signal ne constitue pas le modèle par défaut ? » Le problème pointé n'est pas la survie de Signal mais le biais économique structurel qui empêche ce modèle vertueux de devenir la norme.
Sur ce sujet, le corpus ne fait pas apparaître de contradiction frontale entre intervenants : les trois auditions se rejoignent pour opposer aux géants un ensemble d'alternatives (décentralisation, interopérabilité, non-lucratif) plutôt que la reproduction du même modèle à l'échelle européenne.
Qui en parle
- Bastien Le Querrec — La Quadrature du Net (des associations sur le thème de la protection des données personnelle) : rend tangible la dépendance de l'État aux plateformes (scénario de suspension des comptes du ministère des affaires étrangères sur X) ; interopérabilité imposée par le droit comme levier central pour faire émerger le Fediverse / Mastodon.
- Meredith Whittaker — Signal Foundation (Mme Meredith Whittaker) : le statut non lucratif comme condition du non-pillage des données ; déplace le débat du financement vers le biais économique qui empêche ce modèle de devenir la norme.
- Ophélie Coelho — Iris / CIS-CNRS (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) : rejet explicite du « géant européen » ; propose un « Cern du numérique » fédérant recherche, État, secteur public et entreprises.
- Alexandra Lutz — Data for Good (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) : appuie le modèle décentralisé sur la réalité du tissu (99 % de PME en Europe) plutôt que sur quelques champions.