La part du citoyen

Cloud souverain & offres hybrides

Sovereignty washing et « paresse intellectuelle »

Le corpus documente une critique convergente du vocabulaire de la « souveraineté » tel qu'il circule dans l'offre cloud, tout en révélant un clivage sur ce qu'il faut en faire. Le constat partagé est celui d'un décalage entre le discours et la réalité technique. Selon M. Max Schrems (M. Max Schrems), le sovereignty washing consiste à « prétendre qu'une solution est souveraine quand, en réalité, on se contente d'utiliser un bon vieux serveur américain en le parant d'un drapeau européen ». Il ajoute un argument décisif : ces mêmes acteurs savent proposer des solutions souveraines en Chine, preuve que l'obstacle n'est pas technique mais dépend de la volonté d'un État de « faire réellement appliquer ses lois ».

Plusieurs intervenants dénoncent une mystification lexicale. Selon M. Henri d'Agrain (Cigref, M. Henri d’Agrain), « parler de "solutions souveraines" ou de "cloud souverain" relève bien souvent d'une forme de paresse intellectuelle » : le Cigref réserve le mot souveraineté aux États et parle de résilience pour les entreprises. Julia Mouzon (M. Michel Paulin) recadre pour sa part la souveraineté comme « liberté » de choisir ses outils et d'en changer, c'est-à-dire réversibilité.

La critique du narratif du « pas d'alternative » est portée par Michel Paulin (M. Michel Paulin), pour qui il existe partout (santé, finance, RH, IA) des alternatives françaises et européennes, souvent open source. Il illustre l'écart entre doctrine et pratique de l'État : « On prône le "cloud au centre", mais l'essentiel se fait encore sur site [...] on dit qu'il faut faire de l'open source, mais à la fin, c'est Microsoft qui gagne. » Sur le cas du Health Data Hub, il souligne qu'« il n'y a eu ni appel d'offres, ni mise en concurrence » : l'absence d'alternative fut décrétée sans procédure. Il pointe aussi l'exception accordée dès 2022 au titre du DMA « à trois acteurs dominants, AWS, Google Cloud et Microsoft Azure ». Mouzon reproche par ailleurs à la Dinum une stratégie sans « aucune mesure visant à favoriser l'émergence d'acteurs français et européens ».

Les élus de la commission relaient ces soupçons par des cas concrets. Le président Philippe Latombe (des acheteurs publics) évoque « une sorte de sovereign washing » à propos d'offres d'acteurs américains (type AWS European Sovereign Cloud). La rapporteure Cyrielle Chatelain (des acheteurs publics) lie l'alignement politique d'Accenture sur l'administration Trump au risque de transmission de données « au titre du Cloud Act », et cite Kyndryl, acteur américain se prévalant sur LinkedIn de contribuer à la souveraineté française via le Nuage public.

Le principal désaccord porte sur le rôle des centrales d'achat. Lors de la table ronde (des acheteurs publics), une position soutient que leur rôle est de rendre les solutions souveraines identifiables (logos, filtres) mais pas de contrer la communication d'un fournisseur — position « explicitement contestée par la rapporteure », qui estime au contraire nécessaire de démentir la récupération du label souverain.

Qui en parle

Interventions regroupées (11 citations · 4 auditions)

Domaine : Cloud souverain & offres hybrides · Sujet : sovereignty-washing

Couverture : 11 citations · 4 positions · 4 auditions

_Slugs bruts fusionnés : sovereignty-washing, sovereign-washing, cloud-souverain-paresse, narratif-pas-alternative_

Positions exprimées

  • M. Max Schrems (M. Max Schrems) : La plupart des offres « souveraines » de la Big Tech sont du sovereignty washing (serveur américain sous drapeau européen) ; la vraie souveraineté est techniquement possible — ces mêmes acteurs la fournissent en Chine — mais n'est déployée que si un pays applique réellement ses lois. _(tranchant 5)_
  • M. Michel Paulin (M. Michel Paulin) : Le discours du « pas d'alternative » est un narratif de lobbying faux ; dans tous les domaines (santé, finance, RH, virtualisation, IA) il existe des alternatives françaises et européennes compétitives, souvent open source. _(tranchant 5)_
  • M. Henri d’Agrain (M. Henri d’Agrain) : Parler de « cloud souverain » ou de « solutions souveraines » pour des offres privées est une paresse intellectuelle ; le Cigref réserve le mot souveraineté aux États et parle de résilience pour les entreprises. _(tranchant 5)_
  • (table ronde) (des acheteurs publics) : Le role des centrales est de rendre les solutions souveraines identifiables (logos, filtres) mais pas de contrer la communication d'un fournisseur — position explicitement contestee par la rapporteure. _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« le nouveau terme à la mode dans le monde de la protection de la vie privée est ce qu’on appelle le soveregnity washing , c’est-à-dire le fait de prétendre qu’une solution est souveraine quand, en réalité, on se contente d’utiliser un bon vieux serveur américain en le parant d’un drapeau européen. »

M. Max Schrems — NOYB (None of your business) (audite, audition de M. Max Schrems, 2026-03-26)

_Nomme et disqualifie la stratégie marketing des hyperscalers autour du « cloud souverain » — arme rhétorique directement utile à la commission pour trier les offres._

« Il est intéressant de noter que ces mêmes entreprises sont en revanche capables de proposer des solutions souveraines, ou au moins partiellement souveraines, en Chine : dès lors qu’un pays s’attache à faire réellement appliquer ses lois, la souveraineté n’est plus un problème. »

M. Max Schrems — NOYB (None of your business) (audite, audition de M. Max Schrems, 2026-03-26)

_Argument décisif : l'impossibilité technique alléguée est un choix économique. La preuve par la Chine montre que la volonté politique d'appliquer la loi suffit à obtenir la souveraineté._

« lorsque l’on parle de souveraineté, comme cela a été dit dans de précédentes auditions, l’enjeu porte en réalité sur la liberté. Les administrations, les acteurs économiques et les individus peuvent-ils choisir librement leurs outils et en changer quand ils le souhaitent ? »

Julia Mouzon — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Recadre la souveraineté comme liberté de choix et de réversibilité, déplaçant le débat de l'idéologie vers l'autonomie concrète des acheteurs._

« On prône le « cloud au centre », mais l’essentiel se fait encore sur site ( on-premise ). De même, on dit qu’il faut faire de l’ open source , mais à la fin, c’est Microsoft qui gagne. »

Michel Paulin — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Formule frappante sur l'écart entre doctrine affichée et pratique réelle de l'État, incarnant l'échec de l'application des politiques de souveraineté._

« Mais il n’y a eu ni appel d’offres, ni mise en concurrence. Quand il n’y a pas de critères factuels sur la souveraineté comme l’indice de résilience numérique, quand il n’y a pas de concours, comment peut-on certifier qu’il n’existe pas de solution alternative ? »

Michel Paulin — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Démontage méthodologique du cas Health Data Hub par un témoin direct : l'absence d'alternative était une conclusion sans procédure ni cahier des charges._

« à peine le règlement sur les marchés numériques (DMA) avait-t-il été adopté, qu’une exception a été accordée dès 2022 pour trois les acteurs dominants, AWS, Google Cloud et Microsoft Azure. »

Michel Paulin — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Exemple concret que l'Europe régule mais n'applique pas : l'exception au DMA accordée aux dominants illustre l'écart entre règle et exécution._

« la stratégie de la Dinum ne comporte aucune mesure visant à favoriser l’émergence d’acteurs français et européens de premier plan dans le numérique. »

Julia Mouzon — CSF Solutions numériques de confiance / Conseil national de l'industrie (audite, audition de M. Michel Paulin, 2026-04-07)

_Cœur du reproche à la Dinum : au-delà du budget, sa stratégie ignore par construction le développement d'une filière souveraine._

« Je vous pose cette question, qui n’est pas un piège, car j’ai le sentiment qu’on assiste à une sorte de sovereign washing . »

Philippe Latombe (president, audition de des acheteurs publics, 2026-04-09)

_Le president nomme frontalement le soupçon de « souverainete de façade » derriere les offres cloud dites souveraines d'acteurs americains (AWS European Sovereign Cloud)._

« On peut donc présumer qu’ils transmettraient volontiers les données qui pourraient leur être réclamées au titre du Cloud Act. »

Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de des acheteurs publics, 2026-04-09)

_La rapporteure lie l'alignement politique d'Accenture sur l'administration Trump au risque concret de transmission de donnees sous Cloud Act, pour justifier de changer d'operateur._

« un acteur américain comme Kyndryl, qui se prévaut, notamment sur LinkedIn, des solutions cloud qu’il fournit au Nuage public pour se féliciter de contribuer à la souveraineté française. »

Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de des acheteurs publics, 2026-04-09)

_Cas precis de recuperation : un acteur americain utilise l'outil de communication « souverain » de l'Etat (logo bleu-blanc-rouge de Nuage public) pour se faire passer pour un contributeur de la souverainete._

« parler de « solutions souveraines » ou de « cloud souverain » relève bien souvent d’une forme de paresse intellectuelle »

M. Henri d’Agrain — Cigref (audite, audition de M. Henri d’Agrain, 2026-04-30)

_Formule polémique qui congédie le vocabulaire dominant du débat public ; distingue résilience (entreprises) et souveraineté (États)._