Sujets industriels et institutionnels divers
Ce sujet regroupe des questions industrielles et institutionnelles abordees de maniere ponctuelle dans le corpus : la surcapacite electrique francaise et ses consequences, ainsi qu'un point de gouvernance sur le transfert de la gestion des plans gaz et hydrocarbures. Le materiau s'appuie sur trois auditions (M. Nicolas de Maistre, M. Pierre Gadonneix, Mme Corinne Lepage) et croise des constats partages et des lectures divergentes.
Un constat partage : la France a connu une surcapacite electrique durable. Deux intervenants convergent sur l'existence d'un excedent de production, mais en datent l'origine differemment et en tirent des conclusions opposees. Selon M. Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix), l'excedent etait d'environ 20 % au debut des annees 2000 : « Lorsque je suis devenu president d'EDF, l'excedent de capacite etait d'environ 20 %. » Selon Mme Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage), la surcapacite remontait deja aux annees 1980.
Le clivage porte sur l'interpretation de cette surcapacite. Pour M. Gadonneix (M. Pierre Gadonneix), elle justifiait « pleinement » l'arret des constructions nucleaires ; il considere que la modulation imposee du nucleaire et la disparition de cet excedent sont une cause majeure des difficultes actuelles, soulignant une singularite francaise : « Nous sommes les seuls au monde a avoir fait le choix de moduler notre production d'energie nucleaire et c'est probablement l'une des causes de nos problemes actuels. » Il quantifie la perte presente : « La capacite de production d'EDF est amputee de 100 terawattheures, soit 20 % de sa production [...] si nous connaissions le meme excedent de capacite qu'il y a deux ans, personne ne se serait apercu de la crise. »
Mme Lepage (Mme Corinne Lepage) developpe une these inverse sur les responsabilites : la surcapacite des annees 1980 aurait conduit EDF, avec l'accord de l'Etat, a une politique de prix bas pour ecouler l'electricite, a l'origine de la surconsommation et du pic actuel. « Avec l'accord de l'Etat, EDF a mis en place une politique de prix tres bas pour consommer l'electricite. C'est la raison pour laquelle le chauffage electrique a augmente en France [...]. 50 % de la pointe europeenne est francaise. » Son jugement d'ensemble est severe : « J'ai le sentiment d'un immense gachis dans le domaine de l'electricite. » La ou M. Gadonneix voit dans la disparition de la surcapacite la racine de la crise, Mme Lepage voit dans son exploitation commerciale la source d'une derive de la demande.
Un point institutionnel distinct. Selon M. Nicolas de Maistre (M. Nicolas de Maistre), le transfert des plans gaz et hydrocarbures au ministere de la Transition ecologique (MTE) en 2015 releve d'une logique de gestion coherente et ne constitue pas une defaillance : « Le plan d'urgence gaz etait du ressort du SGDSN avant 2015. » Ce point etablit factuellement le deplacement de competence du SGDSN vers le MTE.
Chiffres cles : surcapacite d'environ 20 % au debut des annees 2000 ; perte actuelle de 100 TWh (20 % de la production EDF) ; 50 % de la pointe europeenne attribuee a la France.
Qui en parle
- M. Pierre Gadonneix (M. Pierre Gadonneix) : la surcapacite (20 %) justifiait l'arret des constructions ; sa disparition et la modulation du nucleaire sont une cause majeure de la crise actuelle.
- Mme Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage) : la surcapacite des annees 1980 et la politique de prix bas Etat/EDF ont engendre surconsommation et pic de pointe ; « immense gachis ».
- M. Nicolas de Maistre (M. Nicolas de Maistre) : le transfert des plans gaz/hydrocarbures au MTE en 2015 est coherent, pas une defaillance.