Environnementalisation du débat et limites planétaires
Sur ce sujet, le corpus fait apparaître une tension de cadrage : plusieurs intervenants reprochent à la commission d'avoir traité la souveraineté énergétique sans placer le changement climatique au cœur de la réflexion. Lors de la table ronde du 2 novembre 2022 (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar), Nathalie Ortar invite explicitement la commission à « faire un pas de côté, en abordant une dimension qui est absente de l'intitulé de votre commission : le changement climatique ». Elle conclut son propos par une interpellation politique directe sur la référence au gaullisme : « Quand cesserons-nous de vivre les rêves d'hommes du passé, pour fonder notre propre société ? » La position portée (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar) est que le climat « doit être au centre de toute réflexion sur l'énergie ».
Un clivage net oppose les intervenants sur les technologies de captage et de stockage du CO2. Selon la position défendue en table ronde (M. Pierre-Franck Chevet e.a.), le CCUS est « une technologie mature et indispensable pour décarboner l'industrie qu'on ne peut transformer autrement ». Pierre-Franck Chevet (M. Pierre-Franck Chevet e.a., 2022-11-22) revendique pour la France un leadership : « nous sommes considérés par les organismes de recherche dans le monde comme leader en matière de CCUS. » Il avance toutefois un chiffre clé sur le coût : le procédé expérimenté à l'aciérie de Dunkerque est « de l'ordre de 120 euros la tonne évitée », soit un coût supérieur au prix du carbone ETS (75 euros), ce qui justifie selon lui une intervention publique (quotas, régulation). Le stockage souterrain serait sûr. À l'inverse, Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici, 2022-11-02) juge illusoire la capture du CO2 dans l'air : « récupérer le CO2 une fois qu'il est dans l'air avec des modes technologiques me semble être digne de la série Les Shadoks. » Pour lui, cette voie « ne changera rien au destin du monde » (position M. Jean-Marc Jancovici, tranchant 1). La fiche distingue ici deux objets : le CCUS industriel défendu par Chevet et la capture directe atmosphérique disqualifiée par Jancovici.
Un autre constat partagé porte sur les limites planétaires et les conflits d'usages, notamment l'eau. Brice Huet (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon, 2022-12-07) alerte : « À l'horizon 2050, certains territoires n'auront plus que la moitié de l'eau qu'ils utilisent aujourd'hui. » La députée Julie Laernoes (Écolo-NUPES, Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) relie cette tension au programme nucléaire : « La même question se pose en matière d'eau, notamment compte tenu des projets de nouveaux réacteurs nucléaires. La situation devient très critique pour l'agriculture et les conflits d'usages vont se multiplier. »
Enfin, Pierre-Franck Chevet (M. Pierre-Franck Chevet e.a.) nuance le bilan carbone français : la désindustrialisation a permis d'émettre moins de CO2 sur trente ans, mais « le bilan des matières importées révèle une augmentation des émissions de 6 millions de tonnes. Nous avons finalement exporté notre pollution », plaidoyer pour relocaliser l'industrie.
Qui en parle
- Nathalie Ortar (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar) : recentrer le débat énergétique sur le changement climatique, absent de l'intitulé de la commission.
- Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici) : la capture directe du CO2 atmosphérique est illusoire et inutile.
- Pierre-Franck Chevet (M. Pierre-Franck Chevet e.a.) : CCUS mature et stratégique, leadership français, mais coût (120 €/t) supérieur au prix du carbone ; relocaliser l'industrie.
- Brice Huet (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) : raréfaction de l'eau à l'horizon 2050.
- Julie Laernoes (Écolo-NUPES, Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) : tension sur l'eau et soutenabilité des nouveaux réacteurs nucléaires.