Formation des prix et coût marginal
Le corpus aborde la mécanique de formation des prix de l'électricité sur le marché et la pertinence de la tarification au coût marginal, à la lumière de la crise des prix de 2022.
Constats partagés sur les causes de l'envolée des prix. Plusieurs intervenants convergent pour attribuer les prix élevés de 2022 à deux facteurs conjoncturels. Selon Jacques Percebois (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel), « cette envolée a deux raisons principales : le prix élevé du gaz, car les centrales à gaz sont en général celles qui font l'équilibre du marché, et le manque de capacités électriques pilotables ». M. Dominique Ristori (M. Dominique Ristori) reprend ce diagnostic : « les prix irrationnels de l'électricité que nous avons constatés s'expliquent par les effets conjugués de la crise du gaz et de la partielle indisponibilité du parc nucléaire français, ce qui n'a aucun lien avec le marché intérieur ». L'idée que la centrale marginale (souvent au gaz) fixe le prix de l'ensemble fait ainsi consensus comme grille de lecture.
Clivage sur le principe de la tarification au coût marginal. Un premier désaccord oppose la défense de la rationalité économique du mécanisme à sa critique. Lors de la table ronde (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel), la tarification au coût marginal est présentée comme « ni absurde ni surprenante », fonctionnement normal d'un marché de biens substituables envoyant un signal prix juste ; le problème serait l'envolée du prix du gaz, non le principe. Xavier Jaravel (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel) l'affirme : « contrairement à ce que l'on entend dire en France, ce système n'est ni absurde ni surprenant : c'est ainsi que fonctionnent les marchés de biens très substituables ».
Clivage sur la responsabilité du marché et l'opportunité d'une réforme. M. Dominique Ristori (M. Dominique Ristori) assume une vision libérale : « les prix ne se décrètent pas […]. Seul importe le prix compétitif, fixé selon les critères du marché », et justifie l'absence de mécanisme anti-irrationalité par l'imprévisibilité de la crise (« tout le monde aurait répondu que cette idée était tout à fait farfelue »). Sa solution est le développement de contrats à long terme pour les énergies décarbonées. À l'opposé, M. Jean-Philippe Tanguy (RN, M. Dominique Ristori) défend la thèse inverse : « la libéralisation a donc amené une augmentation du prix de l'électricité », renversant selon lui la tendance baissière issue du plan Messmer. M. Dominique Maillard (M. Dominique Maillard) propose une position intermédiaire : dissocier l'interconnexion physique (à préserver) du fonctionnement boursier (à réformer car trop volatil), la déconnexion éventuelle devant porter sur la formation des prix, pas sur les échanges physiques.
Chiffres clés. M. Dominique Maillard (M. Dominique Maillard) illustre la déconnexion entre prix de marché et coût de revient : les prix « peuvent varier entre des valeurs négatives et des valeurs très élevées, de – 500 euros à + 3000 euros, pour un prix de revient, selon les sources d'énergie, compris entre 12 et 150 euros le MWh ».
Qui en parle
- Jacques Percebois (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel) : diagnostic des deux causes structurelles (prix du gaz, manque de capacités pilotables).
- Xavier Jaravel (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel) : défense de la rationalité économique de la tarification au coût marginal.
- M. Dominique Maillard (M. Dominique Maillard) : dissocier interconnexion physique et marché boursier ; chiffre l'écart prix/coût de revient.
- M. Dominique Ristori (M. Dominique Ristori) : vision libérale, le marché non responsable des prix de 2022, contrats long terme comme solution.
- M. Jean-Philippe Tanguy (RN) (M. Dominique Ristori) : la libéralisation a fait augmenter les prix de l'électricité.