Fusion nucléaire et ITER
Le sujet de la fusion nucléaire et du projet ITER (réacteur thermonucléaire expérimental international) apparaît dans le corpus de manière brève mais convergente : les trois intervenants qui l'abordent expriment des réserves, soit sur l'intérêt de la fusion comme solution d'approvisionnement, soit sur la dérive des coûts du projet, soit sur les deux.
Un constat partagé : la fusion n'est pas une réponse au défi énergétique de court ou moyen terme. Selon M. Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici), la fusion doit être écartée d'emblée du débat sur l'approvisionnement électrique : « la fusion peut être exclue d'emblée car, même dans cent ans, elle n'aura pas changé significativement la donne dans l'approvisionnement électrique décarboné. » Il s'agit pour lui d'une disqualification nette en tant que solution d'alimentation. M. Pascal Colombani (M. Pascal Colombani) rejoint ce scepticisme en jugeant le projet « peu prometteur scientifiquement à court terme » et en pointant des motivations géopolitiques et locales, la France payant selon lui « le prix fort ».
Le clivage et les points saillants portent surtout sur la maîtrise des coûts. Plusieurs intervenants documentent ce qu'ils décrivent comme une dérive budgétaire. M. Pascal Colombani (M. Pascal Colombani) illustre par un exemple chiffré la logique d'escalade des financements : « les commanditaires du projet (...) avaient dépensé 5 milliards d'euros pour parvenir à confiner un plasma pendant quelques microsecondes, en demandaient 5 de plus pour essayer de le confiner pendant une milliseconde. En réalité, nous n'avons pas fini de payer ! » Mme Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet) reprend la même trajectoire de coûts avec des chiffres précis : ITER « devait coûter 5 milliards, puis la facture est passée à 10 milliards quatre ans plus tard et elle s'élève actuellement à 44 milliards ! ». Elle en tire une lecture plus large sur le traitement budgétaire du secteur, qu'elle juge dérogatoire : « dans le nucléaire, on rajoute en général deux zéros », formule par laquelle elle dénonce le fait que, selon elle, le nucléaire échappe aux règles budgétaires de la recherche au détriment des autres secteurs.
Nuances de posture. Si le constat critique est partagé, les positions diffèrent par leur intensité et leur angle. Mme Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet) tient la position la plus tranchée, qualifiant ITER de « projet pharaonique et délirant aux coûts hors de contrôle ». M. Pascal Colombani (M. Pascal Colombani) exprime de « fortes réserves » centrées sur la rentabilité et les motivations du projet. M. Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici) se concentre, lui, sur l'inutilité de la fusion comme réponse à la décarbonation de l'approvisionnement, plutôt que sur la seule question budgétaire.
Le corpus ne contient, sur ce sujet, aucune intervention défendant ITER ou la fusion : les trois positions recensées sont toutes critiques, à des degrés divers.
Qui en parle
- Mme Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet) : ligne la plus critique ; dénonce des coûts « hors de contrôle » (5 → 10 → 44 milliards) et un traitement budgétaire dérogatoire du nucléaire.
- M. Pascal Colombani (M. Pascal Colombani) : fortes réserves sur la rentabilité et les motivations géopolitiques d'ITER ; « nous n'avons pas fini de payer ».
- M. Jean-Marc Jancovici (M. Jean-Marc Jancovici) : exclut la fusion comme solution d'approvisionnement, « même dans cent ans ».