Planification énergétique et objectifs chiffrés
Le corpus aborde la planification énergétique sous l'angle d'une question de méthode : faut-il piloter la politique énergétique par des objectifs chiffrés inscrits dans la loi, ou par des trajectoires et des dispositifs construits pas à pas ? Sur ce point, les intervenants entendus convergent largement vers une défiance à l'égard des objectifs chiffrés a priori, tout en nuançant les raisons et les modalités.
La position la plus tranchée est celle de M. François de Rugy (M. François de Rugy), qui défend que la sécurité d'approvisionnement et des prix raisonnables se garantissent « en développant des moyens », non en gravant des pourcentages dans la loi. Il assume une conviction ancienne : « L'on gagnerait d'ailleurs à ne plus inscrire dans les lois d'objectifs chiffrés et c'est un point de vue que je défendais déjà dans mes dernières années de mandat. » Il revendique le bilan correspondant, « notamment en développant très fortement l'éolien offshore », et relativise ainsi l'objectif des 50 % à l'horizon 2025.
M. Antoine Pellion (M. Antoine Pellion) défend une logique voisine mais formulée positivement : la planification par trajectoires documentées « étape par étape et année par année » est supérieure à la fixation d'objectifs a priori. Il y voit « un point très fort de la méthode employée au cours des deux quinquennats par le président de la République ». Le rapporteur Antoine Armand (M. Antoine Pellion) introduit toutefois une nuance critique en relevant une contradiction de séquence : selon sa reformulation ironique, « la loi de 2015 a eu le mérite de créer la PPE et [...] la PPE a eu le mérite de défaire une partie de la loi de 2015 », pointant le report d'objectifs à 2035.
M. Nicolas de Maistre (M. Nicolas de Maistre) déplace l'argument vers la résilience face à l'imprévisible. Plutôt que d'imaginer chaque scénario, il prône des « briques modulaires assemblables » face à toute crise, y compris non anticipée, justifiant la réforme de la planification : « Je ne sais pas si beaucoup de personnes avaient prévu la crise dans laquelle nous sommes. » Sa formule « le réel est souvent plus imaginatif que l'humain » résume cette philosophie. Il se veut rassurant — « nous disposons d'un plan pour faire face à tous les risques que nous avons pu imaginer » — tout en laissant explicite la limite : seuls les risques imaginés sont couverts.
Mme Stéphanie Dupuy-Lyon (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) intervient sur le retard des renouvelables et dédouane le cadre normatif : « Une volonté de faire collective peut manquer, mais ce n'est pas le cadre réglementaire ou normatif qui l'empêche d'exister », renvoyant ainsi à la volonté politique locale plutôt qu'aux objectifs ou aux règles.
Constat partagé : la critique des objectifs chiffrés dans la loi domine, au profit des trajectoires (Pellion), des moyens (de Rugy) ou des briques modulaires (de Maistre). Le principal clivage tient au degré d'autocritique : Pellion valorise la méthode des deux quinquennats sans réserve, là où le rapporteur Armand en souligne les contradictions internes.
Qui en parle
- M. François de Rugy (M. François de Rugy) : développer des moyens plutôt qu'inscrire des objectifs chiffrés dans la loi.
- M. Antoine Pellion (M. Antoine Pellion) : éloge des trajectoires documentées étape par étape (méthode des quinquennats Macron).
- M. Antoine Armand, rapporteur (M. Antoine Pellion) : pointe la contradiction loi 2015 / PPE / report à 2035.
- M. Nicolas de Maistre (M. Nicolas de Maistre) : réforme par briques modulaires face à l'imprévisibilité des crises.
- Mme Stéphanie Dupuy-Lyon (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) : retard des renouvelables imputé à la volonté politique, non au cadre réglementaire.