La part du citoyen

Gouvernance, rôle de l'État et stratégie énergétique

Rapports stratégiques et secret-défense

Le sujet documente la manière dont des rapports stratégiques sur le nucléaire ont été classifiés, transmis puis, pour partie, restés sans suite, et l'obstacle que cette classification a opposé au travail de la commission d'enquête. Quatre auditions y contribuent (M. Yannick d’Escatha, M. Cédric Lewandowski, M. Benoît Ribadeau-Dumas, M. Nicolas Hulot).

Le point central est le rapport remis en 2018 par M. Yannick d'Escatha. Auditionné (M. Yannick d’Escatha), son auteur oppose un refus catégorique de divulgation : « la loi m'interdit de vous parler de ce rapport : divulguer le contenu d'un rapport classé confidentiel défense, c'est de la haute trahison ». Ce refus structure toute l'audition, alors même que le rapport avait été commenté dans la presse. D'Escatha ne concède qu'un élément substantiel, devenu de notoriété publique : « nous avons constaté une désaffection des jeunes pour le nucléaire [...] les compétences, dans ce domaine, tendaient à disparaître ». Sa position (tranchant 4) est aussi un constat d'inaction : le rapport « a été remis puis classifié, et je n'en ai plus jamais entendu parler », ses préconisations n'ayant été suivies qu'à partir de 2022, date de la relance.

Sur la raison de la classification, le corpus apporte une explication qui n'est pas contestée. Selon M. Benoît Ribadeau-Dumas (M. Benoît Ribadeau-Dumas), le rapport a été classé secret-défense « car nous ne voulions pas établir deux rapports séparés » distinguant la pérennité du nucléaire civil de « l'incidence d'une éventuelle perte de compétence civile en matière de défense » : c'est l'imbrication civil-militaire qui justifie le secret.

Un point de divergence apparaît sur l'objet réel du rapport. Selon Mme Michèle Pappalardo (M. Nicolas Hulot), l'intention initiale était RH — s'inspirer des pratiques du ministère de la défense pour « renforcer l'attractivité » du nucléaire civil — et elle exprime une déception : « nous avons été un peu déçus, car le rapport ne traitait finalement pas ce sujet », ayant basculé vers une préconisation de construction d'EPR. Le rapport aurait donc dérivé de son mandat initial.

Le sujet s'élargit à la défaillance de l'État stratège dans la gouvernance de la filière. M. Cédric Lewandowski (M. Cédric Lewandowski) met en cause une rivalité non arbitrée : « Notre pays a laissé se développer une forme de concurrence sur l'EPR, qui a engendré d'importantes difficultés », précisant qu'au-delà d'une querelle de personnes « il y avait aussi des divergences stratégiques que l'État n'a pas arbitrées ».

Enfin, M. Nicolas Hulot (M. Nicolas Hulot) dément avoir programmé une sortie du nucléaire : « La sortie du nucléaire n'a jamais été actée au plus haut niveau de l'État. Personne ne m'a jamais dit qu'aucun nouvel EPR ne serait construit. »

Qui en parle

Interventions regroupées (8 citations · 4 auditions)

Domaine : Gouvernance, rôle de l'État et stratégie énergétique · Sujet : rapports-secret-defense

Couverture : 8 citations · 1 positions · 4 auditions

_Slugs bruts fusionnés : rapport-2018-confidentiel-defense, rapport-descatha-secret-defense, rapport-escatha-collet-billon, rapport-roussely-2010, rapport-energies-2050, directives-nationales-securite, saiv-importance-vitale_

Positions exprimées

  • M. Yannick d’Escatha (M. Yannick d’Escatha) : Le rapport de 2018 ne peut légalement pas être divulgué (sa divulgation serait de la haute trahison), mais il a été remis et n'a reçu aucune réponse, ses préconisations n'étant suivies qu'à partir de 2022. _(tranchant 4)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Vous me mettez dans une situation très difficile, car la loi m’interdit de vous parler de ce rapport : divulguer le contenu d’un rapport classé confidentiel défense, c’est de la haute trahison. »

M. Yannick d’Escatha (audite, audition de M. Yannick d’Escatha, 2022-11-29)

_Refus catégorique de divulgation qui structure toute l'audition et illustre l'obstacle posé à la commission par la classification d'un rapport pourtant commenté dans la presse par le ministre._

« nous avons constaté une désaffection des jeunes pour le nucléaire ; à l’époque, ils ne voyaient pas d’avenir dans le nucléaire. C’était préoccupant, car les compétences, dans ce domaine, tendaient à disparaître. »

M. Yannick d’Escatha (audite, audition de M. Yannick d’Escatha, 2022-11-29)

_Seul élément substantiel concédé sur le rapport 2018 : le diagnostic de perte de compétences, devenu de notoriété publique._

« Quelle réponse avons-nous obtenue, monsieur Dubois ? Aucune. Le rapport a été remis puis classifié, et je n’en ai plus jamais entendu parler. »

M. Yannick d’Escatha (audite, audition de M. Yannick d’Escatha, 2022-11-29)

_Aveu d'inaction politique : une préconisation majeure de 2018 (palier d'EPR) restée totalement sans suite, alors que la relance n'a été annoncée qu'en 2022._

« Notre pays a laissé se développer une forme de concurrence sur l’EPR, qui a engendré d’importantes difficultés et pertes de temps. »

M. Cédric Lewandowski (audite, audition de M. Cédric Lewandowski, 2023-01-19)

_Met en cause la rivalité EDF-Areva non arbitrée par l'État dans l'échec industriel de l'EPR._

« Il ne s’agissait pas seulement d’une querelle de personnes, il y avait aussi des divergences stratégiques que l’État n’a pas arbitrées. »

M. Cédric Lewandowski (audite, audition de M. Cédric Lewandowski, 2023-01-19)

_Désigne la défaillance de l'État stratège dans la gouvernance de la filière nucléaire._

« Il a été classé de la sorte, car nous ne voulions pas établir deux rapports séparés pour, d’une part, le nucléaire civil ainsi que sa pérennité et pour, d’autre part, l’incidence d’une éventuelle perte de compétence civile en matière de défense. »

M. Benoît Ribadeau-Dumas (audite, audition de M. Benoît Ribadeau-Dumas, 2023-01-19)

_Explique le classement secret défense du rapport, central pour le débat sur la transparence du processus._

« La sortie du nucléaire n’a jamais été actée au plus haut niveau de l’État. Personne ne m’a jamais dit qu’aucun nouvel EPR ne serait construit. Une fois l’objectif de 50 % du mix électrique atteint, la construction de nouveaux réacteurs était probablement envisagée. »

M. Nicolas Hulot (audite, audition de M. Nicolas Hulot, 2023-02-28)

_Hulot dement avoir programme une sortie du nucleaire, ce qui dedouane le gouvernement de l'epoque de cette accusation._

« Le nucléaire civil commençait à souffrir d’une perte de compétences. Puisqu’elle ne semblait pas toucher le nucléaire militaire, nous voulions nous inspirer des pratiques du ministère de la défense, notamment pour renforcer l’attractivité de ce secteur. Nous avons été un peu déçus, car le rapport ne traitait finalement pas ce sujet. »

Mme Michèle Pappalardo (audite, audition de M. Nicolas Hulot, 2023-02-28)

_Pappalardo explique l'intention RH du rapport d'Escatha et sa deception qu'il ait bascule vers une preconisation de construction d'EPR._