Relance minière, code minier et inventaire
Le corpus dresse un constat largement partagé : la France a perdu en une trentaine d'années sa souveraineté minérale. Lors de la table ronde du BRGM (M. Pierre-Franck Chevet e.a.), Christophe Poinssot illustre ce décrochage par deux chiffres : « 60 % du marché mondial de transformation des terres rares se situait dans une usine de La Rochelle dans les années 1980. Désormais, 99 % de ce marché est localisé en Chine. » Il mesure aussi l'érosion des compétences publiques — « environ 300 membres du BRGM travaillaient sur les ressources minérales » dans les années 1990, « contre 50 à 60 désormais » — et rappelle que « la réouverture de mines est longtemps restée un impensé du débat public en France ». Pierre-Franck Chevet (M. Pierre-Franck Chevet e.a.) ajoute que la désindustrialisation a déplacé plutôt que réduit la pollution : « Nous avons finalement exporté notre pollution », avec une hausse de 6 millions de tonnes d'émissions liées aux matières importées.
Plusieurs intervenants plaident la relance minière. La table ronde (M. Pierre-Franck Chevet e.a.) propose de « rouvrir des mines responsables en France et en Europe, sur le modèle scandinave ». Philippe Knoche (M. Philippe Knoche) déplore les freins administratifs : « ouvrir une mine – d'uranium ou autre – en France reste un sacerdoce ». Le député Francis Dubois (LR, Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) y voit un enjeu moral, le lithium et le cobalt étant importés « de pays pauvres où on ne se gêne pas pour faire travailler des enfants dans les mines ».
Un clivage porte sur le rattachement administratif de la politique minière. Stéphanie Dupuy-Lyon (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) défend sa thèse : « la mine et la ressource minérale sont d'abord des objets éminemment territoriaux, avant d'être des objets industriels », justifiant le rattachement au ministère de la transition écologique. Le président Raphaël Schellenberger (M. Thomas Courbe) conteste cette logique : « Placer la mine dans une direction chargée du logement et de la nature plutôt que dans une direction chargée d'industrie et de souveraineté correspond à un choix politique », et lie cette fragmentation amont/aval à l'incapacité française à travailler l'acceptabilité.
Sur les délais et la réforme, Poinssot (M. Pierre-Franck Chevet e.a.) souligne qu'« dix-sept années sont nécessaires entre la décision et l'ouverture d'une mine », ce qui rend l'objectif 2035 difficile. Dupuy-Lyon (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) reconnaît que la législation existante bloquait toute réouverture, et Brice Huet (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) admet que la crise « fut pour nous [...] une opportunité pour accélérer la réforme du code minier ».
Le projet d'Échassières (lithium, Imerys) sert de vitrine partagée : Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) y voit une réponse aux besoins batteries ; Dupuy-Lyon (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) chiffre « un milliard d'euros d'investissement, 1 000 emplois [...] et une production [...] pour 700 000 véhicules électriques ». Enfin, sur l'environnement, Knoche (M. Philippe Knoche) relativise l'impact de La Hague (« inférieur à celui d'un aller-retour en avion ou d'un scanner thoracique »), provoquant une friction avec une députée Écolo-NUPES : « Je n'ai pas dit qu'il n'y avait pas de problèmes. »
Qui en parle
- Christophe Poinssot (BRGM, M. Pierre-Franck Chevet e.a.) : documente la perte de souveraineté, l'érosion des compétences et le délai de 17 ans ; pousse à reconstruire inventaire et savoir-faire.
- Pierre-Franck Chevet (M. Pierre-Franck Chevet e.a.) : la désindustrialisation a exporté la pollution ; plaide pour relocaliser.
- Mme Stéphanie Dupuy-Lyon (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) : la mine est un objet territorial avant d'être industriel ; Échassières comme modèle de mine responsable.
- M. le président Raphaël Schellenberger (M. Thomas Courbe) : conteste le rattachement écologique comme choix politique nuisant à l'acceptabilité.
- M. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe) : mobilise le projet Imerys pour la souveraineté batteries.
- M. Brice Huet (Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) : la crise a servi d'opportunité pour accélérer la réforme du code minier.
- M. Philippe Knoche (Orano, M. Philippe Knoche) : ouvrir une mine est un « sacerdoce » ; relativise l'impact environnemental de La Hague.
- M. Francis Dubois (LR, Mme Stéphanie Dupuy-Lyon) : argument moral pour relancer la mine nationale face aux importations.