Rôle des conseillers et fonctionnement gouvernemental
Le corpus aborde ce sujet sous deux angles principaux : le fonctionnement interne d'un gouvernement face à des désaccords sur l'énergie, et la question de la déontologie et des conflits d'intérêts des responsables passant entre sphères publique et privée. Plutôt que des constats partagés, il met surtout en lumière des positions individuelles défendues par les auditionnés face à des questions appuyées du président et du rapporteur.
Sur le fonctionnement gouvernemental, l'éclairage le plus développé vient de Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet), qui décrit sa position singulière de « ministre antinucléaire dans un gouvernement qui ne l'était pas » tout en estimant avoir « gagné la confiance et le respect du Premier ministre ». Elle résume la méthode jospinienne par la formule « liberté de parole avant toute décision, puis arbitrage qui s'impose à tous », mécanisme qui aurait permis sa coexistence avec une majorité pronucléaire. Un clivage apparaît avec le rapporteur Antoine Armand (Mme Dominique Voynet), qui cherche à établir une éventuelle menace de démission liée à la construction d'un EPR : « si le gouvernement [...] avait pris une telle décision, vous auriez démissionné ? ». Voynet requalifie cet épisode, expliquant avoir dit « Vous prendrez votre décision mais ce sera sans moi », « sur le ton de conversation, non de la menace ou du chantage ». Le rapporteur croise par ailleurs les témoignages pour mesurer son influence réelle, citant son conseiller Bernard Laponche et le Premier ministre Lionel Jospin, qui l'aurait qualifiée de « très faible, voire nulle » ; Voynet répond avec ironie que cela « ne devait pas beaucoup gêner [...] Jospin ». Le président Raphaël Schellenberger (Mme Dominique Voynet) recentre l'audition sur l'action ministérielle et la vision du mix énergétique.
Sur la déontologie, deux positions s'affirment. Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage) rejette l'accusation de conflit d'intérêts et revendique un standard supérieur à la norme : elle précise n'avoir pas plaidé « pour leur fermeture, mais contre leur construction » et renvoie au rapporteur, ancien serviteur de l'État, la difficulté du passage « d'une fonction privée à une fonction publique ». De son côté, Henri Proglio (M. Henri Proglio) présente son non-renouvellement comme une décision régalienne logique de l'actionnaire, sans turpitude cachée, et retourne contre l'État l'enquête sur les dossiers chinois : « jamais été publiée parce qu'elle a été classifiée secret-défense [...] J'aimerais qu'elle soit publiée. »
Enfin, Philippe Stohr (M. François Jacq) exprime une position de fond favorable à la complémentarité nucléaire/renouvelables : « nous aurions besoin de ces deux formes d'énergie pour atteindre notre objectif de mix énergétique pour 2050. » Le corpus illustre ainsi des trajectoires individuelles défendues face aux soupçons d'influence, de déontologie ou de positionnement, plus qu'un diagnostic commun.
Qui en parle
- Dominique Voynet (Mme Dominique Voynet) : décrit son rôle de ministre antinucléaire dans la majorité plurielle et la méthode de gouvernement jospinienne.
- Antoine Armand, rapporteur (Mme Dominique Voynet) : interroge l'influence réelle de Voynet et une possible menace de démission.
- Raphaël Schellenberger, président (Mme Dominique Voynet) : recentre l'audition sur l'action ministérielle et le mix énergétique.
- Corinne Lepage (Mme Corinne Lepage) : défend sa déontologie et rejette le conflit d'intérêts.
- Henri Proglio (M. Henri Proglio) : justifie son non-renouvellement et retourne l'enquête chinoise contre l'État.
- Philippe Stohr (M. François Jacq) : plaide la complémentarité nucléaire/renouvelables.