Souveraineté industrielle et chaînes de valeur
Le corpus aborde la souveraineté industrielle comme une dimension indissociable de la souveraineté énergétique, tout en révélant des divergences sur le diagnostic, le vocabulaire et les solutions.
Constats partagés. Plusieurs intervenants relient explicitement politique industrielle et politique énergétique. Selon M. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe), « la politique énergétique et la politique industrielle [sont] liées », même si « la responsabilité principale de la définition de la politique énergétique revient bien sûr au ministère de la Transition écologique » — un cadrage qui circonscrit d'emblée son champ de responsabilité. Un point de convergence concerne la dépendance industrielle aux énergies renouvelables : Alexandre Grillat (M. Jacky Chorin e.a.) souligne que la France et l'UE maîtrisent « l'ensemble de l'écosystème industriel du nucléaire, de l'amont à l'aval », alors que « bon nombre d'équipements [renouvelables] installés en Europe sont conçus et fabriqués en Chine ».
Désaccords et clivages. Le principal clivage porte sur l'ancienneté de la prise de conscience. M. Courbe (M. Thomas Courbe) défend une lecture où « la volonté politique préexistait » et a été « renforcée lors du quinquennat précédent », l'action publique ayant surtout été bridée par le cadre européen ; il explique l'intensification récente de la réponse aux vulnérabilités (médicaments, électronique) par l'aggravation objective des tensions d'approvisionnement entre 2011 et 2020. À l'inverse, M. Yves Bréchet (M. Yves Bréchet) y voit un angle mort durable : « La notion de souveraineté industrielle est – hélas ! – une découverte récente dans les instances gouvernementales. En six ans d'exercice de mes fonctions, je n'ai jamais entendu ce mot ailleurs que dans le secteur de la défense. » Il illustre cette absence de réflexe par l'anecdote d'un interlocuteur ministériel répondant « si on a besoin de cette technologie, monsieur, on l'achètera aux Chinois ! ».
Un second clivage est lexical. Christophe Béguinet (M. Jacky Chorin e.a., CFDT) préfère, à la suite de Jacques Percebois, le concept de vulnérabilité à celui de souveraineté : « si l'Allemagne avait disposé de terminaux méthaniers, elle n'aurait pas été plus souveraine, mais elle aurait été moins vulnérable. » Grillat (M. Jacky Chorin e.a., CFE-CGC) défend au contraire une posture offensive : « dans un monde de carnivores, se comporter en herbivore est suicidaire. »
Points saillants et chiffres. Grillat (M. Jacky Chorin e.a.) plaide pour délaisser « la logique du tout ENR électriques intermittentes » importées au profit des « ENR thermiques, gazières et hydroélectriques » souveraines, et alerte sur le risque de « remplacer [la] dépendance au gaz russe par une dépendance à l'hydrogène non européen ». M. Bréchet (M. Yves Bréchet) quantifie l'enjeu de l'abandon des réacteurs à neutrons rapides (RNR) : « une faute historique grave », privant la France de « siècles d'indépendance énergétique » via la valorisation de « nos 300 000 tonnes d'uranium enrichi ».
Qui en parle
- M. Thomas Courbe (M. Thomas Courbe, DGE) : lien industrie-énergie réel mais responsabilité énergétique externe ; la volonté politique préexistait, bridée par le cadre européen.
- M. Yves Bréchet (M. Yves Bréchet) : la souveraineté industrielle est absente de la décision publique hors défense ; abandon des RNR vu comme une faute historique.
- Alexandre Grillat (M. Jacky Chorin e.a., CFE-CGC) : souveraineté offensive, distinction EnR importées / EnR souveraines, alerte sur l'hydrogène importé.
- Christophe Béguinet (M. Jacky Chorin e.a., CFDT) : préfère le concept de vulnérabilité à celui de souveraineté (réf. Percebois).