La part du citoyenTikTok et les mineurs
Laure Miller

Laure Miller

Role dans la commission : Rapporteure de la commission — groupe EPR

Biographie

Laure Miller est née le 25 décembre 1983 à Reims (Marne). Elle a étudié à l'université Paris 1

Panthéon-Sorbonne et a exercé la profession d'avocate (droit des affaires et droit de la famille) ;

« avocate » est la profession déclarée sur sa fiche de l'Assemblée nationale.

Élue conseillère municipale de Reims en mars 2014, elle est vice-présidente du conseil départemental de la

Marne du 29 mars 2015 au 16 février 2023. Son parcours partisan passe par l'UMP puis Les Républicains

(2015-2022), avant qu'elle ne rejoigne la majorité présidentielle (Renaissance / Ensemble) en 2022. Candidate

malheureuse dans la 2e circonscription de la Marne aux législatives de 2022, elle est élue députée de cette

circonscription (Reims-nord) lors d'une élection partielle fin janvier 2023, puis réélue en juillet 2024 face

à la candidate du Rassemblement national. Elle siège dans le groupe Ensemble pour la République (EPR) et est

membre de la commission des lois constitutionnelles, de la législation et de l'administration générale de la

République.

En mars 2025, elle est désignée rapporteure de la commission d'enquête de l'Assemblée nationale sur les effets

psychologiques de TikTok sur les mineurs, présidée par le député socialiste Arthur Delaporte. Le rapport, de

273 pages, est présenté le 11 septembre 2025 et adopté à l'unanimité des membres de la commission. Ses

préconisations principales : interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans (hors messageries),

« couvre-feu numérique » de 22 h à 8 h pour les 15-18 ans, interdiction du téléphone portable au lycée,

diversification algorithmique et renforcement des sanctions contre les plateformes.

Dans le prolongement de ces travaux, elle dépose en novembre 2025 une proposition de loi visant à protéger les

mineurs des risques liés aux réseaux sociaux. Le texte est adopté en première lecture à l'Assemblée nationale

le 26 janvier 2026 (130 voix pour, 21 contre), modifié par le Sénat le 31 mars 2026, puis définitivement

adopté par le Parlement le 21 juillet 2026 après commission mixte paritaire. Il prévoit l'interdiction de

création de comptes pour les moins de 15 ans à compter du 1er septembre 2026 et la mise en conformité des

comptes existants au 1er janvier 2027, ainsi que l'extension de l'interdiction du téléphone portable au lycée.

Un recours devant le Conseil constitutionnel a été annoncé par des parlementaires socialistes.

Elle est par ailleurs la petite-nièce de René Dumont, agronome et candidat écologiste à l'élection

présidentielle de 1974.

Dans la commission

Le dossier corpus recense 363 interventions de Laure Miller réparties sur 67 auditions (M. Yannick Carriou à Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux) —

c'est, avec le président Delaporte, la voix la plus présente du corpus. Les citations extraites couvrent

principalement le premier tiers des travaux (M. Yannick Carriou à cr08c) ; la synthèse ci-dessous s'appuie uniquement sur

ces extraits sourcés.

Une exigence de preuve posée d'emblée. Elle ouvre les travaux en fixant un standard méthodologique :

« Notre objectif, dans un premier temps, est d'objectiver les choses et d'établir un diagnostic, en nous

appuyant non pas sur des impressions mais sur des données robustes. » (M. Yannick Carriou) Ce fil revient audition après

audition sous la forme d'une question sur la causalité : « établiriez-vous un lien de causalité direct entre

l'utilisation de TikTok par un enfant ou un adolescent et la dégradation de sa santé mentale ? » (cr04a), puis

« Ne nous manque-t-il pas un diagnostic scientifique du lien de causalité entre l'usage de TikTok et la

dégradation de la santé mentale des jeunes ? » (cr04c). Elle constate elle-même la difficulté :

« nous nous heurtons à la difficulté majeure qui est celle d'établir un lien direct et scientifiquement

indiscutable entre leur usage et l'altération de la santé mentale des jeunes. » (cr07b)

De l'incertitude scientifique au principe de précaution. Ce constat ne la conduit pas à l'attentisme : dans

la même audition, elle demande « ne devrions-nous pas, dans l'incertitude, privilégier une posture de prudence

et appliquer le principe de précaution ? » (cr07b). Elle interroge aussi la portée du dommage : « L'usage des

réseaux sociaux altère-t-il uniquement la santé mentale de jeunes déjà fragiles, ou les conséquences

touchent-elles tous les enfants de manière générale ? » (cr05b), et « Pensez-vous que cette distinction entre

le grand public et les plus fragiles d'entre nous soit pertinente pour atteindre notre objectif de régulation

ou de contrôle de l'algorithme ? » (cr04c).

Un doute assumé sur l'efficacité de la régulation. Plusieurs de ses questions testent auprès des

auditionnés l'hypothèse que réguler ne suffira pas : « En prenant un peu de recul, on s'aperçoit que TikTok n'a

aucun intérêt à modifier son algorithme, voire à modérer certains contenus. Nos efforts pour encadrer ou

réguler son activité ne sont-ils pas vains ? » (cr04b) ; « Ne pensez-vous pas que le travail de régulation des

réseaux sociaux dans lequel nous sommes engagés est vain ? Ces réseaux obéissent en effet à une logique

économique et non éthique. Ils conserveront toujours une longueur d'avance sur le régulateur. » (cr06b). Elle

en tire une question récurrente sur l'escalade des moyens : « Puisqu'elle n'a aucun intérêt à revoir ses

pratiques, comment l'y contraindre ? La solution n'est-elle pas de prendre des décisions plus radicales ? »

(cr04b), « Ne devrions-nous pas être plus volontaristes et plus radicaux pour les protéger ? » (cr04c), et,

formulée explicitement, l'option de l'interdiction : « Ne pensez-vous pas que, compte tenu du mode de

fonctionnement et du modèle économique des réseaux sociaux, il faudrait interdire purement et simplement leur

accès aux jeunes, en dessous d'un âge qui serait à déterminer ? » (cr08b).

La vérification de l'âge et le contrôle parental comme angle mort. Elle revient régulièrement sur

l'ineffectivité du seuil des 13 ans : « L'usage de TikTok est interdit avant 13 ans. Avez-vous recueilli des

données quant à l'inscription d'enfants de moins de 13 ans sur cette plateforme ? » (M. Yannick Carriou) ; « De quels

éléments disposez-vous pour affirmer qu'un grand nombre d'utilisateurs mentent sur leur âge ? » (cr03a) ;

« Le contrôle de l'âge n'est pas effectif, puisqu'il suffit de donner une fausse date de naissance et une

fausse photographie pour accéder à la plateforme, et les contrôles a posteriori sont rares. Par conséquent,

n'est-il pas illusoire de vouloir réguler un réseau social qui ne le veut pas de toute évidence ? » (cr03b).

Côté familles, elle cherche des mesures : « avez-vous réalisé des études sur la part des parents ayant activé

un contrôle sur le téléphone de leur enfant ? » (M. Yannick Carriou).

Le cadre juridique européen et la responsabilité des plateformes. Elle sonde la suffisance des outils

existants — « Pensez-vous que les dispositifs actuels, comme le RGPD ou le règlement (UE) 2022/2065 […] dit

Digital services act (DSA), sont suffisants pour protéger les individus ? » (cr04a) — et fait préciser les

pistes de responsabilisation avancées par les auditionnés : requalifier les plateformes « non plus comme de

simples hébergeurs mais comme de véritables éditeurs de contenu » et « leur imposer des sanctions financières,

à travers des amendes suffisamment dissuasives » (cr07a). Elle situe certains leviers au bon échelon :

« Vous convenez avec moi que la question de l'interopérabilité ne pourra que se régler à l'échelle européenne

et non nationale. » (cr06b), et pose la question de la souveraineté : « À vos yeux, les États doivent-ils

reconquérir une part de leur souveraineté numérique afin de retrouver une véritable autonomie dans la manière

dont ils encadrent l'accès des jeunes à ces plateformes ? » (cr07a).

Le fonctionnement de l'algorithme, expliqué et contesté. Elle demande aux spécialistes de définir le mot

lui-même — « Nous n'avons plus que le mot « algorithme » à la bouche, mais est-ce que nous l'employons de manière

pertinente ? Pourriez-vous nous donner une définition concrète et simple de ce terme ? » (cr05a) — et décrit

l'effet d'enfermement : « il suffit de s'arrêter un peu plus longtemps que d'habitude sur une vidéo, y compris

parce qu'elle vous choque, pour que l'algorithme vous en propose de similaires. Cela peut avoir un effet

extrêmement nocif. » (cr03b). Elle relaie l'idée d'intrusivité — « Vous dépeignez l'algorithme de TikTok comme

extrêmement intrusif, car il capte des informations que les utilisateurs n'ont pas choisi de livrer. »

(cr06b) — et relativise l'argument des contenus positifs par une image : « Même si une bibliothèque contient

des livres de Stendhal, ceux-ci pourront être cachés par des piles de livres plus attrayants. » (cr08b).

La bonne foi de TikTok mise en question. Elle interroge le « virage éducatif » revendiqué par la plateforme

(« Pourriez-vous nous en dire plus sur ces intentions éducatives, qui échappent à première vue ? », cr03a) et

formule, à propos d'un rapport administratif antérieur, un jugement direct : « Votre rapport montre que TikTok

nous balade, pour parler un peu franchement, qu'il s'agisse du contrôle de l'âge, de la modération, de la

politique du prétendu bien-être numérique, qui paraît avoir assez peu de contenu, ou même de la description de

l'application. » (cr06a) Elle s'intéresse aussi aux conditions concrètes de la modération et aux anciens

modérateurs (cr04b), et à la valeur économique des mineurs pour les plateformes : « pourrez-vous nous préciser

la source de vos données sur la valeur monétaire des enfants pour les réseaux ? » (cr05b).

Une conviction personnelle exprimée sans détour. À plusieurs reprises elle sort du registre interrogatif :

« j'ai le sentiment que l'usage excessif des applications, et particulièrement de TikTok, est en train

d'abîmer des générations entières. » (cr04c) ; « les réseaux sociaux ont des conséquences psychologiques

importantes et sont en train d'abîmer des générations d'enfants. » (cr05b) ; « Il est prouvé que le visionnage

de vidéos déclenche une décharge de dopamine toutes les cinq secondes, chez les jeunes comme chez les

adultes. » (cr08b). Elle défend également l'idée que l'ennui a une valeur : « L'ennui peut avoir des effets

positifs. Quand les réseaux sociaux n'existaient pas, les jeunes savaient s'occuper, lire, même s'ils n'avaient

pas accès à des activités extrascolaires du fait de leur catégorie sociale ! » (cr03b)

Le choix de cibler TikTok, justifié en séance. Elle explique le périmètre retenu : « il m'a semblé

pertinent – après en avoir débattu avec les autres membres de la commission – que nous nous focalisions sur le

réseau social qui est à l'heure actuelle le plus problématique et le plus utilisé par les mineurs. » (cr05a) Sa

lecture du rôle de la plateforme se précise en cours de travaux : « À la lumière de vos interventions, on

comprend que TikTok n'est pas forcément l'élément déclencheur mais qu'il amplifie largement le phénomène. »

(cr08c)

*Note de méthode : les citations disponibles dans le dossier corpus s'arrêtent à cr08c ; les auditions

ultérieures (cr09 à Audition — M. X, ancien modérateur sur les réseaux sociaux), où elle intervient également, ne sont pas couvertes par des extraits sourcés.*

Sources