La part du citoyenTikTok et les mineurs

22 mai 2025 · réunion n°15

Audition — le Conseil national de l'ordre des médecins (CNOM) et des médecins présents sur TikTok

MJMarion JoudBMBaptiste Carreira Mellier

Qui est auditionné

L'audition est en réalité une table ronde de six intervenants, indexée ici sous le nom de Mme Marion Joud, cofondatrice d'Elema Agency — une agence disposant d'un département d'accompagnement des professionnels de santé sur les réseaux sociaux, adhérente à l'Union des métiers de l'influence et des créateurs de contenu (Umicc). Autour d'elle : le Dr Jean-Marcel Mourgues, vice-président du Conseil national de l'ordre des médecins (CNOM), chargé de la communication ; le Dr Raphaël Dachicourt, président du syndicat ReAGJIR (jeunes médecins généralistes) ; la Dre Nawale Hadouiri, praticien hospitalo-universitaire au CHU de Dijon et créatrice de contenu ; M. Baptiste Carreira Mellier, psychologue et neuropsychologue en cabinet ; Mme Sophia Rakrouki, sage-femme à l'AP-HP Jean-Verdier. Tous ont prêté serment. Le président Arthur Delaporte les présente d'emblée comme des professionnels « qui apportent la contradiction et rétablissent la vérité face aux allégations médicales, parfois dangereuses, sur les réseaux sociaux » — un cadrage de la présidence, qui oriente l'audition vers la désinformation santé plutôt que vers le design de la plateforme. Ce profil éclaire la position du panel : ce sont des utilisateurs actifs de TikTok, pas des adversaires de principe ; ils défendent leur présence sur la plateforme autant qu'ils en dénoncent les effets.

La substance

Le fil rouge est la désinformation médicale. Mme Rakrouki décrit « un tsunami de désinformation » : un millier de comptes vendant des compléments censés « déboucher les trompes » ou donner « 98 % de chances d'avoir un enfant », des « coachings en fertilité » facturés plusieurs centaines à plusieurs milliers d'euros. Le CNOM signale surtout, sur TikTok, des actes esthétiques illégaux (injections de toxine botulique, d'acide hyaluronique), difficiles à poursuivre car leurs auteurs usent de pseudonymes ; la section santé publique traite de tels signalements au moins une fois par semaine.

Sur l'algorithme, la thèse est convergente : M. Carreira Mellier affirme que « les algorithmes favorisent malheureusement les contenus polémiques, générant plus d'engagement, au détriment d'un discours scientifique rigoureux » ; la Dre Hadouiri ajoute que pour être visible, une vidéo de désinformation « doit devenir virale » ; le Dr Dachicourt décrit un « effet de chambre d'écho » qui fait des mineurs des « cibles faciles ».

Les chiffres, tous attribués : un sondage IFOP 2023 cité par le Dr Dachicourt (49 % des 15-24 ans utilisent TikTok quotidiennement, 59 % s'en servent comme moteur de recherche, 45 % ne vérifient pas les informations) ; 70 % des 15-17 ans quotidiennement, environ 2 h/jour (Dachicourt) ; plus de 60 % des moins de 30 ans, plus de 3 h/jour de visionnage (Hadouiri, source non précisée).

Deux nuances importantes viennent des auditionnés eux-mêmes. Le CNOM relativise le ciblage de TikTok : « Concernant les fausses informations en matière de santé, notre expérience montre qu'Instagram et YouTube sont davantage impliqués que TikTok. » Et le psychologue borne la science : les études « mettent en évidence des liens de corrélation entre l'utilisation des écrans et la santé mentale […] avec une taille d'effet modérée » — corrélation, pas causalité, même si le CNOM affirme par ailleurs, comme un fait, que « la surexposition aux écrans affecte le neurodéveloppement et la plasticité cérébrale ».

Les enjeux et les confrontations

Il n'y a pas d'affrontement avec le panel : la tension porte sur TikTok, absent. La rapporteure Laure Miller pose trois questions directrices — en quoi TikTok serait « plus problématique que les autres réseaux sociaux » ; comment concurrencer les contenus dangereux (elle cite le « Paracétamol Challenge » et pousse les soignants à concevoir des contenus « plus percutants et moins nuancés ») ; et si « instaurer une limite d'âge pourrait protéger les publics les plus sensibles ». Sur ce dernier point, le panel n'appuie pas frontalement une interdiction : il renvoie à la recommandation de limiter l'exposition des moins de six ans, à l'éducation, à l'inclusion des parents, et — pour la Dre Hadouiri — à d'éventuelles sanctions pénales pour les créateurs récidivistes.

Le point de friction est la modération. Les signalements n'aboutiraient qu'à « merci d'avoir signalé » ; la Dre Hadouiri, sur le « Labello Challenge » et des régimes dangereux, déclare : « Malgré mes signalements, je n'ai jamais reçu de message ni constaté leur retrait de ces vidéos. » Mme Joud rapporte des vidéos deepfake du docteur Marine Lorphelin vantant des compléments : « Cela fait déjà une à deux semaines que nous signalons ces contenus. […] Malgré cela, à ce jour, tout est encore en ligne. » Le CNOM restitue la défense de la plateforme, entendue lors d'une « unique rencontre » : modération par IA avec seconde lecture humaine pour les contenus suspects. Le président clôt en interpellant publiquement « les affaires publiques de TikTok », annonçant qu'il les interrogera si ces contenus subsistent dans deux semaines.

Ce que l'audition apporte

Un éclairage de terrain sur les délais de retrait et l'asymétrie entre production de désinformation et débunkage, et un jeu de demandes opérationnelles : voie de signalement prioritaire avec réponse obligatoire, pondération et certification des signalements adossés au numéro RPPS, extension aux autres plateformes de la charte CNOM-YouTube, et bascule du « débunk » vers le « prébunk » défendue par le Dr Dachicourt.