La part du citoyenAudiovisuel public

25 février 2026 · réunion n°44

Audition, ouverte à la presse, des représentants de la société de production Banijay Group : M. Stéphane Courbit, président, M. François Riahi, directeur général, Mme Alexia Laroche-Joubert, présidente-directrice générale (Banijay France), et M. Jean-François Rubinstein, directeur général (Banijay France)

SCStéphane CourbitFRFrançois RiahiMme Alexia Laroche-JoubertAlexia Laroche-JoubertJRJean-François Rubinstein

Qui est auditionné

La commission d'enquête sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l'audiovisuel public (AN, 17ᵉ lég.) entend, sous serment, quatre dirigeants de Banijay Group, présenté par le président Patrier-Leitus comme « le leader mondial du divertissement » : Stéphane Courbit (fondateur, via sa holding LOV Group), François Riahi (directeur général du groupe, ancien inspecteur des finances et conseiller budget de Nicolas Sarkozy), Alexia Laroche-Joubert (PDG de Banijay France) et Jean-François Rubinstein (DG de Banijay France). Ils s'expriment comme producteurs et industriels, fournisseurs de programmes de flux et de fiction (« Fort Boyard », « N'oubliez pas les paroles ! », « Koh-Lanta », « Drag Race France ») pour France Télévisions et pour de nombreux diffuseurs dans le monde.

La substance

La thèse centrale de Banijay est double : aucune dépendance au service public et aucun rôle éditorial. Riahi chiffre : « le chiffre d'affaires que nous réalisons avec France Télévisions représente environ 1 % de notre chiffre d'affaires global » (mondial ~7 Mds€), soit ~30 % du CA de Banijay France seulement. Sur les 11 % des achats de programmes de FTV attribués à Banijay par la commission, il juge le chiffre « presque décevant » pour un leader mondial. Le groupe rappelle qu'il détient la propriété intellectuelle de ses formats, qu'il pourrait vendre ailleurs, que sa marge de production est « de l'ordre de 10 % » (14-15 % groupe, distribution comprise), et « qu'aucune des émissions que nous produisons pour France Télévisions n'est à caractère journalistique ou d'opinion ».

Sur les missions du service public, Courbit renvoie la question de fond au politique : « Le service public doit-il proposer des programmes de niche […] ou doit-il s'adresser au plus grand nombre, puisqu'il est financé par le plus grand nombre ? » Il défend la légitimité des jeux (« ils plaisent au plus grand nombre ; or ce plus grand nombre est aussi celui qui finance la télévision publique ») et l'externalisation de la production (« aucune chaîne de télévision dans le monde n'a internalisé sa production »). Sur le financement, Riahi, opposé jadis à la suppression de la publicité, juge l'équilibre mixte actuel « pas si mal » et avertit qu'une suppression totale coûterait plus cher à l'État.

Les enjeux et confrontations

L'audition est instruite à charge par le rapporteur Charles Alloncle sur trois fronts. Les allers-retours public/privé : il documente le parcours de Takis Candilis et de Catherine Alvaresse, relève 31 puis 35 procédures de déport, et demande à Courbit de reconnaître « une sorte de doute ou de soupçon ». Courbit refuse (« je ne crois pas qu'il puisse y avoir une ambiguïté, car j'ai l'esprit bienveillant »), et Riahi met en garde : durcir les règles ferait qu'« il n'y aura plus à France Télévisions que des gens qui n'ont pas de compétence dans ce secteur ». Les marges : le rapporteur oppose une marge auditée de « 42 % » sur « Chacun son tour » (Nagui) aux 15 % de « Fort Boyard » ; Banijay conteste, y voyant non une rémunération de Nagui mais « une valorisation du travail effectué par ces deux personnes en tant que producteurs », versée à une société. Le débat reste ouvert, le rapporteur invitant à des compléments écrits. « Drag Race France » : Alloncle, citant des propos « woke » de participants, demande « en quoi cette émission remplit-elle véritablement une mission de service public ? » ; Courbit se dit « bourgeois conservateur » sans en faire une règle de production, et renvoie le choix éditorial à FTV.

Deux députées de gauche ouvrent un autre front : Ersilia Soudais (LFI) et Ayda Hadizadeh (SOC) interrogent les liens présumés de Courbit avec Rachida Dati (carnets à spirale saisis, cabinet d'avocats, Légion d'honneur remise en décembre 2025), suggérant un lien avec l'obtention de contrats publics. Courbit dément : « Mme Dati n'a jamais travaillé pour nous – je le fais sous serment ». Ces insinuations restent portées par leurs auteures, sans élément établi. Le président Patrier-Leitus recadre à plusieurs reprises Soudais sur la conduite des débats.

Ce que l'audition apporte

Elle verse au dossier la doctrine d'un producteur dominant : externalisation défendue comme garantie de talent, de concurrence et d'IP ; renvoi systématique de la responsabilité éditoriale (contenus, jeux, ligne) à France Télévisions et au législateur (« J'aime autant que ce soit vous qui écriviez le rapport… »). Elle documente, sans les trancher, deux points sensibles pour le futur rapport : l'adéquation des procédures de déport face aux allers-retours public/privé, et la lecture des marges/valorisations sur argent public — Banijay affirmant une transparence totale (« le capot est constamment ouvert »), le rapporteur maintenant ses écarts d'audit. Enfin, l'audition nourrit le débat sur la souveraineté (champion français face aux plateformes américaines), la fiscalité (tax rebate/C2I, taxe sur les jeux) et le maintien de la publicité comme condition de soutenabilité budgétaire.