Qui est auditionné
Il s'agit de la reprise (la première, le 12 février, ayant été écourtée par un vote dans l'hémicycle) de l'audition des représentants de France TV Slash, l'offre numérique de France Télévisions destinée aux jeunes adultes. La délégation est large : Alexandre Dureux, directeur délégué des programmes chargé des contenus jeunes publics (interlocuteur principal) ; Tiphaine de Raguenel, directrice des publics et de la stratégie éditoriale ; Paul Joalland, responsable de Slash ; Alexandra Da Silva, social media manager ; Amandine Roussel, directrice de la plateforme digitale Okoo-Slash ; et Diane Saint-Réquier, ancienne chargée de l'émission « Sexy Soucis », aujourd'hui hors de France Télévisions. La séance est présidée par François-Xavier Ceccoli ; l'interrogatoire est mené par le rapporteur Charles Alloncle (UDR).
La substance
L'audition n'est pas budgétaire mais éditoriale : le rapporteur y déploie un réquisitoire sur ce qu'il qualifie de « traitement militant » et d'« absence de neutralité » de Slash, média financé « par nos impôts ». Il énumère, pièces datées à l'appui, une série de contenus des années 2019-2021 : vidéo « #Climat + Clito = #Clicli », promotion de la Marche pour le climat, reportage sur des militants ayant décroché des portraits d'Emmanuel Macron, près d'une dizaine de posts de soutien à Black Lives Matter et au comité Adama Traoré (cagnottes, écriture inclusive, « reconnaître son privilège blanc »), promotion des comptes PayeTonHidjab, contenus sur les discriminations à l'embauche, déboulonnage de statues. Il verse aussi les tweets personnels de Mme Saint-Réquier (« ACAB », « le racisme anti-blanc n'existe pas », la France « profondément antisémite et islamophobe ») et un article du Parisien selon lequel France Télévisions aurait conseillé à ses auditionnés de « faire long, chiant, technique et lénifiant ».
La défense des représentants s'articule autour de quelques axes constants : Slash s'adresse aux 18-30 ans « et cette position n'a jamais changé » (Dureux), contre la tranche 15-35 (incluant des mineurs) avancée par le rapporteur ; « Slash n'est pas un média d'information » et « ne traite pas de politique » (Dureux, Roussel) ; la lutte contre les discriminations est une obligation du cahier des charges (article 37) ; « aucun des contenus publiés par Slash [...] n'a fait l'objet d'une mise en garde ou d'une intervention de l'Arcom » (de Raguenel). Deux corrections chiffrées marquantes : le budget n'est pas « près de 20 millions » mais « 13,2 millions par an [...] 0,6 % du budget total du groupe » (Roussel — 16 M€ en 2024, 13 M€ en 2025), et les contenus natifs sur réseaux sociaux ne pèsent qu'« environ 8 % » de ce budget. Slash revendique un demi-milliard de vues en un an et une mission de « créer du commun pour faire nation ».
Les enjeux et les confrontations
L'audition est ouvertement conflictuelle et polarisée. Le rapporteur pose un test de pluralisme — « pouvez-vous me citer un reportage ayant suivi un comité de jeunes identifiés plutôt à droite ? » — qui reste sans contre-exemple en séance ; il en conclut : « vous n'avez aucun exemple de respect du pluralisme ». Mme de Raguenel oppose que « le pluralisme de France Télévisions ne se résume pas au contenu de Slash », argument que le président retourne aussitôt en aveu possible (« la pluralité n'existe pas forcément sur Slash ? »), ce qu'elle réfute. Plusieurs griefs portant sur des contenus de 2019-2020 se heurtent à des esquives par défaut de mémoire (« je n'ai vraiment aucun souvenir du contenu »), les responsables actuels n'étant pas en poste à l'époque.
Deux points de fragilisation des pièces à charge émergent. Dureux ne nie pas frontalement la citation qui lui est attribuée (« positions [...] voire militantes ») mais s'étonne « qu'une réunion [...] puisse être enregistrée à mon insu », déplaçant le débat vers la loyauté de la source (Off Investigation). Mme Saint-Réquier rectifie une citation du rapporteur (le slogan « Zemmour au milieu » était un graffiti photographié, « ce n'étaient pas mes mots ») et refuse de continuer à répondre sur ses tweets personnels, qu'elle rattache à sa « liberté d'expression ». À l'autre bord, la députée Ersilia Soudais (LFI-NFP) dénonce un « acharnement », lance au rapporteur « vous vous êtes trompé de carrière » puis « C'est du harcèlement ! », requalifiant l'audition en procès politique.
Ce que l'audition apporte au dossier
Le dossier en retire d'abord un fait chiffré rectifié et contradictoire : le coût réel de Slash (13,2 M€, 0,6 % du groupe, dont ~8 % de natif), le rapporteur reconnaissant en séance le chiffre de 13 M€. Il documente ensuite une concession managériale — Dureux admet « ne pas assumer pleinement l'intégralité des posts » cités, dépubliés ou corrigés — et une lacune de gouvernance reconnue : l'absence de clause éthique sur les réseaux sociaux dans le contrat de Mme Saint-Réquier (généralisée depuis mars 2018), et l'absence, à l'époque, de contrôle des comptes personnels des collaborateurs, désormais systématisé. Enfin, l'audition met à nu la méthode contestée de la commission (citation issue d'un enregistrement clandestin, insinuation d'obstruction) et la ligne de fracture partisane qui traverse ses travaux, l'audiovisuel public opposant à l'accusation de partialité l'argument de la conformité au cahier des charges et de l'absence de sanction de l'Arcom.