La part du citoyenAudiovisuel public

26 mars 2026 · réunion n°54

Table-ronde, ouverte à la presse, sur l’information scientifique : M. François de Rugy, ancien Président de l’Assemblée nationale, ancien ministre d’État, ancien ministre de la transition écologique et solidaire, Mme Agnès Buzyn, ancienne ministre des solidarités et de la santé, fondatrice du think tank Évidences , Mme Mélanie Heard, déléguée générale du think tank Évidences , Mme Géraldine Woessner, rédactrice en chef du pôle Environnement pour le journal Le Point , M. François-Marie Bréon, professeur au Collège de France, physicien, climatologue, ancien président de l’Association française pour l’information scientifique (AFIS), Mme Eva Morel, secrétaire générale, et M. Jean Sauvignon, directeur Data de l’association QuotaClimat

M. François de RugyFrançois de RugyABAgnès BuzynMHMélanie HeardGWGéraldine WoessnerM. François-Marie BréonFrançois-Marie BréonEMEva MorelJSJean Sauvignon

Qui est auditionné

Dernière audition de la journée, cette table ronde ouverte à la presse porte sur l'information scientifique dans l'audiovisuel public. Sept intervenants aux angles opposés sont réunis. D'un côté, un pôle critique : François de Rugy (ancien président de l'Assemblée, ancien ministre de la transition écologique, animateur d'une chaîne YouTube « Et si l'économie sauvait l'écologie ? »), Agnès Buzyn (ancienne ministre de la santé, fondatrice du think tank Évidences, accompagnée de Mélanie Heard), Géraldine Woessner (rédactrice en chef du pôle Environnement du Point) et François-Marie Bréon (physicien-climatologue, professeur au Collège de France, porte-parole et ancien président de l'AFIS). De l'autre, l'association QuotaClimat (Eva Morel, secrétaire générale, et Jean Sauvignon, directeur Data), qui défend l'audiovisuel public. La séance est présidée par Jérémie Patrier-Leitus, avec le rapporteur Charles Alloncle (UDR).

La substance

Le pôle critique développe une thèse commune : le service public, financé par l'impôt, doit une exemplarité supérieure au privé, et il y manquerait sur les sujets à la croisée de la science et de la politique. de Rugy pointe un « problème majeur : la coproduction de contenus d'information avec certaines ONG », qui « ne doivent ni fournir l'expertise ni structurer seules le récit ». Bréon pose la distinction cardinale de la séance : le réchauffement anthropique fait « un consensus total », mais « le choix des mesures ne relève pas de la science. La science n'est pas prescriptive des choix politiques » ; il dénonce un « biais de cadrage » en faveur de l'écologie politique, notamment sur le nucléaire. Woessner situe la dérive à l'arrivée de la TNT (2005-2010) et à la « course au scandale » ; elle réclame le seul respect de la Charte de Munich et affirme comme « vérités » que « les OGM ne sont pas dangereux pour la santé ; l'acétamipride ne provoque pas de cancer ». Buzyn déplace le débat vers la formation des journalistes et un « déficit massif de compréhension de la méthode scientifique ».

Face à eux, QuotaClimat oppose des données : « 665 cas de mésinformation climatique non contredite [...] en 2025 », un service public « nettement moins perméable » que le privé (France Inter « trente fois moins » que Sud Radio), et l'argument que « dans le service public, 90 % des cas proviennent d'invités ouvertement politiques ». Sauvignon défend sa méthodologie (périmètre Arcom des programmes d'information, IA réduite à un dictionnaire de 2 000 mots-clés, vérification manuelle par Science Feedback, « aucun cas [...] validé par une IA seule »). Morel revendique un engagement encadré par des comités scientifiques (dont des membres du Giec) et se dit favorable à « un observatoire institutionnalisé ».

Les enjeux et confrontations

Le cœur du clivage est le statut de celui qui parle (militant ou expert), cristallisé sur Hugo Clément. Woessner accuse frontalement, en présence des intéressés : « l'idéologie de QuotaClimat prend le pas sur la science. On ne fait alors plus de science écologique mais de l'écologie politique. » Le rapporteur Alloncle instruit à charge plusieurs cas : la nomination de Stéphane Sitbon-Gomez (parcours EELV, « sans carte de presse », supervisant « près de 3 000 journalistes »), les « glyphotests » d'Élise Lucet (taux dit « énorme » présenté comme « 714 fois inférieur aux références sanitaires »), la série « Cannabis » de Mathieu Kassovitz, un « double standard » face à l'Institut Thomas More, et une réunion à l'Élysée qui aurait « positionné QuotaClimat comme organisation de référence » — ce que Morel conteste (« QuotaClimat n'a pas été positionné comme référent »).

La séquence la plus vive vient de la députée Ersilia Soudais (LFI-NFP), qui juge que trois invités « ont plutôt la tendance à raconter n'importe quoi », qualifie la chaîne de de Rugy d'« usine à désinformation » et demande à Buzyn et de Rugy s'ils ont été « influencés, voire payés [...] telles que Microsoft ». Le président intervient deux fois pour rappeler au respect. Buzyn dénonce « la diffamation » et des « relents d'antisémitisme » et évoque une plainte ; de Rugy répond n'être « pas payé par Microsoft » et renvoie à sa déclaration HATVP. QuotaClimat, pressé par le président et le rapporteur d'admettre des manquements du service public, reste défensif, ce que le président relève (« vous êtes très prudent »).

Ce que l'audition apporte

La table ronde met en tension deux lectures irréconciliables du même service public : biais militant diffus contre rempart contre la désinformation. Elle dégage néanmoins un point de convergence opérationnel — distinguer clairement à l'antenne militant et expert, afficher « d'où l'on parle » — et une piste institutionnelle portée par le président : « un régulateur réellement indépendant », direction dans laquelle « le rapporteur formulera ses propositions ». Le président récuse enfin la « prétention à l'objectivité absolue » d'observatoires eux-mêmes engagés, cadrant le débat non sur le droit à l'engagement mais sur sa confusion avec des outils présentés comme neutres.