La formation et les écoles de journalisme
Le corpus aborde la formation et les écoles de journalisme sous l'angle de leur rôle éventuel dans le manque de pluralisme des rédactions de l'audiovisuel public. Deux auditions le documentent : une table ronde d'écoles (Audition, ouverte à la presse, de représentants d’écoles de journalism, 2025-12-11) et l'audition de Jacques Cardoze, ancien présentateur de France Télévisions (M. Jacques Cardoze, 2026-03-31).
Le cadrage est posé par le président Jérémie Patrier-Leitus (Audition, ouverte à la presse, de représentants d’écoles de journalism), qui ancre le sujet dans une crise de confiance mesurée : « selon un sondage effectué en janvier 2025, seuls 32 % des Français pensaient que l'on pouvait avoir confiance dans ce que disent les médias sur les grands sujets d'actualité ». Il tient à ce que la commission traite « la question de l'enseignement et de la formation des journalistes », qu'il juge « essentiel[le] », en la distinguant explicitement de la « politique spectacle ».
Le principal clivage oppose une thèse de « formatage » politique à sa contestation par les écoles. Le rapporteur Charles Alloncle (Audition, ouverte à la presse, de représentants d’écoles de journalism) interroge un « formatage à Sciences Po qui contribue notamment à la radicalisation à gauche de la majorité des étudiants », s'appuyant sur des simulations de vote et sur les travaux d'Anne Muxel (CEVIPOF) ; en M. Jacques Cardoze, il avance que « sur environ 175 intervenants, seuls cinq venaient d'une rédaction qu'on pourrait qualifier plutôt de droite ou de centre droit » à l'école de journalisme de Sciences Po. La fiche note que ce « formatage » reste l'interprétation du rapporteur, non établie comme fait. À l'inverse, les directions d'écoles (Audition, ouverte à la presse, de représentants d’écoles de journalism) ne reconnaissent aucun formatage et invoquent la diversité des profils, des débouchés et l'apprentissage de la distance critique. Marie Mawad, doyenne de l'École de journalisme de Sciences Po, affirme : « Ce qui nous intéresse lorsque nous recrutons des étudiants, ce ne sont absolument pas leurs opinions politiques, que nous n'avons pas à connaître. » Pierre Savary (ESJ Lille) rattache l'indépendance de son école à son statut associatif loi 1901.
Jacques Cardoze (M. Jacques Cardoze) déplace la cause : il identifie une « ségrégation culturelle » — homogénéité sociologique du recrutement — qu'il juge « la question la plus importante » des travaux. Il avance qu'« il y a un protocole d'accord qui fait que les jeunes qui sont sélectionnés, en tous les cas pour "Complément d'enquête", ne peuvent venir que de Sciences Po », précisant que ce quasi-monopole ne vaut que pour les alternants.
Un second point de tension porte sur le conflit israélo-palestinien. Mawad témoigne d'un « climat à Sciences Po […] serein et studieux » et affirme, sous serment, l'absence de mobilisation étudiante ; interrogée, elle précise qu'après les perturbations du 12 mars 2024, « huit étudiants ont été renvoyés devant la commission disciplinaire […]. Aucun n'a été condamné ». Le président l'oppose à des témoignages d'étudiants et à sa propre expérience d'enseignant, sans établir de fait contraire. Ce même échange voit une tension procédurale interne : Patrier-Leitus révèle que le rapporteur « a présidé la section Jeunes UMP de Sciences Po Paris ».
Qui en parle
- Jérémie Patrier-Leitus (président, Audition, ouverte à la presse, de représentants d’écoles de journalism) : cadre le sujet sur la crise de confiance (32 %), défend la place de la formation dans les travaux et distancie la commission de la « politique spectacle ».
- Charles Alloncle (rapporteur, Audition, ouverte à la presse, de représentants d’écoles de journalism et M. Jacques Cardoze) : porte la thèse d'un « formatage » de Sciences Po et d'une radicalisation à gauche, appuyée sur des chiffres (5 sur 175 intervenants).
- Marie Mawad (doyenne, École de journalisme de Sciences Po, Audition, ouverte à la presse, de représentants d’écoles de journalism) : conteste tout formatage, écarte les opinions politiques du recrutement, décrit un climat serein.
- Pierre Savary (ESJ Lille, Audition, ouverte à la presse, de représentants d’écoles de journalism) : fonde l'indépendance de l'école sur son statut associatif.
- Jacques Cardoze (ancien présentateur, France Télévisions, M. Jacques Cardoze) : déplace le débat vers la « ségrégation culturelle » et le quasi-monopole Sciences Po pour l'alternance.