Gauche démocrate et républicaine (NUPES)
Fiche établie à partir des 7 questions analysées du groupe dans la commission d'enquête (souveraineté énergétique, AN 2022-2023). Le groupe est représenté par un unique député, Sébastien Jumel : la fiche est donc resserrée sur sa ligne. Sur les 7 interventions, l'une (M. Arnaud Montebourg) est une simple remarque de procédure sans contenu énergétique.
1. Ligne du groupe
Nucléaire. Le GDR est résolument pronucléaire, mais en tant qu'outil de souveraineté nationale et de service public, non comme objet de marché. Jumel défend l'« entreprise intégrée » comme instrument de souveraineté et réclame un financement public massif du programme nucléaire — il cite explicitement les « 100 milliards » de l'EPR2 et du grand carénage, dont il veut faire valider le calendrier et le montage public (M. Luc Rémont). Il juge « préjudiciable » la « pause politique » passée sur le nucléaire (M. Luc Rémont) et dénonce la contradiction de ceux qui affirment le rôle stratégique du nucléaire tout en transformant le statut d'EDF et en dérégulant (M. Nicolas Sarkozy).
Renouvelables / mix. Posture nuancée : le groupe conteste que le retard des ENR soit d'origine purement administrative et l'attribue aux « conflits d'usage mal anticipés » (Mme Catherine MacGregor). Le renouvelable n'est pas combattu mais subordonné à la même logique de planification publique et de PPE pilotée par l'État.
Marché européen & ARENH. C'est le cœur du clivage. Le groupe demande la suppression de l'ARENH (M. Arnaud Montebourg), qu'il qualifie de « rente pour des intermédiaires » (M. Nicolas Sarkozy), et un calendrier de sortie compatible avec le projet d'entreprise d'EDF (M. Luc Rémont). Il met en cause le marché européen, accusé de ne pas avoir protégé citoyens ni industries ni l'approvisionnement (Mme Catherine MacGregor), plaide pour une décorrélation du prix de l'électricité et du prix du gaz, et refuse explicitement la « concurrence libre et faussée à l'européenne » et le « dogme de Bruxelles » (M. Arnaud Montebourg, M. Nicolas Sarkozy).
Souveraineté / Europe. Ligne souverainiste de gauche : défense d'EDF comme entreprise publique intégrée et renationalisée (M. Arnaud Montebourg), défense du statut social des IEG comme levier d'attractivité des métiers (M. Luc Rémont), contrôle parlementaire des investisseurs étrangers dans le nucléaire — Jumel prépare un amendement et invoque des cas concrets (Thales, Safran en Normandie) pour étayer le risque de délocalisation et de fragilisation des sous-traitants (M. Luc Rémont).
Responsables désignés. Le groupe tient pour responsables de la perte de souveraineté : la logique actionnariale et la priorité aux dividendes au détriment de la R&D et de l'investissement (Mme Catherine MacGregor) ; les choix politiques de libéralisation et de dérégulation, y compris ceux engagés par les gouvernements passés (M. Luc Rémont, M. Nicolas Sarkozy) ; le marché européen et « l'allégeance à l'Allemagne » (M. Nicolas Sarkozy) ; l'« émiettement de l'outil énergétique » (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) ; et l'État actionnaire lui-même quand il « asphyxie » les sous-traitants (M. Arnaud Montebourg).
2. Stratégie de questionnement
Le groupe n'interroge pas pour s'informer : il fait valider sa propre thèse et instruit à charge contre le marché. Patterns récurrents :
- Question d'orientation pour ouvrir des portes au témoin allié. Face aux syndicats, Jumel — « instigateur de l'audition » — sollicite une liste de responsables et laisse les représentants développer la nationalisation et le statut IEG ; la précaution « il ne s'agit pas de régler des comptes » atténue l'accusation tout en la formulant (M. Philippe Page Le Mérour e.a.).
- Transformer un témoignage en caution d'un programme. Avec un ancien ministre socialiste devenu critique, il cherche à faire valider sa ligne de renationalisation et de rupture avec les règles européennes (M. Arnaud Montebourg).
- Le compliment-tremplin. Jumel « salue la première partie pronucléaire pour mieux attaquer la seconde, la dérégulation », cherchant à faire converger un témoin pronucléaire vers une critique du marché (M. Nicolas Sarkozy).
- L'ancrage par cas concrets (port méthanier du Havre « dans l'urgence » comme preuve d'impréparation, Mme Catherine MacGregor ; Thales/Safran, M. Luc Rémont) pour matérialiser l'argument souverainiste.
- L'instrumentalisation parlementaire : les auditions préparent des amendements (M. Luc Rémont).
3. Députés clés
Sébastien Jumel porte à lui seul l'intégralité des interventions du groupe. Angle : gauche communiste souverainiste, pronucléaire mais anti-marché, défense du service public intégré, du statut des IEG et de la maîtrise publique d'EDF, hostilité au « dogme de Bruxelles » et aux investisseurs étrangers. Il agit aussi en gardien du pluralisme procédural, contestant le monopole du président et du rapporteur sur la conduite de l'audition (M. Arnaud Montebourg).