Réseaux, interconnexions et sécurité d'approvisionnement
Ce domaine couvre l'aval physique du système électrique : le réseau et son opérateur RTE, son insertion dans le maillage européen, sa protection cyber, et surtout la question qui surplombe l'ensemble du corpus — la France a-t-elle encore les moyens de garantir son approvisionnement, et à quel prix ? La ligne de force est une bascule de diagnostic : un système longtemps présenté comme excédentaire et robuste s'est retrouvé en tension aiguë à l'hiver 2022-2023, ce qui rouvre rétrospectivement le procès des fermetures de capacités pilotables, du dimensionnement face aux pointes et du pari sur les interconnexions. Deux interprétations s'affrontent en permanence : une crise conjoncturelle et non anticipable, ou la conséquence structurelle de choix passés contre lesquels plusieurs acteurs disent avoir alerté.
RTE : rôle, indépendance et investissements réseau. Le sujet oppose les dirigeants de RTE — Brottes, Piechaczyk, Maillard — qui défendent un opérateur « expert indépendant » et « éclaireur non prescriptif », ne pouvant ni décider ni s'opposer aux ouvertures et fermetures de moyens, à des critiques (table ronde syndicale, Page Le Mérour) qui reprochent à RTE d'avoir surestimé le pilotable et trop misé sur renouvelables et interconnexions. Il documente aussi une tension politique/technique frontale dans l'audition Brottes et le détail financier de la création de RTE (reprise de 8 Md€ de dette d'EDF).
Interconnexions et réseau européen. Le sujet pose la question de l'échelle de la souveraineté. Les intervenants techniques (Brottes — « pas de réseau français isolé », même fréquence « de Lisbonne à Kiev » ; Ristori ; Maillard) y voient un atout de sécurité, jamais cause d'un black-out. La commission conteste, sur le principe (le rapporteur juge l'argument du maillage insuffisant) et sur l'économie (Tanguy chiffre les importations 2022 à 7 Md€ et plaide pour la production nationale).
Cybersécurité et protection des réseaux. Sujet faiblement documenté (un seul intervenant, de Maistre) : la numérisation des réseaux accroît mécaniquement le risque cyber, mais la France n'aurait pas pris de retard, l'ANSSI montant en puissance depuis 2009. Aucun clivage documenté.
Sécurité d'approvisionnement électrique. Cœur du domaine, il porte le clivage majeur conjoncturel/structurel : Abadie et Chevet invoquent une conjonction inédite (gaz russe, corrosion sous contrainte, maintenance perturbée par le Covid), quand l'ASN (Doroszczuk) revendique une alerte ignorée depuis 2013 et un besoin de marges. Il consigne la défense des responsables politiques (Valls, Hulot, Pellion), des aveux (Ribadeau-Dumas sur la maintenance), la critique du critère légal des trois heures « fruste et non respecté » (Piechaczyk) et l'effet falaise à venir de 63 GW.
Fermeture des capacités pilotables et thermiques. Le sujet converge sur un chiffre structurant — 12 à 15 GW de pilotable fermés en une décennie, selon l'inclusion de Fessenheim — et sur le lien fermetures/tension. Machenaud y défend la thèse « gigawatts vs térawattheures » et Schellenberger celle des « stocks » détruits ; les clivages portent sur la responsabilité (« faute majeure » pour les syndicats ; « non opportune » pour Merlin ; nuance de la DGEC sur les choix d'acteurs et le mécanisme de capacité).
Risque de black-out et pics de consommation. Le sujet refuse le discours rassuriste (Merlin : « imprudent d'affirmer que la France ne connaîtra jamais de black-out »), pointe un angle mort de préparation (de Maistre : plan de 2009 non spécifique au nucléaire) et traite la spécificité française des pointes (sensibilité de 2 400 MW/°C ; « 50 % de la pointe européenne est française » selon Lepage), avec un clivage sur la réponse aux pics (surdimensionnement nucléaire contesté par Sauquet, qui plaide la flexibilité gazière).
Clivages transversaux du domaine. Trois lignes de fracture reviennent. (1) Conjoncturel contre structurel : crise accidentelle (Abadie, Chevet, défense politique) versus dérive de décisions passées (ASN, syndicats, Merlin). (2) Échelle nationale contre échelle européenne : interconnexions comme bouclier (Brottes, Ristori, Maillard) versus dépendance coûteuse à corriger par la production nationale (Tanguy, rapporteur). (3) Logique de garantie de puissance contre logique d'optimisation : nécessité de capacités pilotables/marges fermes (Machenaud, Schellenberger, Page Le Mérour) versus refus de surdimensionner pour quelques jours de pointe (Sauquet). Enfin, un partage des rôles disputé traverse tout le domaine : RTE et les agences se présentent en conseillers ou éclaireurs non décideurs, tandis que la commission cherche les responsabilités politiques des fermetures.
Sujets couverts
- RTE : rôle, indépendance et investissements réseau — RTE « expert indépendant et éclaireur non prescriptif » selon ses dirigeants, contre la critique d'un biais en faveur des renouvelables et interconnexions.
- Interconnexions et réseau européen — maillage continental présenté comme atout de sécurité face à la contestation de sa rationalité économique (7 Md€ d'importations en 2022).
- Cybersécurité et protection des réseaux — la numérisation accroît le risque cyber mais la France n'aurait pas de retard (ANSSI depuis 2009) ; sujet peu documenté.
- Sécurité d'approvisionnement électrique — clivage central conjoncturel/structurel sur la tension de l'hiver 2022-2023 et l'alerte de l'ASN ignorée depuis 2013.
- Fermeture des capacités pilotables et thermiques — 12 à 15 GW de pilotable fermés en dix ans, débat sur la faute et la responsabilité de ces fermetures.
- Risque de black-out et pics de consommation — black-out tenu pour possible, angle mort de préparation, et débat sur la spécificité française des pointes de chauffage.