La part du citoyen

Réseaux, interconnexions et sécurité d'approvisionnement

Fermeture des capacités pilotables et thermiques

Le corpus converge sur un chiffre devenu structurant des auditions : la fermeture, sur les dix dernières années, d'une douzaine à une quinzaine de gigawatts de capacités de production pilotables. Le décompte varie selon l'inclusion ou non de Fessenheim : le président Raphaël Schellenberger parle de « 13 GW de capacité de production pilotable [...] fermés. En incluant Fessenheim, ce total atteint près de 15 GW » (M. Laurent Michel), tandis que Philippe Page Le Mérour (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) et André Merlin (M. André Merlin) retiennent « 12 gigawatts », ce dernier précisant qu'ils ont été « fermés et démantelés pour la plupart » entre 2013 et 2020. Sont citées Fessenheim et les centrales thermiques d'Aramon, Porcheville et du Havre, qui « ne fonctionnaient pas chaque jour, mais sécurisaient le réseau à tout moment » (Page Le Mérour, M. Philippe Page Le Mérour e.a.).

Un constat partagé porte sur le lien entre ces fermetures et la tension d'approvisionnement. Jacques Percebois (M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel) attribue l'envolée des prix à deux causes, dont « le manque de capacités électriques pilotables ». Côté méthode, Hervé Machenaud (M. Hervé Machenaud) défend une thèse tranchée : « Nous avons besoin de gigawatts de capacité de production et non de térawattheures », l'électricité n'étant pas stockable ; il illustre par la pointe du 8 décembre 2022, où EDF achetait de l'électricité allemande au charbon « à 580 euros le mégawattheure ». Schellenberger (M. Nicolas de Maistre) prolonge cette logique : les capacités pilotables fermées étaient « des stocks transformables en électricité », là où « le soleil ou le vent ne sont pas des stocks ».

Les clivages portent sur le jugement de ces fermetures et sur les responsabilités. La table ronde (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) y voit « une faute majeure prise contre l'avis unanime des syndicats », et Page Le Mérour oppose le cas allemand, qui « ont conservé un parc de production pilotable qui couvre leur pic hivernal » malgré davantage de renouvelables. André Merlin (M. André Merlin) juge la décision « non opportune » et estime qu'il « aurait fallu mettre ces moyens sous cocon ». Laurent Michel (M. Laurent Michel), pour la DGEC, nuance : les fermetures (fioul, charbon) relevaient « surtout de choix d'acteurs et d'objectifs de décarbonation », des marges ayant été conservées via le mécanisme de capacité, même si « on ne peut plus fermer d'autres moyens pilotables ». Cédric Lewandowski (M. Cédric Lewandowski) renvoie aux décisions passées qu'il n'a pas prises (« je travaillais au ministère de la défense à cette époque ») tout en concédant un manque de marges « face à une accumulation de défauts ».

Enfin, Nicolas de Maistre (M. Nicolas de Maistre) délimite le périmètre du SGDSN, qui « ne travaill[e] pas du tout sur le mix énergétique », et reconnaît un angle mort : « Nous n'avons pas de plan spécifique sur ce cas de figure » de perte imprévue de capacité nucléaire, seul un plan de continuité électrique générique de 2009 existant.

Qui en parle

Interventions regroupées (15 citations · 7 auditions)

Domaine : Réseaux, interconnexions et sécurité d'approvisionnement · Sujet : capacites-pilotables-thermiques

Couverture : 15 citations · 6 positions · 7 auditions

_Slugs bruts fusionnés : capacites-pilotables, fermeture-capacites-pilotables, fermeture-capacites-thermiques, fermeture-centrales-thermiques, perte-12gw-pilotables, absence-plan-nucleaire-perte-production, gigawatts-vs-terawattheures_

Positions exprimées

  • M. Laurent Michel (M. Laurent Michel) : Les fermetures de moyens pilotables (fioul, charbon) relevaient surtout de choix d'acteurs et d'objectifs de decarbonation ; la DGEC a conserve des marges via le mecanisme de capacite, mais on ne peut plus fermer d'autres moyens pilotables. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (M. Philippe Page Le Mérour e.a.) : La fermeture de 12 GW de moyens pilotables (Fessenheim et centrales thermiques) est une faute majeure prise contre l'avis unanime des syndicats, au coeur de l'insecurite d'approvisionnement actuelle. _(tranchant 3)_
  • M. Hervé Machenaud (M. Hervé Machenaud) : Raisonner en térawattheures (volume d'électricité) est un biais mental ; l'électricité n'étant pas stockable, seul compte le gigawatt de capacité pilotable. _(tranchant 2)_
  • M. Nicolas de Maistre (M. Nicolas de Maistre) : Le SGDSN ne travaille pas sur le mix energetique ni sur sa gestion ; ce n'est pas son perimetre. _(tranchant 1)_
  • M. Nicolas de Maistre (M. Nicolas de Maistre) : Il n'existe pas de plan specifique a la perte imprevue de capacite nucleaire ; seul un plan de continuite electrique generique de 2009 couvre l'aval, l'amont relevant des ministeres. _(tranchant 1)_
  • M. André Merlin (M. André Merlin) : La fermeture-démantèlement de 12 GW pilotables entre 2013 et 2020 était une décision non opportune ; il aurait fallu mettre ces moyens sous cocon. _(tranchant 1)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Cette envolée a deux raisons principales : le prix élevé du gaz, car les centrales à gaz sont en général celles qui font l’équilibre du marché, et le manque de capacités électriques pilotables, c’est-à-dire qui fournissent en fonction de la demande. »

Jacques Percebois (audite, audition de M. Jacques Percebois & M. Xavier Jaravel, 2022-11-09)

_Identifie les deux causes structurelles de la crise des prix, central pour comprendre la mecanique du marche._

« Nous n’avons pas de plan spécifique sur ce cas de figure. Nous disposons d’un plan de continuité électrique, datant de 2009, mais il n’est pas spécifique sur le nucléaire civil. »

M. Nicolas de Maistre (audite, audition de M. Nicolas de Maistre, 2022-11-17)

_Reconnaissance d'un angle mort : aucun plan dedie a la perte imprevue de capacite de production nucleaire, coeur de la crise actuelle._

« Nous ne travaillons pas du tout sur le mix énergétique et la gestion de ce mix. »

M. Nicolas de Maistre (audite, audition de M. Nicolas de Maistre, 2022-11-17)

_Marque la limite du perimetre du SGDSN, qui se demarque du debat sur les choix de production energetique._

« Avec les quinze gigawatts de capacité de production d’électricité pilotable qui ont été fermés au cours des dix dernières années, nous disposions de stocks transformables en électricité. De ce point de vue, nous nous sommes appauvris. Le soleil ou le vent ne sont pas des stocks. »

Raphaël Schellenberger (president, audition de M. Nicolas de Maistre, 2022-11-17)

_Thèse pro-nucleaire du president : les fermetures de capacites pilotables ont detruit des stocks transformables, le renouvelable ne stockant pas._

« Je voudrais rassurer tout le monde : nous disposons d’un plan pour faire face à tous les risques que nous avons pu imaginer. »

M. Nicolas de Maistre (audite, audition de M. Nicolas de Maistre, 2022-11-17)

_Formule rassurante dont la limite est explicite : seuls les risques imagines sont couverts, ce qui ouvre la question des angles morts._

« Un peu comme l’épidémie de Covid-19 et la guerre en Ukraine… »

Raphaël Schellenberger (president, audition de M. Nicolas de Maistre, 2022-11-17)

_Pique du president rappelant que des evenements juges exceptionnels et improbables se sont bel et bien produits._

« Depuis dix ans, 13 GW de capacité de production pilotable ont été fermés. En incluant Fessenheim, ce total atteint près de 15 GW. »

M. le président Raphaël Schellenberger (president, audition de M. Laurent Michel, 2022-12-13)

_Chiffrage du president qui structure son reproche sur l'erosion des moyens pilotables._

« Nous avons observé la perte de 12 gigawatts de capacités pilotables ces dix dernières années, liée à la fermeture de la centrale de Fessenheim et des centrales thermiques d’Aramon, de Porcheville et du Havre, qui, certes, ne fonctionnaient pas chaque jour, mais sécurisaient le réseau à tout moment. »

Philippe Page Le Mérour (audite, audition de M. Philippe Page Le Mérour e.a., 2023-01-17)

_Chiffre cle repete tout au long de l'audition pour expliquer la tension hivernale._

« Au contraire, les Allemands, qui ont développé les énergies renouvelables bien davantage que la France à ce jour, ont conservé un parc de production pilotable qui couvre leur pic hivernal. »

Philippe Page Le Mérour (audite, audition de M. Philippe Page Le Mérour e.a., 2023-01-17)

_Comparaison avec l'Allemagne qui retourne l'argument : meme avec plus de renouvelables, on garde le pilotable._

« Je ne sais pas réellement répondre à votre question, car je travaillais au ministère de la défense à cette époque. »

M. Cédric Lewandowski (audite, audition de M. Cédric Lewandowski, 2023-01-19)

_Illustre la stratégie répétée de renvoi sur les décisions passées qu'il n'a pas prises._

« le président de l’ASN a indiqué que les marges n’étaient pas suffisantes dans le système électrique pour pouvoir faire face à une accumulation de défauts. »

M. Cédric Lewandowski (audite, audition de M. Cédric Lewandowski, 2023-01-19)

_Concède que le système électrique manque de marges face à un cumul d'aléas._

« Entre 2013 et 2020, 12 gigawatts de production ont été fermés et démantelés pour la plupart. »

M. André Merlin (audite, audition de M. André Merlin, 2023-02-01)

_Chiffre clé sur la perte de capacités pilotables, au cœur des responsabilités passées examinées par la commission._

« Quand le vent souffle, les centrales sont arrêtées. »

Hervé Machenaud (audite, audition de M. Hervé Machenaud, 2023-02-08)

_Formule concise illustrant l'argument de substitution plutôt que de complément des renouvelables._

« Le 8 décembre 2022, on enregistre une pointe de consommation dans toute l’Europe et il n’y a pas un souffle d’air. EDF achète de l’électricité en Allemagne, fabriquée avec du charbon et du lignite, à 580 euros le mégawattheure. »

Hervé Machenaud (audite, audition de M. Hervé Machenaud, 2023-02-08)

_Exemple concret et daté de la défaillance de l'intermittence lors d'une pointe._

« Nous avons besoin de gigawatts de capacité de production et non de térawattheures. »

Hervé Machenaud (audite, audition de M. Hervé Machenaud, 2023-02-08)

_Énoncé central de sa critique méthodologique des raisonnements en volume d'électricité._