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Logiciel libre & communs numériques

Le domaine « Logiciel libre & communs numériques » traverse la commission comme un fil de souveraineté positive : face aux dépendances subies (Gafam, cloud américain, licences propriétaires), le libre est présenté comme le levier de reprise de contrôle le plus mûr et le mieux documenté du corpus. La ligne de force partagée par la quasi-totalité des intervenants tient en une phrase : l'ouverture du code garantit réversibilité, transparence et protection contre le verrouillage (« kill switch logiciel », pricing power), mais elle ne suffit pas, à elle seule, à produire l'indépendance. Autour de ce socle commun, cinq sujets déclinent les conditions, les moyens et les angles morts de cette promesse.

Logiciel libre et open source pose le cadre général et administre la preuve chiffrée : Tchap à 11 centimes par agent et par an (Verdier), 534 M€ de dépenses évitées par la gendarmerie (Boget), 1,5 M€ investis dans le code source de la DGFIP contre des millions de redevances annuelles (Blanc). Ce sujet installe aussi le clivage matriciel du domaine — consommer le libre ou le produire — via l'échec brésilien décrit par Luca Belli, et l'aveu de l'État « passager clandestin ».

Communs numériques élargit du logiciel vers la logique de mutualisation : l'argent public doit produire du code public et ne payer qu'une fois (Gosset), la Dinum se pose en opératrice (800 000 comptes Tchap) et non en éditrice (Schaer). Le sujet apporte surtout le contre-feu industriel du collectif #Fab8, pour qui tout miser sur les communs revient à fournir aux Gafam leur matière première, et l'exigence de soutenabilité (Dulong de Rosnay) et de passage à l'échelle (Rousset, l'Inserm et ses 120 000 utilisateurs).

Financement public du libre et forges souveraines traite du « comment payer ». Il oppose l'amorçage modeste et temporaire de la Caisse des dépôts (~100 M€ en garantie de prêts, sans investir dans les solutions) à une politique industrielle structurelle, quantifie le poids du secteur (6 Mrd€, 64 000 emplois, effet de levier 1 Mrd€ → 65-95 Mrd€ de PIB, April) et pointe un paradoxe d'infrastructure : la dépendance à GitHub (racheté 8 Mrd$ par Microsoft) et la fragilité d'une maintenance parfois assurée par « une seule personne sur son temps libre » (Chaput).

Gouvernance, vérifiabilité et interopérabilité du libre, sujet plus mince, ajoute trois garde-fous : la vérifiabilité radicale par un écosystème d'audit (Whittaker, Signal), la maturité déjà atteinte des alternatives (Paulin : Linux couvre 99 % des besoins, appels d'offres biaisés), et l'interopérabilité comme protection contre le passage d'une dépendance à une autre (Duboscq, projet Open Interop) — jusqu'à l'accusation que la suite Dinum ne serait interconnectable avec rien (Fauré).

Limites du libre et « faux libre » ferme le domaine par le versant critique. Il expose l'« ouvertarisme » comme tactique de rattrapage et le modèle de la Sovereign Tech Agency (Lechelle), la captation de valeur que l'ouverture n'empêche pas (« colonialisme de données », Flickr/IBM, Dulong de Rosnay), et le mécanisme du « faux libre » : après l'entrée d'un investisseur, la version libre est réduite à peau de chagrin et la valeur repasse au payant (Weill, Billon, l'exemple récurrent de Red Hat).

Clivages majeurs. Trois lignes de fracture structurent le débat. D'abord, souveraineté par la loi/la commande publique contre souveraineté par l'industrie : les uns veulent imposer l'open source comme sous-jacent des marchés (Lechelle), les autres rappellent qu'un commun ne fait pas un industriel — feuille de route, packaging, support — et doit être la conséquence d'une politique industrielle, pas son point de départ (Garnier, Duboscq, #Fab8). Ensuite, consommer contre produire le libre : adopter des solutions ouvertes sans capacité de production reconduit la dépendance (Belli, Billon sur le « passager clandestin »). Enfin, libre souverain contre « washing » : contre les offres « repeintes en bleu-blanc-rouge » (Miltin) et le « faux libre » adossé à des intégrateurs américains (Sahnoune, Weill), plusieurs intervenants opposent la vérifiabilité, l'interopérabilité et la vigilance sur la nationalité des développeurs. Deux tensions plus feutrées demeurent : sur l'ampleur du financement public (amorçage minimal de la Caisse des dépôts vs politique structurelle de la table ronde April/Framasoft), et sur l'échelle réelle des outils publics, dont la robustesse face aux grands opérateurs reste contestée.

Sujets couverts

Sujets de ce domaine

Logiciel libre et open source

23 citations · 9 auditions

Communs numériques

17 citations · 8 auditions

Limites du libre et « faux libre »

11 citations · 4 auditions

Financement public du libre et forges souveraines

10 citations · 3 auditions

Gouvernance, vérifiabilité et interopérabilité du libre

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