Communs numériques
Le corpus fait des communs numériques et du logiciel libre un levier récurrent de souveraineté, tout en révélant un clivage net sur leur portée : suffisent-ils à bâtir une autonomie, ou ne sont-ils qu'un ingrédient ?
Constats partagés. Plusieurs intervenants voient dans l'open source une composante de résilience face aux acteurs dominants. Selon Arnaud Martin (Caisse des dépôts, Mme Catherine Mayenobe), « l'open source constitue une forte composante de notre résilience par rapport aux solutions américaines en mode SaaS ». La Dinum incarne la démonstration opérationnelle : Stéphanie Schaer (Mme Stéphanie Schaer) présente Tchap comme « la messagerie instantanée professionnelle déployée à large échelle au sein de l'État, qui compte aujourd'hui près de 800 000 comptes et dépasse les 400 000 utilisateurs récurrents », et cite la brique Docs « intégralement conçue en franco-allemand » comme preuve de coopération européenne. Bastien Le Querrec (La Quadrature du Net, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) salue de même Apps.education à l'Éducation nationale. La conviction stratégique dominante est la mutualisation : « seule la mutualisation de nos investissements, de nos talents et de nos capacités industrielles nous permettra de nous affranchir des dépendances imposées par des acteurs monopolistiques » (Schaer, Mme Stéphanie Schaer) ; Pierre-Yves Gosset (Framasoft, Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre) la résume en slogans, « l'argent public doit produire du code public » et « ne doit payer qu'une seule fois ».
Chiffres et exemples. Catherine Mayenobe (Caisse des dépôts, Mme Catherine Mayenobe) chiffre l'amorçage à « environ 100 millions d'euros », jugé modeste et à portée de main, et propose une coalition utilisateurs-fondations-éditeurs (TechSprint EuroCommons). Patrick Laurens-Frings (Mme Catherine Mayenobe) identifie le verrou concret : « la gestion des identités et des habilitations, qui est un grand vecteur de "lock-in" », et revendique une « préférence européenne » via le Cigref. Alexandra Lutz (Data for Good, Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) justifie le modèle décentralisé par la structure du tissu économique — « 99 % des entreprises sont des PME ».
Désaccords. Le clivage central oppose les tenants des communs aux industriels du collectif #Fab8. Pour Alain Garnier (Jamespot, M. Antoine Duboscq), « tout miser sur les communs revient à fournir aux Gafam la matière première qu'ils utilisent aujourd'hui pour leurs intelligences artificielles » ; il distingue le commun (code réutilisable) du métier d'industriel — « Pourquoi Microsoft existe encore ? Parce qu'il package des produits, conçoit une feuille de route, réfléchit au support ». Antoine Duboscq (M. Antoine Duboscq) en tire que le commun doit être « la conséquence d'une politique industrielle, pas son point de départ ». Deux nuances complètent ce tableau : Mélanie Dulong de Rosnay (CIS-CNRS, Mme Mélanie Dulong de Rosnay) alerte que les communs « ne doivent pas se substituer aux obligations des institutions publiques » et exige une soutenabilité économique (budgets, rémunérations via API) ; Damien Rousset (Inserm, des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche) pointe crûment la limite de passage à l'échelle des outils de la Dinum — « je ne sais pas quelle tête fait la Dinum quand le CNRS arrive avec ses 120 000 utilisateurs ».
Qui en parle
- Stéphanie Schaer (Dinum, Mme Stéphanie Schaer) — les communs open source comme levier central de maîtrise, réversibilité et transparence ; la Dinum opératrice, non éditrice.
- Catherine Mayenobe / Arnaud Martin / Patrick Laurens-Frings (Caisse des dépôts, Mme Catherine Mayenobe) — adoption massive à l'échelle européenne, amorçage ~100 M€, préférence européenne (Cigref), verrou du lock-in identités.
- Pierre-Yves Gosset (Framasoft, Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre) — argent public = code public, payé une seule fois ; logique de contribution.
- Alain Garnier / Antoine Duboscq (Jamespot, collectif #Fab8, M. Antoine Duboscq) — les communs ne font pas un industriel ; risque d'alimenter les Gafam.
- Mélanie Dulong de Rosnay (CIS-CNRS, Mme Mélanie Dulong de Rosnay) — soutenabilité économique et non-substitution aux obligations publiques.
- Damien Rousset (Inserm, des directeurs des systèmes d’information d’organismes de recherche) — limite du passage à l'échelle des outils souverains.
- Alexandra Lutz (Data for Good, Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) / Bastien Le Querrec (La Quadrature du Net, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) — modèle décentralisé (PME) ; exemple Apps.education.