Financement public du libre et forges souveraines
Le corpus aborde le logiciel libre comme un levier d'autonomie stratégique et interroge la manière de le financer sur fonds publics. Un constat est largement partagé : le libre pèse déjà lourd et pâtit d'un cadre de financement inadapté. Selon Étienne Gonnu (April, Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre), « le secteur du logiciel libre en France représentait près de 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires et près de 64 000 emplois directs, soit un marché multiplié par quarante en moins de vingt ans ». Ce chiffre est explicitement avancé pour répondre au doute exprimé en séance sur la viabilité des modèles du libre. Gonnu ajoute qu'« un investissement public d'un milliard d'euros dans le logiciel libre générerait un impact de 65 à 95 milliards d'euros sur le PIB européen », argument de retour sur investissement.
Sur l'ampleur et la philosophie du soutien, les intervenants divergent. Catherine Mayenobe (Caisse des dépôts, Mme Catherine Mayenobe) défend un amorçage volontairement modeste, autour de 100 M€ via un dispositif de garantie de prêts, suffisant pour financer « quatre à six mois de développement » le temps que la commande privée prenne le relais ; elle précise qu'il ne s'agit pas d'investir dans les solutions elles-mêmes. Pour elle, ce montant « permettrait déjà [...] de construire un premier pan de ce mur d'autonomie stratégique ». Les intervenants de la table ronde (Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre) plaident au contraire pour une politique industrielle publique plus structurelle, résumée par Pierre-Yves Gosset (Framasoft) : « l'argent public doit produire du code public ». Ils demandent de repenser entièrement le financement, le cadre actuel rendant les dons impossibles et les appels d'offres inadaptés à des solutions gratuites, et de financer explicitement la maintenance via des contrats avec livrable.
Plusieurs exemples concrets étayent ces positions. Nicolas Guillou (Cour pénale internationale, M. Nicolas Guillou) cite la migration de la CPI vers OpenDesk pour affirmer que « le secteur numérique européen est prêt, il est très demandeur, et il est capable de s'adapter ». Nicolas Vivant (Échirolles, Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre) oppose au coût supposé prohibitif du libre des économies « de plus de 2 millions d'euros sur la durée du mandat ». Renaud Chaput (Mastodon, Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre) illustre le modèle allemand de contrats (près de 700 000 € pour développer des fonctionnalités) et la fragilité de la maintenance, une faille récente touchant « des serveurs dans le monde entier » provenant d'une bibliothèque gérée « par une seule personne sur son temps libre ».
Sur les infrastructures, la table ronde (Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre) appelle à réduire la dépendance à GitHub, Gosset rappelant que « Microsoft a racheté GitHub pour 8 milliards de dollars en 2018 », et à créer une forge maintenue par la puissance publique. Chaput souligne que les géants du cloud, tel Azure, reposent eux-mêmes « en grande partie sur des logiciels libres ».
Qui en parle
- Catherine Mayenobe (Caisse des dépôts, Mme Catherine Mayenobe) — amorçage public modeste (~100 M€, garantie de prêts) comme relais temporaire, sans investir dans les solutions.
- Nicolas Guillou (Cour pénale internationale, M. Nicolas Guillou) — les alternatives européennes existent et fonctionnent (migration CPI vers OpenDesk).
- Étienne Gonnu (April, Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre) — poids économique du libre (6 Mrd€, 64 000 emplois) et fort effet de levier public (1 Mrd€ → 65-95 Mrd€ de PIB).
- Pierre-Yves Gosset (Framasoft, Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre) — « l'argent public doit produire du code public » ; dépendance à GitHub/Microsoft.
- Renaud Chaput (Mastodon, Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre) — modèle de contrats à livrable, fragilité de la maintenance, cloud US bâti sur du libre.
- Nicolas Vivant (Échirolles, Table ronde, ouverte à la presse, sur le logiciel libre) — économies concrètes du passage au libre (>2 M€ sur un mandat).