Algorithmes de recommandation, modération et manipulation
Le corpus aborde ce sujet à travers trois auditions (Mme Maud Quessard, des associations sur le thème de la protection des données personnelle, M. Bernard Benhamou) et converge sur un diagnostic partagé : les algorithmes des grandes plateformes ne sont pas des outils neutres mais des instruments capables d'orienter l'opinion, adossés à un modèle économique commun. Selon Katia Roux (Amnesty International, des associations sur le thème de la protection des données personnelle), la recherche met en évidence « un modèle économique commun, fondé sur un profilage intrusif, une collecte massive de données personnelles et le recours à la publicité ciblée, qui constitue le moteur du fonctionnement de ces plateformes ». Bastien Le Querrec (La Quadrature du Net, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) y voit « une version contemporaine du "temps de cerveau disponible" de TF1 ».
Plusieurs chiffres viennent étayer le pouvoir causal des algorithmes. David Chavalarias (CNRS-EHESS / ISC-PIF, Mme Maud Quessard) rapporte, étude Nature à l'appui, qu'« un algorithme peut faire changer d'opinion 5 à 7 % des électeurs en moyenne et jusqu'à 15 % des électeurs indépendants », et documente un basculement de toxicité mesuré « de 32 à 49 % après le rachat de Twitter par Elon Musk » — reliant ainsi un changement de propriétaire d'infrastructure à un effet observable. Bernard Benhamou (Institut de la souveraineté numérique, M. Bernard Benhamou) prolonge ce constat vers l'IA générative : les grands modèles seraient, selon une étude Nature, « quatre fois plus efficaces qu'une campagne politique traditionnelle pour faire changer une opinion », et « un robot peut aujourd'hui remplacer une "ferme à trolls" pour 400 dollars par mois ». Il reprend la formule de Kate Crawford — l'IA comme « la politique par d'autres moyens » — pour cadrer le sujet comme un enjeu de sécurité et de démocratie plutôt que de seule innovation. Maud Quessard (Irsem, Mme Maud Quessard) analyse pour sa part le slogan de X « You are the media now » comme une stratégie de délégitimation des médias traditionnels.
Le principal clivage porte sur le cadrage même de la souveraineté. Le Querrec exprime une « certaine réserve » : la souveraineté « ne saurait se réduire à une simple substitution de capitaux américains ou chinois par des capitaux européens ou français » — ce qu'il faut refonder, selon lui et la position de la table ronde des associations sur le thème de la protection des données personnelle, c'est le modèle économique et informationnel, pas seulement le pavillon des capitaux. Cette position vise implicitement le cadrage plus « relocalisation » d'autres intervenants.
Les cas concrets abondent : Pierrick Clément (Ligue des droits de l'homme, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) cite un algorithme publicitaire de Meta ayant orienté « 93 % » des offres de la petite enfance vers des femmes (discrimination algorithmique) ; Maryse Artiguelong (LDH, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) rappelle que des magistrats de la Cour pénale internationale ont pu se voir couper l'accès à leur messagerie ; Le Querrec évoque le risque qu'une pression américaine conduise X à suspendre les comptes du ministère des affaires étrangères. Côté action, Amnesty a déposé plainte « pour manquement aux articles 34 et 35 du DSA » relatifs aux risques systémiques, illustrant un usage offensif de la régulation par la société civile.
Qui en parle
- David Chavalarias (CNRS-EHESS / ISC-PIF, Mme Maud Quessard) : mesure empirique de l'effet causal des algorithmes sur le vote et de la toxicité post-rachat de Twitter.
- Maud Quessard (Irsem, Mme Maud Quessard) : analyse discursive de la délégitimation des médias par les plateformes.
- Bernard Benhamou (Institut de la souveraineté numérique, M. Bernard Benhamou) : l'IA et les LLM comme armes politiques et outils de manipulation à bas coût.
- Bastien Le Querrec (La Quadrature du Net, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) : réserve critique sur le cadrage « souveraineté = capitaux » ; c'est le modèle économique qu'il faut changer.
- Katia Roux (Amnesty International, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) : modèle économique de surveillance et usage offensif du DSA.
- Maryse Artiguelong & Pierrick Clément (Ligue des droits de l'homme, des associations sur le thème de la protection des données personnelle) : cas concrets de dépendance (messagerie CPI) et de discrimination algorithmique (offres Meta).