Bulle de l'IA générative ?
La question d'une bulle de l'IA générative divise nettement les personnes auditionnées, entre celles qui alertent sur un décrochage financier, celles qui réfutent le diagnostic, et celles qui jugent le débat mal posé.
Le camp de l'alerte. Meredith Whittaker (Signal Foundation, Mme Meredith Whittaker) pose un diagnostic prudent mais net : « il me semble en effet qu'il existe une forme de bulle. » Elle en fait aussi une lecture géopolitique, l'IA étant présentée par le secteur comme « l'aboutissement même du progrès », donc « non seulement un paradigme économique, mais également un paradigme géopolitique » — un instrument de domination des États-Unis dont l'éclatement de la bulle est imprévisible car soutenu par la richesse privée. Thierry Breton (ancien commissaire européen, M. Thierry Breton) chiffre le décrochage : « On est entre 800 milliards et 1 000 milliards de valorisation pour des entreprises dont le chiffre d'affaires est de quelques centaines de millions de dollars. » Il pointe des montages financiers hors bilan (SPV) risqués, la possibilité d'une crise du crédit privé, et relie le financement mondial de l'IA à la fragilité géopolitique du Golfe : « il sera vraisemblablement compliqué de tenir les 2 000 milliards de promesses. Oui, il y a là, potentiellement, un problème que nous n'avions pas vu venir. »
Le camp du refus. Arthur Mensch (Mistral AI, M. Arthur Mensch) réfute frontalement la thèse — avancée selon la fiche par la rapporteure et un député LFI : « Une bulle, c'est quand la demande est surestimée. Or le problème aujourd'hui est plutôt celui de l'offre. » Pour lui, ce qui manque, c'est l'offre (puces, énergie, semi-conducteurs), et le risque pèse sur l'Europe, non sur les Américains. Maya Noël (France Digitale, Mme Maya Noël) justifie l'investissement massif et précoce par le « winner takes all » — « dès lors que vous êtes le premier, tout l'investissement que vous avez fait est gagnant » — et illustre la vitesse des bouleversements par Claude Code, sorti par Anthropic, qui « en l'espace de trois mois » a « permis d'accomplir des choses assez extraordinaires », d'où l'impossibilité de chiffrer les gains de productivité.
Le camp du recadrage. Deux voix estiment que la focalisation sur l'IA générative détourne du vrai enjeu. Robin Berjon (Supramundane / ex-New York Times, Mme Maud Quessard) relativise : l'IA, « même si elle est importante, [...] ne représente pas plus de 5 à 10 % du problème » des dépendances numériques structurelles. Soizic Pénicaud (Odap, Mme Soizic Pénicaud) parle de « l'arbre qui cache la forêt de l'automatisation globale des services publics » et cite l'algorithme de scores de risque de la Cnaf, « une simple régression logistique » aux effets pourtant majeurs sur les citoyens.
Qui en parle
- Meredith Whittaker (Signal Foundation, Mme Meredith Whittaker) — constate « une forme de bulle » ; lecture géopolitique (instrument de domination américaine).
- Thierry Breton (ancien commissaire européen, M. Thierry Breton) — valorisations « stratosphériques », montages hors bilan (SPV), risque de crise du crédit privé, exposition au Golfe.
- Arthur Mensch (Mistral AI, M. Arthur Mensch) — réfute la bulle : problème d'offre, pas de demande ; risque pour l'Europe, pas pour les États-Unis.
- Maya Noël (France Digitale, Mme Maya Noël) — justifie l'investissement par le « winner takes all » et la vitesse des usages.
- Robin Berjon (Supramundane / ex-New York Times, Mme Maud Quessard) — l'IA ne pèse que 5 à 10 % des dépendances numériques.
- Soizic Pénicaud (Odap, Mme Soizic Pénicaud) — l'IA générative masque une automatisation moins visible mais plus impactante (ex. régression logistique de la Cnaf).