Eau, environnement et décroissance numérique
Le corpus fait converger les intervenants sur un constat : la trajectoire de croissance des infrastructures numériques et de l'IA emporte un coût environnemental — en eau comme en électricité — qui devient un facteur limitant de toute stratégie de souveraineté. La divergence porte sur ce qu'il faut en conclure : réduire la demande (décroissance numérique), encadrer par la réglementation, ou optimiser la performance des installations.
Le coût écologique, chiffré. Plusieurs auditions posent des ordres de grandeur. Selon Pierrick Clément (Ligue des droits de l'homme, des associations sur le thème de la protection des données personnelle), « à l'horizon 2027, la consommation annuelle d'eau imputable à l'essor de l'intelligence artificielle devrait dépasser celle du Danemark ». Lou Welgryn (Data for Good, Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) mobilise un verdict institutionnel : un rapport de l'Ademe annonce « une multiplication par 3,7 de cette consommation » et conclut « à l'incompatibilité totale de cette trajectoire avec l'accord de Paris ».
Le clivage sur la demande : décroissance vs solutionnisme. La table ronde de Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques assume une forme de décroissance numérique appelant des réponses collectives et réglementaires, pas seulement individuelles. Welgryn invite à « sortir du mythe [...] selon lequel la plupart de nos problèmes actuels pourraient être résolus par plus de numérique », et met en cause le plan « Osez l'IA » (viser « 80 % des TPE-PME » sous IA d'ici 2030), en interrogeant sa pertinence. Ophélie Coelho (Iris / CIS-CNRS, Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) cadre la dépendance comme un enjeu de santé publique, citant Dominique Boullier qui compare le numérique à des « drogues » laissées en « open bar ».
La réponse des industriels. Charles-Antoine Beyney (DataOne, M. Charles-Antoine Beyney) concède qu'« une grande partie de la capacité de calcul est certainement [...] jetée à la poubelle », mais défend une empreinte maîtrisée : « avec 400 mégawatts de puissance, nous polluerons autant que deux cents vaches », et un PUE de 1,05 à 1,15, très en deçà du seuil réglementaire européen à venir de 1,5. Fabrice Coquio (Digital Realty, M. Fabrice Coquio) adopte une position atypique : il oppose aux inquiétudes le fait que la France « [dispose] d'un excès de production électrique pour au moins les deux ou trois décennies à venir », mais refuse la dérégulation réclamée par d'autres acteurs — « les directives européennes vont dans le bon sens » —, la seule simplification acceptable concernant « le traitement administratif des permis et nullement la réglementation environnementale ».
Le point de friction sur l'électricité. À l'atout avancé par Coquio, la rapporteure Cyrielle Chatelain (M. Fabrice Coquio) oppose que « la consommation d'électricité prévue pour les data centers [...] pourrait dépasser la capacité de production française d'électricité », capacité finie qui impose selon elle des critères d'attribution et des politiques publiques. Le débat oppose ainsi une lecture d'abondance énergétique à une lecture de rareté et d'arbitrage.
Qui en parle
- Pierrick Clément — Ligue des droits de l'homme (des associations sur le thème de la protection des données personnelle) : pose la limite écologique (eau IA > Danemark en 2027) comme borne à toute stratégie de datacenters.
- Lou Welgryn — Data for Good (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) : décroissance numérique, sortie du solutionnisme, mise en cause du plan « Osez l'IA », incompatibilité Ademe / accord de Paris.
- Ophélie Coelho — Iris / CIS-CNRS (Table ronde, ouverte à la presse, sur les infrastructures numériques) : dépendance numérique comme enjeu de santé publique appelant l'État.
- Charles-Antoine Beyney — DataOne (M. Charles-Antoine Beyney) : concède le gaspillage de calcul mais défend performance (PUE) et empreinte présentée comme faible.
- Fabrice Coquio — Digital Realty (M. Fabrice Coquio) : excès électrique français, mais refus de la dérégulation environnementale — seule la simplification des permis est légitime.
- Cyrielle Chatelain — rapporteure (M. Fabrice Coquio) : capacité électrique finie → nécessité de critères d'attribution et de politiques publiques.