Maturité et disponibilité d'une offre souveraine
Le corpus révèle un débat structuré autour d'une même intuition : la souveraineté numérique ne se décrète pas, elle suppose une offre effectivement disponible et compétitive. Plusieurs intervenants renversent d'ailleurs l'ordre des priorités habituel. Selon Mme Maya Noël (Mme Maya Noël), « ces vulnérabilités tiennent en premier lieu non pas à un déficit de réglementation ou d'encadrement, mais au défaut d'offre souveraine » ; elle rappelle que « l'Europe dépend de pays étrangers pour 80 % de ses produits, services, infrastructures et brevets liés au numérique » (chiffre sourcé Commission européenne 2023). Mme Catherine Mayenobe (Mme Catherine Mayenobe) prolonge cette logique : on ne peut imposer l'autonomie stratégique comme un objectif en soi, les solutions souveraines doivent d'abord être performantes et compétitives, faute de quoi la démarche est « artificielle et court-termiste ». Elle redéfinit l'indépendance non par la propriété mais par la maîtrise des compétences dans la durée : « C'est cela, la véritable indépendance. »
Sur le degré de maturité atteint, les appréciations divergent mais convergent vers un constat de progrès inachevé. Mme Hela Ghariani (Mme Hela Ghariani) livre la mesure la plus concrète : le Health Data Hub a soumis aux fournisseurs un cahier d'exigences de « plus de 350 points » et « aucune des offres ne satisfaisait l'intégralité de ces exigences », écarts jugés toutefois contournables. M. Laurent Vilbœuf (M. Laurent Vilboeuf) défend le choix d'aller directement à la cible souveraine en abandonnant la solution intercalaire Oracle, invoquant une maturité accrue du marché, des délais comparables et des coûts plus raisonnables ; la migration serait « sur la bonne voie ». Ce satisfecit est nuancé par le président Latombe (M. Laurent Vilboeuf), qui pointe l'inertie : la migration promise « dans les 18 mois » interviendra fin 2026, « soit plus de trois ans après la fin de la promesse », et interroge le verrouillage opéré par Azure au point de rendre « la réversibilité délicate ». Vilbœuf, lui, minimise le coût de sortie en comparant le cloud à l'électricité : « Dès lors que l'on quitte le cloud, on cesse de consommer. »
Un clivage net porte sur les modalités. M. Nicolas Guillou (M. Nicolas Guillou) pose une exigence maximaliste : « il ne suffit pas d'avoir une entreprise française ou européenne, encore faut-il que toute la chaîne de contrats soit européenne. Si le moindre acteur en est américain, c'est bloquant » ; il se veut néanmoins optimiste, la migration de la CPI vers OpenDesk prouvant que « le secteur numérique européen est prêt ». Sur les consortiums, la table ronde (des fournisseurs de cloud .) n'est pas unanime : NumSpot, Outscale et OVH les explorent, mais Scaleway s'y oppose. Damien Lucas (des fournisseurs de cloud .) revendique la voix dissonante — « Chez Scaleway, nous n'y croyons pas. C'est trop compliqué » — et concède franchement la supériorité de service des hyperscalers : « nos clients adorent le service proposé par AWS, GCP et Azure. Ils veulent juste des alternatives européennes qui respectent le droit commercial en Europe. »
Qui en parle
- Mme Maya Noël (France Digitale, Mme Maya Noël) — le défaut d'offre souveraine, et non la régulation, est la vulnérabilité première (dépendance à 80 %).
- Mme Catherine Mayenobe (Caisse des dépôts, Mme Catherine Mayenobe) — pas d'autonomie imposée en soi ; l'indépendance réelle est la maîtrise des compétences dans la durée.
- M. Laurent Vilbœuf (Health Data Hub, M. Laurent Vilboeuf) — le passage direct à la cible souveraine est justifié ; migration « sur la bonne voie », coût de sortie minime.
- M. Philippe Latombe (président, M. Laurent Vilboeuf) — souligne le retard de trois ans et le risque de lock-in par Azure.
- Mme Hela Ghariani (Health Data Hub, Mme Hela Ghariani) — mesure honnête : aucune offre ne couvre les 350+ exigences, mais les écarts sont contournables.
- M. Nicolas Guillou (Cour pénale internationale, M. Nicolas Guillou) — souveraineté = chaîne de contrats intégralement européenne ; l'écosystème européen est prêt (OpenDesk).
- Damien Lucas (Scaleway, des fournisseurs de cloud .) — opposé aux consortiums ; reconnaît la supériorité des hyperscalers et recentre l'enjeu sur le droit européen.