La part du citoyen

Défense, cyber & renseignement (ANSSI/Palantir)

Palantir : renseignement et systèmes classifiés

Le recours de l'État français à Palantir — logiciel américain de traitement de données utilisé notamment par la DGSI et le ministère de l'intérieur, et déployé à l'OTAN via Maven — traverse le corpus comme un cas d'école de la dépendance stratégique. Huit auditions l'abordent, avec un clivage net entre alarme politique et dédramatisation opérationnelle.

Le constat de vulnérabilité. Plusieurs intervenants jugent le contrat problématique par principe. Selon M. Henri Verdier (M. Henri Verdier), qui parle sous serment, le contrat Palantir-DGSI « a toujours été une erreur » ; il rappelle toutefois que la solution n'est pas de nationaliser le monopole — « il ne suffit pas de changer la nationalité du tyran ». Pour M. Bernard Benhamou (M. Bernard Benhamou), équiper la DGSI d'une société liée à la CIA et à Peter Thiel est un risque de sécurité nationale : « penser que des accords de non-divulgation puissent résister à une demande de la NSA est un leurre ». Il cite le cas concret de l'offre gratuite de Palantir à l'AP-HP pendant le covid, refusée en France mais acceptée par le NHS britannique. M. Vincent Strubel (Anssi, M. Vincent Strubel) pose un principe démocratique : ne pas dépendre de fournisseurs « qui contestent les règles fixées par le législateur », l'argument d'inapplicabilité d'une loi masquant selon lui « une incompatibilité avec leur modèle économique ».

La charge politique. La rapporteure Cyrielle Chatelain lie constamment risque technique et positions du dirigeant : Palantir est « un opérateur dominant, dont le fondateur exprime des vues politiques hostiles au modèle européen et démocratique » (M. Dominique Luzeaux), a publié un « manifeste » (M. Vincent Strubel), et « impose une certaine vision du monde » (des directeurs de systèmes d’information de ministères), l'algorithme orientant l'analyse du renseignement. Le président Aurélien Taché parle d'un « manifeste techno-fasciste » (M. Tomasz Blanc). Chatelain souligne le paradoxe allemand : « les Allemands ont choisi l'acteur français ChapsVision. Quand cesserons-nous d'utiliser Palantir au profit d'un acteur souverain ? » (Mme Anne Le Hénanff).

La dédramatisation. M. Dominique Luzeaux (M. Dominique Luzeaux) juge que « la place de Palantir au sein de l'Otan n'est pas un fort enjeu pour la sécurité nationale de la France » : usage temporaire, réversible, homologué Nato Secret, l'homologation garantissant qu'« exfiltration est impossible ». En table ronde, Mathieu Weill (Intérieur, des directeurs de systèmes d’information de ministères) corrige : l'outil est « hébergé dans nos infrastructures : Palantir n'a à aucun moment accès aux données », et une sortie souveraine se construit via l'OTDH (outil de traitement des données hétérogènes), alternative « franco-française » confirmée par le président Latombe (Mme Stéphanie Schaer) comme ayant « vocation à remplacer Palantir ».

Les esquives. Mme Stéphanie Schaer (Dinum, Mme Stéphanie Schaer) se déclare hors périmètre : le décret de 2019 exclut les SI classifiés de sa compétence. Mme Anne Le Hénanff (Mme Anne Le Hénanff) refuse de commenter (« marché public », dossier de l'Intérieur) tout en concédant que, démocratiquement, l'usage d'un outil aux valeurs adverses « ne peut être que non ».

Qui en parle

Interventions regroupées (23 citations · 8 auditions)

Domaine : Défense, cyber & renseignement (ANSSI/Palantir) · Sujet : palantir

Couverture : 23 citations · 7 positions · 8 auditions

_Slugs bruts fusionnés : palantir-renseignement, palantir-dgsi, palantir-maven-otan, palantir-acteurs-politiques, palantir-si-classifies_

Positions exprimées

  • M. Henri Verdier (M. Henri Verdier) : Le contrat Palantir-DGSI a toujours été une erreur (affirmé sous serment) ; il faut viser des capacités européennes de traitement de données, pas un Palantir européen. _(tranchant 5)_
  • M. Bernard Benhamou (M. Bernard Benhamou) : L'équipement de la DGSI et du ministère de l'intérieur avec Palantir (société liée à la CIA et à Peter Thiel) est un risque de sécurité nationale ; aucun accord de non-divulgation ne résiste à la NSA. _(tranchant 5)_
  • M. Vincent Strubel (M. Vincent Strubel) : La démocratie suppose de ne pas dépendre de fournisseurs qui contestent les règles du législateur ; l'argument selon lequel une loi serait inapplicable masque souvent une incompatibilité avec leur modèle économique, motif non recevable. _(tranchant 4)_
  • M. Dominique Luzeaux (M. Dominique Luzeaux) : Le recours à Palantir/Maven à l'Otan est une expérimentation temporaire, décidée en single source sur urgence opérationnelle, réversible (programme SA for MDO à venir), homologuée Nato Secret et sans exfiltration possible ; ce n'est pas un enjeu fort pour la sécurité nationale française. _(tranchant 3)_
  • (table ronde) (des directeurs de systèmes d’information de ministères) : Palantir est hébergé en interne et n'accède jamais aux données ; la désensibilisation est engagée via un partenariat d'innovation (OTDH), le contrat étant maintenu pour la continuité opérationnelle. _(tranchant 3)_
  • Mme Stéphanie Schaer (Mme Stéphanie Schaer) : La Dinum n'a pas à se prononcer sur les SI classifiés (Palantir/Tracfin), exclus de son périmètre par le décret de 2019 ; la mutualisation du classifié relève de l'Osiic (SGDSN). _(tranchant 2)_
  • Mme Anne Le Hénanff (Mme Anne Le Hénanff) : Refuse de commenter le maintien de Palantir (marché public à respecter, dossier relevant du ministère de l'intérieur, pas d'avis personnel) tout en concédant que, démocratiquement, l'usage d'un outil aux valeurs adverses « ne peut être que non ». _(tranchant 2)_

Citations (verbatim, sourcées)

« Il ne suffit pas de changer la nationalité du tyran. »

Henri Verdier — Fondation Inria (audite, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Ligne de crête de toute son intervention : la souveraineté ne se réduit pas à remplacer un monopole étranger par un monopole national ; la régulation des monopoles reste impérative._

« j'ai prêté serment donc je dois dire la vérité : j'ai toujours pensé que c'était une erreur. »

Henri Verdier — Fondation Inria (audite, audition de M. Henri Verdier, 2026-03-10)

_Prise de position explicite, formulée sous serment, sur le contrat Palantir-DGSI — un des passages les plus tranchants de l'audition._

« la place de Palantir au sein de l’Otan n’est pas un fort enjeu pour la sécurité nationale de la France, qui possède ses propres outils pour assurer sa sécurité. »

M. Dominique Luzeaux — Otan (ACT) / ancien Agence du numérique de défense (audite, audition de M. Dominique Luzeaux, 2026-03-18)

_Réponse de dédramatisation, en tension directe avec l'alarme de la rapporteure sur Palantir._

« Tout l’objet de l’homologation, qui implique un ensemble d’analyses précises, est de s’assurer que cette exfiltration est impossible. »

M. Dominique Luzeaux — Otan (ACT) / ancien Agence du numérique de défense (audite, audition de M. Dominique Luzeaux, 2026-03-18)

_Argument technique opposé aux soupçons politiques sur Palantir : la sécurité repose sur l'homologation, pas sur la confiance._

« La plateforme MSS a déjà plus de dix ans : des solutions plus récentes pourraient être mieux à même d’intégrer, par exemple, les changements induits par l’intelligence artificielle. »

M. Dominique Luzeaux — Otan (ACT) / ancien Agence du numérique de défense (audite, audition de M. Dominique Luzeaux, 2026-03-18)

_Relativise l'avance de Palantir : l'ancienneté devient un handicap face aux solutions européennes récentes._

« À la lumière des prises de position de son fondateur, j’ai des doutes sur le respect du cadre légal par Palantir. »

Mme Cyrielle Chatelain — EcoS (rapporteur, audition de M. Dominique Luzeaux, 2026-03-18)

_Marque la ligne de la rapporteure : lier le risque technique aux positions politiques du dirigeant de Palantir._

« Nous sommes ici face à un opérateur dominant, dont le fondateur exprime des vues politiques hostiles au modèle européen et démocratique. »

Mme Cyrielle Chatelain — EcoS (rapporteur, audition de M. Dominique Luzeaux, 2026-03-18)

_Formulation la plus politique de l'audition : la rapporteure qualifie Palantir de menace pour le modèle démocratique européen._

« Penser que des accords de non-divulgation puissent résister à une demande de la National Security Agency (NSA) est un leurre. »

M. Bernard Benhamou — Institut de la souveraineté numérique (audite, audition de M. Bernard Benhamou, 2026-04-02)

_Démonte l'argument des garanties contractuelles face à l'extraterritorialité du renseignement américain._

« Je précise que Palantir avait proposé ses services gratuitement à l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (APHP) durant la crise du covid, qui a eu le bon goût de refuser, tandis que nos voisins du National Health Service (NHS) britannique ont accepté une offre similaire, avec tous les risques que cela peut générer à terme. »

M. Bernard Benhamou — Institut de la souveraineté numérique (audite, audition de M. Bernard Benhamou, 2026-04-02)

_Illustre par un cas concret la stratégie de pénétration gratuite de Palantir dans la santé publique._

« Il faut être très clair sur le fait que cet outil est hébergé dans nos infrastructures : Palantir n'a donc, à aucun moment, accès aux données. »

Mathieu Weill — Ministère de l'intérieur (DTNUM) (audite, audition de des directeurs de systèmes d’information de ministères, 2026-04-09)

_Correction factuelle majeure sur un dossier polémique : l'outil Palantir est hébergé en interne, l'éditeur n'accède pas aux données._

« Ce projet, nommé OTDH (outil de traitement des données hétérogènes), est quasiment une coconstruction entre l'administration et le secteur privé. »

Mathieu Weill — Ministère de l'intérieur (DTNUM) (audite, audition de des directeurs de systèmes d’information de ministères, 2026-04-09)

_Présente le partenariat d'innovation comme voie de sortie souveraine par coconstruction, avec licence libératoire réutilisable._

« En fonction de la manière dont les données sont triées et analysées, Palantir impose donc une certaine vision du monde. »

Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de des directeurs de systèmes d’information de ministères, 2026-04-09)

_La rapporteure formule le risque cognitif d'une solution propriétaire opaque dans le renseignement : l'algorithme oriente l'analyse._

« Or le décret du 25 octobre 2019 exclut explicitement les SI classifiés du périmètre de compétence de la Dinum ; je ne peux donc m’exprimer sur ce dossier particulier relatif à Tracfin et à Palantir. »

Mme Stéphanie Schaer — Dinum (audite, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_Marque la limite de compétence de la Dinum : elle ne peut se prononcer sur le recours à Palantir dès qu'il touche au classifié._

« nous sommes en train de développer un outil franco-français, OTDH (outil de traitement des données hétérogènes), qui a vocation à remplacer Palantir. »

M. Philippe Latombe (president, audition de Mme Stéphanie Schaer, 2026-04-14)

_Le président révèle l'existence d'une alternative souveraine (OTDH) à Palantir déjà en développement pour la DGSI._

« le fonctionnement de notre démocratie suppose de ne pas dépendre de fournisseurs qui, par leurs prises de position, en viendraient à contester les règles fixées par le législateur. »

M. Vincent Strubel — Anssi (audite, audition de M. Vincent Strubel, 2026-04-30)

_Pose un principe démocratique de non-dépendance envers des fournisseurs qui contestent la loi._

« Cet argument peut en effet traduire avant tout une incompatibilité avec leur modèle économique, ce qui ne constitue pas un motif recevable dans le cadre du processus législatif. »

M. Vincent Strubel — Anssi (audite, audition de M. Vincent Strubel, 2026-04-30)

_Démonte l'argument d'inapplicabilité d'une loi comme masquant un intérêt commercial._

« Je pense particulièrement à Palantir, qui a publié un manifeste il y a quelques jours. Ces acteurs fournissent des services que l’on peut considérer comme critiques en matière de renseignement. »

Mme Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de M. Vincent Strubel, 2026-04-30)

_La rapporteure ouvre le sujet des acteurs économiques prenant des positions politiques, en visant Palantir._

« Cette entreprise, qui poursuit un agenda géopolitique, vient en effet de publier une sorte de « manifeste techno-fasciste ». »

M. Aurélien Taché (president, audition de M. Tomasz Blanc, 2026-05-07)

_Charge politique frontale du président contre Palantir et le partenariat de la DGSI, qui oriente l'audition._

« les Allemands, eux, ont choisi l'acteur français ChapsVision. Quand cesserons-nous d'utiliser Palantir au profit d'un acteur souverain ? »

Mme Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de Mme Anne Le Hénanff, 2026-05-20)

_Question centrale et embarrassante : la France maintient un acteur américain là où l'Allemagne a choisi une solution française._

« Nous ne comprenons pas comment les Allemands arrivent à se doter d'outils français plus rapidement que le ministère de l'intérieur. »

Mme Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de Mme Anne Le Hénanff, 2026-05-20)

_Souligne le paradoxe d'une souveraineté française plus lente que l'allemande sur un outil français._

« À une question posée ainsi, la réponse ne peut être que non. »

Mme Anne Le Hénanff — Gouvernement (audite, audition de Mme Anne Le Hénanff, 2026-05-20)

_Concession arrachée : la ministre admet qu'un outil aux valeurs adverses est démocratiquement injustifiable pour le renseignement, tout en refusant de trancher le dossier._

« Ne connaissant pas spécifiquement le dossier Palantir, je ne peux pas le commenter, et je ne suis pas ici pour donner un avis personnel. Il existe un marché public, il faudrait interroger le ministère de l'intérieur. »

Mme Anne Le Hénanff — Gouvernement (audite, audition de Mme Anne Le Hénanff, 2026-05-20)

_Esquive assumée : la ministre du numérique se déclare incompétente sur Palantir et renvoie à l'Intérieur._

« Arthur Mensch nous l'a dit : il y a une écriture politique du code. »

Mme Cyrielle Chatelain (rapporteur, audition de Mme Anne Le Hénanff, 2026-05-20)

_Argument sur la non-neutralité idéologique des modèles d'IA, mobilisé contre l'usage de Palantir par le renseignement._