Semi-conducteurs et composants critiques
Le corpus documente l'effondrement de la souveraineté européenne sur les semi-conducteurs et la dépendance qui en découle, tout en révélant deux clivages : sur la faisabilité d'un rattrapage face aux États-Unis et à l'Asie, et sur l'efficacité des aides publiques déjà versées à la filière.
Constat partagé : l'érosion de la production européenne. Selon Thierry Breton (M. Thierry Breton), ancien commissaire européen au marché intérieur, la part européenne dans la fabrication mondiale de semi-conducteurs est passée « de 20 % à 30 % au début de ce siècle » à « 8 % un quart de siècle plus tard ». Ce recul justifie à ses yeux le European Chips Act et un objectif de 20 % de la production mondiale en 2030, qu'il juge atteignable y compris pour les puces les plus avancées (< 2 nm). Dominique Luzeaux (M. Dominique Luzeaux) partage le diagnostic et propose des réponses : des réserves stratégiques de composants numériques, un renforcement de la R&D, l'industrialisation du recyclage des terres rares, l'appui sur le Chips Act et la construction d'usines.
Un actif de puissance : ASML. Plusieurs intervenants identifient les machines de gravure d'ASML comme l'un des rares leviers souverains restants. Breton (M. Thierry Breton) souligne qu'« en ne maintenant plus sa production, on pourrait pousser les usines de semi-conducteurs du monde entier à fermer dans les quinze jours ». Cédric O (M. Cédric O) désigne « deux briques technologiques […] à la main des Européens : ASML dans le domaine des puces et de l'intelligence artificielle, et la 5G », qu'« il faut défendre de toutes nos forces ».
Clivage n° 1 : rattraper Nvidia ou composer avec ? Là où Breton affiche l'ambition d'une reconquête, les représentants de BPIFrance prônent la prudence sur le calcul de très haut niveau. Arnaud Caudoux (M. Arnaud Caudoux) juge qu'« aller affronter Nvidia aujourd'hui relève de stratégies très risquées » : pour l'IA, il n'y aurait « pas d'autre choix » que Nvidia ou AMD. Thierry Sommelet (M. Arnaud Caudoux) assume cette dépendance : « nous sommes leur partenaire […] parce que nous avons besoin d'eux ». Il file la métaphore d'« un mur de briques » dont certaines, souveraines, « ont disparu » et sont difficiles à remplacer, pour dire l'impossibilité d'un cloud 100 % européen de bout en bout.
Clivage n° 2 : les aides publiques sont-elles efficaces ? La rapporteure Cyrielle Chatelain (M. Arnaud Caudoux) s'appuie sur un rapport de la Cour des comptes qui « étrille les financements accordés à la filière, près de 5 milliards d'euros », des montants « historiques » mais « pas conditionnés » et à « peu d'effets en matière d'emploi ou d'investissement ». Sophie Rémont (BPIFrance, M. Arnaud Caudoux) réfute au nom de l'opérateur France 2030 : « les financements sont bien conditionnés aux investissements […] Aucune avance n'est versée », les aides non versées correspondant à des investissements non réalisés.
Qui en parle
- Thierry Breton (M. Thierry Breton) — ambition de reconquête : produire en Europe, y compris < 2 nm, viser 20 % en 2030 ; met en avant ASML comme carte de rapport de force.
- Cédric O (M. Cédric O) — protéger les rares briques souveraines restantes (ASML, 5G).
- Dominique Luzeaux (M. Dominique Luzeaux) — réserves stratégiques, R&D, recyclage des terres rares, appui sur le Chips Act.
- Arnaud Caudoux / Thierry Sommelet (BPIFrance, M. Arnaud Caudoux) — prudence face à Nvidia, dépendance assumée faute d'alternative pour l'IA.
- Cyrielle Chatelain (rapporteure, M. Arnaud Caudoux) — critique de la non-conditionnalité des ~5 Md€ d'aides (rapport Cour des comptes).
- Sophie Rémont (BPIFrance, M. Arnaud Caudoux) — réfutation : aides bien conditionnées aux investissements, versées a posteriori.