Accidents nucléaires et retournement de l'opinion
Le corpus aborde la manière dont les accidents nucléaires, et singulièrement Fukushima (2011), ont déplacé l'opinion et infléchi les décisions politiques relatives au nucléaire, en France comme en Europe.
Un constat partagé : Fukushima comme ligne de partage. Plusieurs intervenants situent en Fukushima une rupture dans l'histoire récente du nucléaire. Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky) témoigne qu'« à [son] retour en France, la situation du nucléaire était complètement transformée », ajoutant que « l'après-Fukushima est totalement différent de l'avant-Fukushima ». Elle rapporte aussi l'état d'esprit de la communauté nucléaire française de l'époque, convaincue qu'« un tel accident n'aurait jamais pu se produire en France ». Cet événement est ainsi présenté comme un point de bascule, indépendamment de l'interprétation qu'en font ensuite les uns et les autres.
Le rôle de l'opinion dans la décision politique. Marc-Antoine Eyl-Mazzega (M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega) met en cause le processus décisionnel allemand, soulignant que « la chancelière Angela Merkel a immédiatement décidé — sans aucune concertation — d'accélérer le calendrier de sortie du nucléaire allemand, sur la base de sondages d'opinion ». Le propos critique une décision fondée sur l'opinion plutôt que sur l'analyse.
Désaccords et clivages. La principale ligne de fracture porte sur la qualification de Fukushima et sur les fermetures de centrales en France. Nicolas Sarkozy (M. Nicolas Sarkozy) défend que Fukushima fut une catastrophe naturelle et non un accident nucléaire, et qu'aucune fermeture n'était justifiée en France. Il avance un chiffrage à l'appui : « Savez-vous combien de victimes ont péri à Fukushima ? 12 000, en raison du raz-de-marée. Combien y a-t-il eu de victimes tuées par les radiations ? D'après le rapport des Nations unies, un seul malheureux. » Il conteste la fermeture sélective de Fessenheim par un argument d'incohérence — « si le nucléaire est dangereux, il faudrait fermer toutes les centrales. Pourquoi seulement Fessenheim ? » — et par la raillerie : « Que craignaient ceux qui voulaient fermer Fessenheim ? Un tsunami sur le Rhin ? »
À côté de l'axe accident/opinion, deux intervenants élargissent le débat. Yves Bouvier (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar) nuance la thèse d'un nucléaire imposé antidémocratiquement, rappelant en réponse au député Laisney que « le nucléaire n'a, en fait, pas été plus imposé aux Français que le TGV », des « débats » ayant eu lieu au Parlement avec « discussions et votes ». Francis Dubois (M. Jean-Louis Borloo) déplace la question vers la logique des choix de long terme, opposant décision comptable et décision industrielle de souveraineté, à propos de la fermeture d'un cycle nucléaire jugé « trop cher » sous le gouvernement Philippe.
Points saillants. Le débat n'oppose pas tant la réalité de la bascule d'opinion que sa légitimité comme fondement décisionnel : Eyl-Mazzega et Sarkozy contestent les décisions prises sous sa pression, tandis que Cesarsky en constate l'effet transformateur.
Qui en parle
- Catherine Cesarsky (Mme Catherine Cesarsky) — constate la transformation post-Fukushima ; confiance de la communauté nucléaire française dans sa propre sûreté.
- Nicolas Sarkozy (M. Nicolas Sarkozy) — Fukushima est une catastrophe naturelle, non un accident nucléaire ; rejet des fermetures, dont Fessenheim ; chiffrage des victimes.
- Marc-Antoine Eyl-Mazzega (M. Marc-Antoine Eyl-Mazzega) — critique la sortie allemande décidée sur la base de sondages d'opinion.
- Yves Bouvier (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar) — nuance la thèse d'un nucléaire imposé antidémocratiquement.
- Francis Dubois — LR (M. Jean-Louis Borloo) — oppose logique comptable et logique industrielle dans les choix de long terme.