Bouclier tarifaire et réponses à la crise des prix
Les auditions abordent la crise des prix de l'énergie de 2022-2023 à travers deux angles : la mesure de son impact économique et l'appréciation de la réponse publique principale, le bouclier tarifaire.
Constats partagés. Tous les intervenants placent la facture au centre de la perception et de l'analyse. Selon Yves Bouvier (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar), « la principale information retenue par les citoyens dans le domaine énergétique reste la facture », le prix dominant toute autre considération. Sur le plan statistique, Jean-Luc Tavernier, directeur de l'INSEE (M. Jean-Luc Tavernier), propose la facture énergétique rapportée au PIB comme « bon indicateur de notre dépendance, du moins en matière monétaire », tout en recadrant la commission : « Vous ne trouverez jamais, dans un document de l'Insee, le mot "souveraineté" », concept non « statistiquement labellisé ». L'ampleur du choc est chiffrée par Bérengère Mesqui (Mme Ketty Attal-Toubert e.a.) : « La facture atteint 96 milliards sur douze mois, soit une augmentation de 187 %. »
Désaccord central : l'efficacité du bouclier tarifaire. C'est sur l'appréciation de ce mécanisme que les positions divergent nettement.
D'un côté, Tavernier (M. Jean-Luc Tavernier) en fait une mesure efficace face à l'inflation : « sans le bouclier tarifaire, l'inflation aurait encore été de trois points plus élevée », ce mécanisme ayant « permis de réduire de moitié la contribution de l'énergie à l'inflation ».
De l'autre, Hervé Machenaud (M. Hervé Machenaud) en livre une critique frontale. Pour lui, le bouclier « dépouille EDF et les consommateurs » alors que la production réelle coûte 70 euros/MWh. Il dénonce l'écart entre coût de production et prix payé : « la quasi-totalité de la consommation française pourrait être produite à 70 euros le mégawattheure, mais on demande à la population de la payer 230 ou 280 euros à cause du bouclier tarifaire ». Il en conteste aussi le coût budgétaire, estimé « à une centaine de milliards d'euros, un montant qui pourrait couvrir le grand carénage ainsi que la construction d'une dizaine d'EPR », et interroge : « Où est cet argent ? » Machenaud relie cette critique à sa position sur le marché : selon lui, l'ARENH doit être supprimé, et « il tombe le jour où la France supprime les TRVE ».
Points saillants et chiffres clés. Réduction de moitié de la contribution de l'énergie à l'inflation et trois points d'inflation évités (Tavernier) ; facture énergétique de 96 milliards sur douze mois, +187 % (Mesqui) ; coût de production réel estimé à 70 euros/MWh contre 230 à 280 euros payés, et bouclier chiffré à une centaine de milliards (Machenaud). Le clivage oppose une lecture macroéconomique défendant l'efficacité anti-inflation du dispositif à une lecture industrielle qui y voit un transfert au détriment d'EDF et un coût d'opportunité face au nucléaire.
Qui en parle
- Yves Bouvier (M. Yves Bouvier & Mme Nathalie Ortar) : la facture est l'information centrale retenue par les citoyens.
- Jean-Luc Tavernier, INSEE (M. Jean-Luc Tavernier) : le bouclier est une mesure efficace ayant réduit de moitié la contribution de l'énergie à l'inflation ; la « souveraineté » n'est pas une catégorie statistique.
- Bérengère Mesqui (Mme Ketty Attal-Toubert e.a.) : chiffre l'ampleur du choc (96 milliards, +187 %).
- Hervé Machenaud (M. Hervé Machenaud) : critique frontale du bouclier (coût d'une centaine de milliards, écart coût/prix) et appel à supprimer l'ARENH avec les TRVE.